» Made for sharing « , qu’ils osent dire. C’est NON ! Rien qu’à cause de ça, c’est NON !

8 Juil

 » Made for Sharing « …( » Venez partager « ) est le slogan officiel de la ville de Paris à l’organisation des jeux olympiques de 2024. User de cette formule anglo-saxonne est une honte alors qu’il aurait fallu, au contraire, profiter de cette occasion exceptionnelle pour valoriser la langue française. Mais ces gens-là, pour qui ne comptent que le festivisme cosmopolite et l’évènementiel juteux, que pèse la langue française ? Dans leur village mondial, RIEN.

Souvenons-nous ici, pour mettre un terme à notre colère, des sévères mais si justes paroles de Chateaubriand :  » Il faut être économe de notre mépris, tant est grand le nombre des nécessiteux.  » Alors, voyons quels sont les arguments des promoteurs de ce Barnum sportif quadriennal.

1/ Un coup de projecteur géant pour Paris

Les tenants des JO prétendent qu’ils deviennent, lors de la cérémonie d’ouverture, un spot publicitaire géant : en qualité d’hôte, le pays présente ses spécificités, son apport au projet olympique, et donne une image aussi attractive que possible aux centaines de millions de téléspectateurs qui regardent en direct la cérémonie d’ouverture. Les JO  » boostent  » donc, paraît-il, l’attractivité économique et touristique de la ville organisatrice.

« Avant même l’événement, nous explique un article de Francetvsports (novembre 2013), les médias des cinq continents pointent leurs caméras, appareils photos et micros vers le pays hôte, ce qui le place inévitablement au cœur des conversations aux quatre coins du globe ».

Dans sa newsletter de juin 2016, le CROCIS, centre d’observation économique régional de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Île de France, s’efforce de confirmer le constat : l’accueil de grands événements a un impact très conséquent en termes de notoriété et d’image à l’international. Cela participe à la venue de nombreux touristes et spectateurs, notamment étrangers. Ces visiteurs contribuent à stimuler la consommation (restauration, shopping, hôtellerie, etc.), ce qui se traduit, en toute logique, par un supplément d’activité et des créations d’emplois directs et indirects. Lors des Jeux de Rio 2016, sur une période du 1er juillet au 15 août, la hausse de touristes internationaux au Brésil a augmenté de 41%par rapport à l’année précédente. Craignons cependant que le contexte islamiste (même ou, qui sait, surtout en 2024) ne vienne refroidir les enthousiasmes.

 

Au-delà des installations olympiques, les Jeux sont l’occasion de construire de grosses infrastructures : routes, aéroports, ou chemins de fer. Parfois, les Jeux transforment et dynamisent des quartiers entiers. Il est d’ailleurs prévu que les plus gros efforts en la matière soient concentrés sur la Seine-Saint-Denis. Curieux,ne trouvez-vous pas ?). Pour les JO 2012, Londres a notamment construit un téléphérique, une tour de 115 mètres de haut, ainsi que de nouveaux quartiers résidentiels grâce à la reconversion du village olympique. « Grâce aux JO, écrit en avril 2012 le journaliste Marc Roche pour le journal Le Monde, l’East End (Quartier de l’est de Londres) se construit, se rénove, se régénère ».

Un article publié dans La Tribune en septembre 2015 va même plus loin : « Des Jeux Olympiques réussis sont ceux qui permettent, comme à Barcelone en 1992 ou Londres en 2012, de restructurer, aménager et rendre durablement attractif un territoire ». Obtenir les JO 2024 serait donc un levier efficace pour développer et accélérer la croissance du Grand Paris. C’est en tout cas ce qui nous est dit. Mais qu’en pensent et que feront en réalité les habitants du 9-3 ?

3/ Un essor de la pratique sportive

On nous dit que le nombre d’inscrits dans les fédérations sportives progresse. Selon Sport England, organisme chargé de promouvoir la pratique du sport en Grande-Bretagne, le nombre de personnes de plus de 16 ans qui ont pratiqué une activité physique au moins une fois par semaine a fait un bond de plus de 700 000 personnes l’année des JO de Londres, en 2012. Mais qu’en est-il resté ? Silence radio sur le sujet qui fâche.

4/ Plus de médailles olympiques récoltées

Les athlètes nationaux récoltent statistiquement plus de médailles lorsque la compétition est organisée chez eux. C’est ce que l’on appelle l’avantage du terrain. Pascal Boniface, directeur de l’IRIS, estimait en août 2012 que la progression sportive de la Grande-Bretagne est impressionnante depuis la tenue des Jeux de Londres, à l’issue desquels ils ont terminé troisième du classement des médailles. À l’issue des Jeux de Rio 2016, les Britanniques terminent à nouveau sur le podium après les États-Unis et la Chine, loin devant les autres pays européens au même potentiel, et alors même que la Grande-Bretagne était classée… 36ème à l’issue des jeux d’Atlanta de 1996. Mais, depuis, que vaut l’athlétisme britannique ?

Et, maintenant, les arguments de ceux qui y sont opposés.

I/ Un projet inutile et ruineux

Le coût réel des JO est difficile à estimer et les calculs, nombreux, parviennent souvent à des conclusions différentes. Une seule certitude : les budgets initiaux explosent, a fortiori si l’on prend en compte les investissements dans les infrastructures et non pas seulement les dépenses liées à la seule tenue des épreuves.

Andrew Zimbalist, professeur d’économie à Smith College et auteur de « Circus Maximus : le pari économique derrière l’organisation des JO et de la Coupe du monde », estime que l’aubaine économique que l’on promet aux villes organisatrices est un mirage. Les Jeux coûteraient entre 10 et 15 milliards d’Euros à la ville organisatrice, de quoi dépasser largement les recettes induites par la vente des billets, les contrats de télévision ou les sponsors. En août 2016, alors que les Jeux de Rio viennent de débuter, il écrit sur Project Syndicate  : « Les Jeux sont en réalité le plus souvent un projet inutile et ruineux », c’est un « mythe économique aux proportions olympiques » car, une fois les Jeux terminés, « la détresse budgétaire des villes organisatrices crée un environnement économique moins favorable. »

Autre problème : l’utilité et la pérennité des infrastructures construites spécialement pour l’accueil de l’événement. « Les Jeux du béton » comme les appelle la maire de Rome, Virginia Raggi. Les Jeux Olympiques laissent derrière eux de gigantesques infrastructures qui coûtent des millions à entretenir et ne correspondent pas aux besoins du pays organisateur. Six mois après les Jeux de Rio, les images des infrastructures sont effarantes : des installations sportives vides, détériorées. Des piscines remplies d’eau stagnante et des stades laissés complètement à l’abandon. Les plans de reconversion, prévus à l’origine par le CIO et le Brésil, ne se sont jamais matérialisés. Mais qui paie ces foutaises ? Le contribuable, pour valoriser l’ego des organisateurs qui, après, se font d’une discrétion de violette.

2/ Un impact éphémère sur la pratique sportive

Le nombre d’inscrits dans les fédérations sportives augmente effectivement…avant de redescendre inexorablement une fois les Jeux terminés. Dans un article d’août 2016, L’Obs soulignait le caractère éphémère de cet « effet JO ». Depuis les Jeux de Londres, la pratique sportive des jeunes générations est orientée à la baisse. L’impact à long terme se fait attendre, car il dépend de la capacité des politiques à intégrer les JO dans une politique stratégique globale. CE QUI N’ARRIVE JAMAIS, car ils ont d’autres chats à fouetter.

Owen Gibson, rédacteur en chef de la section Sport au Guardian, soulignait également en 2015 que malgré les Jeux Olympiques de Londres en 2012, « le taux d’obésité infantile continue de croître, la disponibilité des installations sportives demeure inégale, les cours d’éducation physique dans les écoles sont en plein déclin ». Les promesses du gouvernement, constate-t-il, ne se sont pas vérifiées dans les chiffres sur le long terme.

3/ Un théâtre politique avant tout

Les pays organisateurs de grands événements sportifs ne souhaitent pas seulement accueillir les compétitions pour la beauté du sport. Selon Alfred Wahl, professeur à l’université de Metz, spécialiste de l’Allemagne contemporaine, « Les JO de Berlin de 1936 sont comme le couronnement de Hitler par le monde réuni à l’issue d’une vaste campagne de propagande diplomatique  ». De même, près de 60 délégations ont refusé de se rendre aux JO de Moscou en 1980 afin de protester contre l’invasion de l’Afghanistan. En retour, l’URSS boycotta les JO de Los Angeles de 1984. Bref, les grands événements sportifs sont utilisés à des fins d’idéologie pour être au service des grandes puissances.

Dans un article d’août 2012 publié sur Swiss Info, le constat du journaliste est sans appel : les grands événements sportifs sont des « instruments du soft power » et traduisent les « rapports de force entre les régions du monde ». L’attribution des Jeux cristallise donc les luttes d’opposition entre les puissances mondiales. Les pays organisateurs font étalage devant le monde de leur puissance politique, économique et sportive.

Conclusion :

Quoiqu’il en soit, Paris semble avoir ses chances : à l’issue d’une visite de trois jours dans la capitale, la commission d’évaluation du CIO a été séduite par sa candidature. Paris a un dossier « solide et bien ficelé », a assuré le président de la commission Patrick Baumann. Mais, surtout, Paris n’aura pas d’adversaire ! Budapest et Boston se sont désistées et Los Angeles (en remplacement de Boston) se montre peu intéressée. Il n’y a plus que les médias et leur addiction à la publicité (donc aux recettes qu’elle induit) pour faire le forcing sur Paris.

Verdict le 13 septembre à Lima.

Encore une calamité à venir dont nous aurions pu faire l’économie…

Le 8 juillet 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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