Finance :  » Ils n’ont rien appris ni rien oublié « .*

11 Juil

Nous venons de publier un article consacré à la responsabilité des dirigeants de l’Union européenne dans la crise économique de la Grèce. Mais ne croyez pas que ces incapables se soient arrêtés en si bon chemin en matière de nuisance à l’ensemble des peuples européens. Ils poursuivent en effet leur oeuvre malfaisante dont nous n’avons pas fini de subir les conséquences.

Dès juillet  2007, alors que la première onde de choc des subprimes, ces crédits immobiliers accordés à des Américains peu solvables, atteignait les marchés, leur incurie a commencé à se manifester. Les banques, investisseurs et fonds spéculatifs commençaient alors à comprendre qu’ils avaient joué aux apprentis sorciers avec des produits financiers dont ils ne maîtrisaient pas la complexité. Mais l’incendie n’allait pas tarder à se répandre dans le reste du monde et, bien sûr, jusqu’en Europe.

Une décennie plus tard, passé les plans de rigueur, les sommets d’urgence, les sauvetages bancaires et les récessions, la reprise pointe à peine le bout du nez. Pourtant, la plupart des Européens, et en particulier de Français, n’ont pas le sentiment que la crise est terminée. Cela tient bien sûr au chômage encore très élevé, notamment chez les jeunes. Mais aussi au sentiment que, depuis 2008, l’ascenseur social ne fonctionne plus. Les riches sont manifestement de plus en plus riches et les moins riches…de plus en plus pauvres !

Mais il y a d’autres ombres au tableau et, à peine la page d’une crise se tourne-t-elle, que déjà les germes de la suivante se profilent. Ainsi la dérive des subprimes de 2007 fut-elle favorisée par la politique des taux bas instaurée auparavant par la Réserve fédérale… pour contrer l’explosion de la bulle Internet, en  2001. Croyez-vous que cela leur ait servi de leçon ? NON.

D’où le prochain krach  viendra-t-il ? Quelles sont, parmi les  » bombes à retardement «  identifiées par les économistes, celles qui plongeront à nouveau l’économie mondiale dans la tourmente ? Par définition, il est impossible de le savoir. Mais ce ne sont pas les pistes qui manquent. Car, en dépit des  » plus jamais ça  » affichés et des nouvelles régulations, les excès de la finance sont de retour. En témoigne l’euphorie régnant sur le monde du  » leverage buy-out  » (LBO, rachat avec effet de levier). S’ils se montrent plus prudents qu’en  2007 – mais pour combien de temps ? –, les fonds de capital-investissement, alliés aux banques, ont recommencé à racheter des entreprises à tour de bras, en recourant massivement à la dette.

La dette, encore et toujours. Celle de l’ensemble du monde, publique et privée, est passée de 190  % à 230  % du produit intérieur brut entre 2001 et aujourd’hui. Aux Etats-Unis, les ménages ont renoué avec le crédit. Moins pour acheter des logements, comme avant la crise, que des voitures, ou pour payer des études. La dette étudiante a ainsi plus que doublé en dix ans, pour atteindre 1 300  milliards de dollars. D’ailleurs, de plus en plus d’Américains peinent à faire face à leurs emprunts. Selon une étude d’UBS Group AG, 17  % des consommateurs sont actuellement susceptibles de faire défaut sur le remboursement de l’un de leurs prêts au cours des douze prochains mois, soit 12  % de plus qu’à l’automne 2016. Depuis deux trimestres d’affilée, le pourcentage des emprunteurs qui n’arrivent pas à honorer leurs échéances augmente, ce qui n’était plus arrivé depuis 2009.

En Chine, ce sont les entreprises qui ont multiplié par deux leur endettement depuis 2008 : il culmine aujourd’hui à 160  % du PIB.  » Cette fois, c’est différent, entend-on dans les deux cas. Il y a des garanties. «  Tout est sous contrôle, nous promet-on. Pas si sûr : que s’est-il passé, le 26  juin, à 9  heures du matin, heure de Londres, sur le marché de l’or ? Le prix de l’once a soudain chuté de 1,6  %, avec des volumes d’échange qui ont décuplé pendant une minute (1,8  million d’onces échangées, plus que l’ensemble des réserves d’or de la Finlande). Quelques instants plus tard, tout était rentré dans l’ordre : les volumes étaient redevenus normaux, et les prix étaient largement remontés. Ce genre de  » flash crash « , dont personne ne comprend vraiment la provenance, est désormais un phénomène récurrent sur les marchés financiers et il en dit long sur la fragilité du système.

Tous ces événements, qui se sont produits sans cause extérieure évidente, auraient un coupable : les algorithmes. De plus en plus, les ordres d’achat et de vente sur les marchés sont réalisés automatiquement, par des  » algos  » qui décident de la meilleure façon de dégager un bénéfice. En travaillant plus vite que les humains, ceux-ci peuvent jouer sur les mini-irrégularités des cours de Bourse. Pour gonfler les profits on prend des risques de plus en plus fous.

La vaie question est de savoir si les économies de nos pays seront mieux préparées qu’en  2007 pour affronter le prochain choc. La zone euro, elle, a renforcé ses institutions. Mais sa croissance reste artificiellement soutenue par les aides de la Banque centrale européenne. Or, cette béquille n’est pas éternelle. Sans elle et si, entre-temps, les gouvernements n’ont pas retroussé leurs manches pour restaurer leurs marges de manœuvre (budgétaire, mais pas seulement), nos pays seront trop faibles pour faire face. Ajoutez-y les crises internes à l’Union européenne comme la situation catastrophique de la Grèce et à peine moins préoccupante du système bancaire italien et vous aurez une idée de ce qui nous attend.

Tant que les dirigeants politiques français n’auront pas décidé de l’indispensable  » Franxit « .

Le 11 juillet 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Pour reprendre les propos de Chateaubriand à propos des aristocrates émigrés lors de la Révolution puis revenus lors de la Restauration.

 

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Une Réponse to “Finance :  » Ils n’ont rien appris ni rien oublié « .*”

  1. Hervé J. VOLTO juillet 12, 2017 à 11:01 #

    Perte des valeurs morales, délocalisations, chômage, précarité, insécurité, fiscalité confiscatoire et lois liberticides : en ce début de XXI° siècle ce n’est plus la faute à Marie-Antoinette…

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