Labourage et pâturage ne sont plus les deux mamelles de la France.

11 Juil

L’année 2016 restera une année noire pour l’agriculture française. Les données publiées par la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation (CCAN), jeudi 6 juillet, le prouvent : le revenu moyen d’un exploitant agricole français net de charge aurait chuté de 21,9 %. En brut, le recul est de 12,3 %. Des chiffres susceptibles d’être encore amendés, mais la tendance, elle, se confirme.

Le tableau dressé par la CCAN prouve que l’agriculture française a traversé un trou d’air en 2016. Volumes et prix ont reculé respectivement de 5,6 % et de 1,1 %. Difficile donc d’échapper à une baisse généralisée des indicateurs. Ainsi, la valeur de la production française, hors subventions, estimée à 69,5 milliards d’euros est inférieure de 4,9 milliards à celle de 2015.

Incidents météorologiques et situations de marché peu favorables ont combiné leurs effets. Les éleveurs laitiers ont continué à se débattre pour survivre, alors que la surproduction laitière causée par la fin des quotas européens en mai 2015 a laminé les prix. Contraints d’élaguer leur cheptel, ils ont alourdi le stock de viande et contribué à la chute des cours et des revenus des éleveurs bovins. Les gels et les pluies de printemps puis la sécheresse de l’été ont fait s’envoler les espoirs des céréaliers d’une récolte abondante et de qualité. Et le grain récolté s’est négocié à un prix déprimé par le poids de la collecte mondiale. Même le secteur viticole, souvent cité pour ses performances, a pâti de vendanges amputées par les aléas climatiques. Quasiment les dix plaies d’Egypte…

La mort des troupeaux, parmi les dix plaies d’Egypte, fresque de la tombe de Nebamon à Thèbes, conservé au British Museum © Getty / Print Collector

Dans cet ensemble peu réjouissant, les bonnes nouvelles sont venues des producteurs de fruits, de légumes et de pommes de terre, qui ont vendu plutôt correctement leur production. Des betteraviers qui ont bénéficié d’une revalorisation du cours du sucre. Mais aussi du retour à meilleure fortune des éleveurs porcins. Autre élément favorable aux agriculteurs, la chute du prix du baril de pétrole a réduit la facture énergétique et celle des engrais, et le grain déprécié a limité le coût de l’alimentation animale.

Toutefois, pour éviter les polémiques, la CCAN ne publie plus d’estimation des revenus moyens des exploitants agricoles par filière en juillet. Une certitude : l’excédent de la balance commerciale a fondu en un an, passant de 3,3 milliards à 1,2 milliard d’euros. Une contre-performance liée d’abord au recul des exportations céréalières pénalisées par les volumes et la qualité. Mais aussi à l’augmentation des importations de fruits.

C’est dans ce contexte que vont s’ouvrir les Etats généraux de l’alimentation, promesse de campagne d’Emmanuel Macron. La date de lancement, prévue aux alentours du 20 juillet, dépend de l’agenda du président de la République. Le premier ministre, Edouard Philippe, en a confirmé le principe mardi 4 juillet estimant qu’il « n’est pas admissible que des agriculteurs ne puissent pas se verser un revenu décent et vivent sous le seuil de pauvreté », tout en citant l’objectif premier : revoir « le partage de la valeur dans le modèle agricole ».

Si l’agenda et la méthode des Etats généraux font l’objet de derniers arbitrages, on sait qu’ils devraient se dérouler en deux temps : le premier, plus économique, traitera de la valeur ajoutée de la filière agroalimentaire et de sa répartition ; le second évoquera l’avenir d’une agriculture censée répondre aux exigences environnementales et aux nouvelles attentes des consommateurs. Les discussions strictement économiques doivent aboutir avant l’ouverture, début octobre, des négociations commerciales entre les industriels et les enseignes qui fixent chaque année les prix des produits de marque. Croisons les doigts pour que les résultats soient à la hauteur des espoirs des agriculteurs.

D’autant que, comme l’affirment les chambres d’agriculture, « Avant de réfléchir à la création de nouvelles valeurs ajoutées, il serait pertinent de réexaminer les conditions de partage des valeurs ajoutées déjà créées ». Ne serait-ce que parce qu’ « Il faut d’abord régler la question du revenu des agriculteurs », estime Christiane Lambert, présidente de la FNSEA.

Comme la France gagnerait à avoir pour chef de l’Etat le roi Henri IV et pour Premier ministre Maximilien de Béthune, duc de Sully…

Le 11 juillet 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 
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Une Réponse to “Labourage et pâturage ne sont plus les deux mamelles de la France.”

  1. Hervé J. VOLTO juillet 12, 2017 à 10:56 #

    Philippe de Villiers pourrait faire un bon Sully. Reste à espérer en l’héritier d’Henri IV…

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