Forces armées française : le grand gâchis d’Emmanuel Macron.

20 Juil

Tout avait pourtant bien commencé. Dix jours seulement après son élection, le nouveau président de la République s’était rendu au Mali, auprès des soldats français de l’opération Barkhane à Gao. « Le choix de cette ville martyr s’est imposé logiquement », expliquait alors l’entourage du chef de l’État qui « a souhaité envoyer un message fort aux forces armées présentes au Mali ». « C’est le moment de prendre la mesure de son soutien affiché aux forces armées pendant la campagne », expliquait-on à l’Élysée…

Vinrent ensuite plusieurs rencontre du président de la République avec le chef d’état-major des armées, le général Pierre de Jolis de Villiers de Saintignon. Le rendez-vous mensuel à l’Elysée en tête à tête avec le président, instauré par François Hollande, a été maintenu.  » Avec Macron, le général avait réussi le contact, une confiance avait commencé à s’établir, ils se voyaient plusieurs fois par semaine « , raconte un gradé.

Le général Pierre de Villiers

 » Je ne me laisserai pas baiser comme ça ! « , conclut alors ce 12  juillet à l’Assemblée nationale, devant la commission de la Défense, Pierre de Villiers, sous les applaudissements. La suite sera dévastatrice, mais le style ne surprend pas ceux qui le connaissent.  » Le chef est un cavalier, au caractère de hussard « , note l’un de ses grands subordonnés. Macronien de la première heure, Jean-Jacques Bridey, le président de la commission de la défense, soutient le militaire :  » Il ne faudrait pas qu’un soldat meure à cause d’un défaut d’équipement. Nos armées ont besoin de moyens. «  Les coupes électrisent la communauté de défense. Les industriels se mobilisent. De la Bretagne à la Lorraine, députés et sénateurs de tout bord expriment leur colère.

Puis ce fut le fameux soir du 13 juillet, veille de la fête nationale. Les signes avant-coureurs de la foudre jupitérienne étaient là. Mais comment ceux qui étaient là auraient-ils pu comprendre l’augure ? Il y avait la garde républicaine, qu’on ne voit jamais en cette occasion au ministère des armées. Le premier ministre, Edouard Philippe, longiligne, à sa droite, sur le perron. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, non loin de celui des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, dans le carré des officiels, à la lisière duquel le patriarche Serge Dassault, comme chaque année, a sa place réservée, sur un fauteuil.

Cette pompe inhabituelle pour la réception traditionnelle de la veille du défilé, au cours de laquelle le président de la République adresse sa reconnaissance aux militaires, aurait dû les alerter. Mais comment les soldats, officiers, industriels de l’armement, tout à la fête sur la belle pelouse de l’hôtel de Brienne face à Emmanuel Macron, pouvaient-ils ne pas être flattés ?

Il est 19 h 30 ce jeudi et dans le ciel clair claque la foudre.  » Je considère qu’il n’est pas digne d’étaler certains débats sur la place publique, tance le chef de l’Etat, glacial. J’ai pris des engagements. Je suis votre chef. Les engagements que je prends devant nos concitoyens et devant les armées, je sais les tenir. Et je n’ai, à cet égard, besoin de nulle pression et de nul commentaire.  »  Jupiter a parlé.

La Marseillaise chantée, on compte les blessés.  » La vache ! « , réagit un général quatre étoiles. La fête est gâchée, le chef est touché. Le général Pierre de Villiers accuse le coup. Il ordonne une réunion de ses chefs d’armées, terre, air, marine, dans la soirée. La veille, devant la commission de la défense composée des députés débutants de La République en marche, il avait exposé les enjeux de la défense nationale : les menaces, l’autonomie stratégique de la France, la dissuasion, les opérations, l’engagement jusqu’à l’usure de ses armées. Il faut leur donner les moyens de faire ce qu’on exige d’elles, a-t-il plaidé une nouvelle fois, dans cette réunion à huis clos. Ce message, il l’a aussi répété quelques heures plus tôt en conseil de défense, reprenant même la parole après le président, avec ses mots francs.

Mais, en vérité, tout a commencé six mois plus tôt, bien avant l’élection présidentielle. Le chef d’état-major lance la bataille des 2  %. Il a son plan, 10  milliards d’euros de plus en cinq ans pour les armées, pour atteindre un budget annuel de 42,5  milliards en  2022. Fin décembre  2016, dans un texte publié par Les Echos, il appelle à payer  » l’effort de guerre « .

En février  2017, pour convaincre les députés, il va au bout de ce qu’il peut dévoiler des vulnérabilités des armées.«  Actuellement, plus de 60  % des véhicules de l’armée de terre engagés en opérations ne sont pas protégés. On ne peut pas continuer comme cela. De même, la disponibilité de nos avions ravitailleurs conditionne notre aptitude à tenir la posture de dissuasion nucléaire, comme à projeter nos forces et à soutenir nos opérations aériennes ; or, ils ont en moyenne plus de 50  ans d’âge. La marine, quant à elle, voit le nombre de ses patrouilleurs outre-mer s’effondrer : d’ici à 2020, six sur huit auront été désarmés, et ne seront remplacés que plusieurs années plus tard. « 

 » Il nous a dit : “J’ai une bonne armée, mais elle fait 130  % de ce qui est prévu”, complète le sénateur socialiste Daniel Reiner. Les commissions parlementaires se sont mises volontiers à ses côtés. «  Dans les mois qui suivent, Pierre de Villiers laisse entendre à plusieurs de ses interlocuteurs qu’il partira s’il n’obtient pas satisfaction.

Le moral des troupes est un souci, la fidélisation des recrues montre des signes inquiétants. Les 2  % deviennent un ciment.  » Pierre de Villiers s’est dit que cet objectif endossé par l’OTAN serait un bon vecteur, et il a été courageux de s’exposer « , mais  » il s’est aussi mis dans la seringue « , remarque un haut gradé parmi ses amis. Tous les candidats à l’élection présidentielle ou presque souscrivent au slogan des 2  %, adoptant les arguments du général : il faut boucher les trous des équipements, payer la dissuasion nucléaire, mettre les contrats opérationnels décidés en  2013 au niveau des guerres en cours, au Sahel ou en Irak.

Emmanuel Macron, aussi, dans un discours prémaché par le cabinet de Jean-Yves Le  Drian, le 18  mars, à Paris. Il y a bien cet avertissement :  » Les volontarismes d’estrade lorsqu’ils se heurtent à la réalité de la gestion ont une victime : la communauté de défense. «  Mais de Villiers a confiance. Les deux hommes se connaissent.  » Durant la campagne, il m’avait dit beaucoup de bien d’Emmanuel Macron « , rappelle Jean-Jacques Bridey. Encore un qui réalise combien il a été trompé par l’imposture d’Emmanuel Macron. Pourquoi diable n’a-t-il pas lu le blogue du CER ?…

Le 14  juillet, le défilé est un succès.  » Congratulations President @Emmanuel Macron « , tweete l’invité d’honneur, Donald Trump. Le général a la tête des mauvais jours. Il arbore une pâleur terrible, mais il «  fait le job « . Sa décision semble prise, il a dit à son équipe qu’il l’annoncerait le lundi suivant. L’armée ne discute pas la hiérarchie présidentielle. Ce n’est pas sur le fond, mais sur la méthode, que Macron l’a poussé dehors.  » Recadrer le chef d’état-major devant un parterre de généraux et de subordonnés, c’est l’horreur absolue, on ne doit jamais remettre en cause un chef militaire comme cela « , souligne Henri Bentégeat, un illustre prédécesseur de Pierre de Villiers.

Sur son compte Facebook, ce dernier dédie sa lettre aux soldats du 14 Juillet à un partant. Il écrit : «  “Confiance, confiance encore, confiance toujours !” C’est par ces mots que le général Delestraint conclut ses adieux à ses compagnons d’armes, au mois de juillet  1940, à Caylus – Tarn-et-Garonne – . Alors même que la défaite est actée, son discours est une exhortation ferme à rejeter toute “mentalité de chien battu ou d’esclave”.  » Voilà les vrais mots, loin du théâtre contraint des commissions parlementaires et des cérémonies.  » Si toute notre foi, tout notre engagement et notre détermination sont nécessaires, ils sont à jamais insuffisants pour envisager la victoire « , conclut-il.

La crise est historique. Sous la Ve  République quatre chefs d’armées, en  1970, 1980, 1983 et 2008, ont démissionné. Un seul chef d’état-major général l’a fait mais il était à l’époque rattaché au premier ministre, et ses prérogatives étaient fort différentes, indique l’historien Philippe Vial : le général Jean Olié, le 31  juillet 1961. Il était malade. Et bien qu’opposé au putsch, il désapprouvait la manière dont était conduite la répression contre certains exécutants.

Samedi 15  juillet, l’Elysée publie un agenda présidentiel dans lequel figure toujours un rendez-vous avec le général, vendredi 21  juillet, laissant croire que rien n’est joué. Mais Emmanuel Macron dit au Journal du Dimanche :  » Si quelque chose oppose le chef d’état-major des armées au président de la République, le chef d’état-major des armées change. «  Lundi  17, sa décision est prise, Pierre de Villiers annule toutes les réunions du matin. Il voit le président à 16  heures à l’Elysée. Puis il réunit les officiers généraux chefs des trois armées, terre, air, et marine, pour organiser son départ.

Et, hier mercredi 19 juillet, le chef d’état-major des armées, Pierre de Jolis de Villiers de Saintignon, a officialisé sa démission par un communiqué, juste avant la réunion hebdomadaire du conseil de défense à l’Elysée.  » Je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays « , écrit-il.

Armoiries de Jolis de Villiers de Saintignon

(d’azur au chevron d’or accompagné de trois aigles d’argent, deux en chef, une en pointe)

C’est le général François Lecointre, actuellement chef du cabinet militaire du Premier ministre Édouard Philippe, qui va être nommé chef d’état-major des armées. Ce Saint-Cyrien de 55 ans est, en réalité un militaire  » politique  » qui a servi essentiellement dans des cabinets ministériels (Manuel Valls, Bernard Cazeneuve puis Edouard Philippe). Soyons assurés qu’il sera  » à la main  » du chef de l’Etat comme Berthier le fut de celle de Napoléon Bonaparte…

Nous prions le général d’armée Pierre de Villiers de bien vouloir accepter le témoignage de notre admiration et de notre gratitude pour son courage et sa détermination. Nul doute que la France aura un jour, peut-être moins lointain qu’il y paraît, besoin de lui.

Le 20 juillet 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

 

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2 Réponses to “Forces armées française : le grand gâchis d’Emmanuel Macron.”

  1. Hervé J. VOLTO juillet 21, 2017 à 1:51 #

    Mais que s’est-il passé ?

    Le général Pierre de Villiers, Chef d’Etat Major des Armées, apprenant que le budget des armées sera amputé de 850 Millions d’euros, déclare en Commission de la défense devant l’Assemblée nationale que cette nouvelle baisse de crédits met en péril l’outil militaire :
    « le grand écart entre les objectifs assignés à nos forces et les moyens alloués n’est plus tenable. »

    Le CEMA est parfaitement dans son rôle en alertant la Représentation nationale sur les conséquences d’une telle diminution, en sa qualité de « responsable de l’emploi opérationnel des forces » et du « commandement des opérations militaires » conformément au code de la Défense ( R 3121-1).

    Aurait-il gardé le silence qu’il aurait trahi sa mission, celle pour laquelle il a été nommé, et telle que le Président et le Gouvernement de la République lui assignent.

    A la réception du ministère de la défense, le 13 juillet dernier, de manière ostentatoire et publique, le Président de la République, chef des armées, fait part à l’ensemble des militaires de sa colère sur les propos du général de Villiers et déclare notamment : « je suis votre chef… ».

    Ce recadrage a étonné l’ensemble des observateurs avertis de la sensibilité de l’institution militaire et des conséquences qu’une telle manifestation d’autoritarisme introduit dans les relations entre le pouvoir politique et l’institution militaire.

    C’est en réalité une affaire d’Etat, qui concerne au premier chef le Président de la République lui-même. Son hyper–réaction lors de la réception traditionnelle du ministère de la défense à la veille de la fête nationale révèle une faille psychologique de l’homme, déjà perceptible à plusieurs reprises, qui ne supporte pas la critique et a une conception, comme il le dit lui-même, verticale et jupitérienne du pouvoir.

    Cette faille est attestée par la distance qu’il entend entretenir avec les journalistes mais aussi à travers sa volonté affirmée de juguler tous les contre-pouvoirs comme le Parlement, voire les collectivités territoriales dont il veut réduire les recettes financières avec la suppression, par exemple, de la taxe d’habitation.

    LES FOUS DU ROIS savent quand à eux que le Fantôme du Louvre est assis serainement dans la pénombre sur un siècge avec des accoudoirs, regardant sur son écran les évènements avec le même détachement de quelqu’un qui regarderait un match de foot, fumant un bon havanne dont la fumée s’accumule au plafond, déborde par une fenêtre ouverte pour aller s’ajouter aux nuages menaçant qui s’amoncellent dangereusement…

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