» Balle-au-pied  » : trop c’est trop.

6 Août

Après la folle mais factice bataille entre Paris et Los Angeles pour l’attribution des Jeux olympiques d’été de 2024*, nous voici assaillis par l’annonce aussi tapageuse que scandaleuse de l’arrivée au sein du club de football Paris-Saint-Germain du joueur brésilien Neymar.

Tapageuse par l’indécent spectacle mis en oeuvre autour de ce transfert du joueur de Barcelone à Paris et scandaleuse par les sommes tout autant indécentes engagées par le club parisien (mais en réalité qatari) pour réussir cette opération.

Des dribbles, des passements de jambes ou de simples des coups francs valent donc des centaines de millions d’euros…. Le rêve, dit-on, n’a pas de prix. Et sur la planète football, aujourd’hui, le rêve s’appelle Neymar, ce Brésilien surdoué que vient de s’offrir le Paris-SG dans l’espoir d’entrer dans le gotha des meilleures équipes du monde. SIC TRANSIT GLORIA MUNDI !

Pour ce qu’on en sait, le montant de cette transaction est irréel : 222  millions d’euros pour libérer le joueur de ses engagements auprès du FC Barcelone ; un salaire annuel net de 30  millions d’euros, le plus élevé d’Europe ; des commissions de transfert de quelques dizaines de millions supplémentaires. Au total, c’est un investissement de l’ordre d’un demi-milliard d’euros sur cinq ans que viennent de réaliser le club de la capitale et son propriétaire, l’Emirat du Qatar.

Pure folie qui obéit à l’implacable logique du marché du football. L’ex-président de la banque centrale américaine, Alan Greenspan, mettait en garde, il y a vingt ans, contre  » l’exubérance irrationnelle des marchés financiers  » (Lire « Le fric En Marche » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/08/05/73302/). A l’inverse, on est conduit à constater, aujourd’hui, l’effervescence rationnelle du  » foot business « , dont l’ahurissante inflation du coût des transferts de joueurs donne la mesure : celui du prodige brésilien est environ cinq fois plus élevé que celui de Zinédine Zidane, alors meilleur joueur du monde, au Real Madrid en  2001.

Trois mécanismes font flamber les prix : starisation, spéculation et mondialisation. Dans l’industrie du spectacle qu’est devenu le football moderne, Neymar est une valeur sûre. Belle gueule, beau jeu et marketing millimétré en ont fait une marque mondiale, à l’instar de son ancien partenaire barcelonais Lionel Messi ou de son concurrent madrilène Cristiano Ronaldo. Ses dizaines de millions de  » fans  » (entendez d’imbéciles et de décérébrés) sur les réseaux sociaux en attestent, comme l’invraisemblable engouement qu’il suscite, dès à présent, chez les supporteurs parisiens.

La spéculation se nourrit de cette image hors norme. A supposer que ses prestations sportives soient à la hauteur des fantasmes qu’il déclenche, le Brésilien est une poule aux œufs d’or. Le PSG en attend un solide retour sur investissement (revalorisation de ses contrats avec ses sponsors, billetterie, ventes de maillots et autres produits dérivés…). Quant à la Ligue nationale de football, ravie de l’aubaine, elle se prépare déjà à renégocier très favorablement les droits de retransmission télévisée. Une honte sur toute la ligne.

Enfin, Neymar est devenu en quelques années une icône planétaire. Pour les marques dont il est la vitrine (le PSG et ses sponsors), il est capable d’ouvrir grand les portes des marchés les plus prometteurs, chinois, américain et africain. Pour  » notre ami  » le Qatar, il peut constituer un levier diplomatique opportun, au moment où l’émirat, organisateur du Mondial de football 2022, est en butte à l’hostilité de ses puissants voisins saoudiens.

Il reste qu’on aimerait entendre, ces jours-ci, prononcer deux mots :  » régulation  » et  » redistribution « . La première, portant sur les transferts, relève des organisations footbalistiques qui sont bien trop accaparées par le festivisme de leurs spectacles prétendument sportifs pour y changer quoi que ce soit. La seconde serait le moindre des gestes que l’on attendrait des pouvoirs publics, quand on sait que les plus de 200  millions déboursés par le PSG pour s’offrir Neymar dépassent le budget total des vingt clubs de Ligue 2, la deuxième division française. A défaut que tous ces dirigeants tapent enfin du poing sur la table, il faudra admettre que le football moderne est un miroir cruel d’un monde où les riches sont de plus en plus riches et les autres de plus en plus miséreux, seulement muselés par l’octroi d’un peu de pain et de beaucoup de jeux…

À propos, pour qui avez-vous voté lors de la dernière élection présidentielle ?

Le 6 août 2017.

 

* Lire « Jeux olympiques à Paris, la preuve que le sieur Du Plessis avait raison » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/08/03/jeux-olympiques-a-paris-la-preuve-que-le-sieur-du-plessis-avait-raison/

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  1. Conseil dans l’espérance du roi:Eux non plus « n’ont rien appris ni rien oublié ».* | actualitserlande - août 8, 2017

    […] de la planète Finance (Lire « Balle-au-pied, trop c’est trop » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/08/06/balle-au-pied-trop-cest-trop/). Aussi, attendez-vous lors des prochains épisodes du krach financier qui ne peut en aucun cas […]

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