Une vie violente.

9 Août

Est le titre d’un film de Thierry de Peretti, actuellement sur les écrans, qui décrit avec intelligence et beaucoup de réflexion la violence politique et criminelle (ces deux aspects étant souvent liés) telle qu’elle s’exprime en Corse.

En voici le synopsis : malgré la menace de mort qui pèse sur sa tête, Stéphane décide de retourner en Corse pour assister à l’enterrement de Christophe, son ami d’enfance et compagnon de lutte, assassiné la veille. C’est l’occasion pour lui de se rappeler les évènements qui l’ont vu passer, petit bourgeois cultivé de Bastia, de la délinquance au radicalisme politique et du radicalisme politique à la clandestinité.

Comme l’écrit le critique Thomas Sotinel, dans Le Monde, »  Thierry de Peretti est animé par des souvenirs furieux auxquels il veut donner une forme et un sens. A rebours de ce que l’on aurait pu attendre – une imitation des modèles américains, par le biais de la tradition sicilienne (voir Le Parrain ou Les Affranchis) –, le réalisateur met en scène une tragédie intime, qui fait se heurter jusqu’à la mort les idées et les convoitises, la répétition de l’histoire et l’aspiration au changement. Le résultat est un film parfois qui déconcerte, exige beaucoup (entre autres une attention sans faille) du spectateur, pour arriver à ses fins : la lucidité et la compassion. »

Le film commence évidemment par un crime, filmé de loin et d’abord indéchiffrable. Puis, de scènes de violence en longues séances dialoguées se dessine l’apprentissage de la prétendue  » lutte armée  » qui prend très vite l’allure d’une entreprise systématique d’extorsion de fonds, et du cycle de la vengeance entre factions rivales, dont on ne sait bientôt plus ce qui les divise, divergences politiques, rivalités de pouvoir ou d’argent. Les mots sont ceux des voyous qui menacent et se vantent et ceux des idéologues qui mettent l’histoire de leur pays au service de leurs actes, et l’on s’apercevra bientôt que ceux qui les prononcent sont souvent les mêmes, tels des comédiens qui changeraient de rôle en pleine représentation.

Une vie violente met clairement en évidence le fossé qui sépare le discours de la réalité des actes au point que, plus le film avance, moins il est facile de distinguer l’action politique de la routine du crime organisé. L’une des séquences les plus remarquables du film montre d’ailleurs un groupe de femmes attablées dans un jardin. Elles passent sans gêne de la déploration au sarcasme en parlant du sort de leurs hommes, de leurs frères, de leurs fils…C’est à la fois la représentation de l’impact de la violence sur le reste de la société et la perpétuation d’une tradition ancienne, comme la vendetta, qui relève d’une réalité politico-criminelle contemporaine et d’une  » règle  » (c’est un mot qui revient dans la bouche de ces femmes) venue du passé. Ce n’est pourtant qu’un déjeuner ordinaire mais il sonde les abîmes.

Quel intérêt à tout cela ? demanderez-vous . Celui de retrouver la quasi intégralité du scénario psycho-sociologique de ce film dans un Billet d’humeur du sieur Du Plessis, sur notre blogue, intitulé « Kalliste ou le cadeau empoisonné de Louis XV » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2012/10/29/le-billet-dhumeur-du-sieur-du-plessis-kalliste-ou-le-cadeau-empoisonne-de-louis-xv/) Et que Voltaire aurait pu décrire ainsi : « La beauté est un piège tendu à la raison«. Tout est dans ce Billet que nous vous conseillons de relire, même s’il date d’octobre 2012.

Mais pour ceux qui ne le feraient pas, voici la conclusion du sieur Du Plessis : 

 » Des raisons anciennes peuvent expliquer ce manque de compréhension et ces affrontements  entre les Corses et l’Etat français.

D’une part, la loi française fut imposée sans tenir compte du droit coutumier local. D’où  ces comportements locaux hostiles à un droit « étranger » qu’on juge d’autant plus illégitime qu’il ignore des singularités et s’exprime dans une autre langue que la langue corse . Mais, après tout, est-ce anormal dans un Etat aussi jacobin que la France ? Le Roi, père de ses peuples, n’aurait certainement pas conduit une telle politique.

D’autre part, l’idée de la démocratie que se fait la population corse diffère de celle communément admise en France. L’antique organisation de la famille élargie reposait sur une hiérarchie qui ne favorisait pas l’expression des opinions de chacun des membres, mais en revanche débouchait sur le clanisme et le clientélisme. Les « capi » s’appropriaient le pouvoir et chacun, par prudence, retenait sa parole. Rien de tel en métropole.

Mais, au-delà de tout cela, il faut comprendre que la société corse est une société du « mensonge sur soi » pour laquelle l’île n’a fonction que de décor, une sorte de Cineccita sans figures humaines. Les Corses ne s’aiment pas. Comment pourraient-ils aimer la France ? « 

Le 9 août 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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