Billet d’humeur du sieur Du Plessis : le mirage olympique.

13 Août

Vous n’ignorez plus que Paris a désormais toutes les chances d’obtenir la terrible attribution des Jeux olympiques (JO) d’été pour 2024…faute de candidature rivale ! Vous savez aussi que nous sommes opposés à cette attribution pour de multiples raisons que nous avons exposées dans plusieurs articles de notre blogue et dont la moindre n’est pas le coût faramineux de ce Barnum sportif et le peu de conséquences économiques positives réelles (Lire « Pourquoi tiennent-ils tellement aux Jeux olympiques à Paris en 2024 ? » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/07/12/pourquoi-tiennent-ils-tellement-aux-jeux-olympiques-a-paris-en-2024/).

Conférence de presse d’Emmanuel Macron, Tony Estanguet et Anne Hidalgo

En voici une preuve supplémentaire, récemment publiée, qui montre combien les JO de Londres, en 2012, dont nos responsables politiques nous ont pourtant vanté les résultats, furent une illusion en matière de retombées économiques.

Samedi 5  août après-midi, à quelques centaines de foulées du Stade olympique de Londres. Au pied d’immeubles modernes et sans charme, des enfants jouent au base-ball dans un parc à la pelouse bosselée. Quelques trottinettes et poussettes traversent des rues sans voitures, et une atmosphère de tranquillité règne, loin de l’agitation de la capitale et des Mondiaux d’athlétisme, qui se déroulent juste à côté.

En  2012, les lieux servaient de village olympique pour les quelque 10 000  athlètes accompagnés de leurs kinés, médecins et entraîneurs. Le réaménagement en logements, censé dynamiser l’East End londonien, avait été l’un des principaux points mis en avant par les organisateurs. Mais le processus est un échec. Cinq ans après la fin des JO, et douze ans après leur attribution à Londres, la greffe peine à prendre…Mais c’est pourtant les mêmes promesses que nous font aujourd’hui les édiles parisien et leurs complices politiques à propos du futur « Village des médias » du Bourget, qui devrait accueillir 4 000 journalistes pendant les épreuves, et qui doit laisser place à 1 500 logements à l’issue des Jeux. Idem pour le Village olympique et paralympique, qui sera construit sur les communes de Saint-Denis, Saint-Ouen et l’Ile-Saint-Denis, deviendra, quant à lui, un éco-quartier de 3 500 logements après les JO.

Côté positif, les infrastructures ont toutes retrouvé une utilisation. Le stade olympique est désormais celui du club de football de West Ham, la piscine est utilisée, le vélodrome est actif, la  » Copper Box  » (qui accueillait le handball) est une salle de gym fréquentée… Mais l’ensemble peine à équilibrer ses comptes, faisant penser, en moins sévère, au scénario catastrophe d’Athènes –  des stades inutilisés qui rouillent lentement  –.

Côté négatif, la grande promesse d’un nouveau quartier revitalisé, au cœur d’un East End défavorisé, est loin d’être tenue. Quelque 2 500 logements sont effectivement disponibles, mais ils sont loin des transports en commun, comme posés au milieu de nulle part dans les 225 hectares de l’ancien parc olympique. Au Red-YellowBlue, un bar-restaurant où une dizaine de personnes boivent des pintes de bière en terrasse, les tables en bois sont peu occupées.  » A cette heure-là, il peut y avoir du monde, indique la gérante, Rhea, une petite rousse d’une trentaine d’années. Mais la vie nocturne, franchement, est encore déprimante.  » L‘établissement a ouvert ses portes il y a un an et demi, mais l’affaire, pour le moment, n’est pas rentable. Les premiers commerces n’ont ouvert qu’en  2014.

 » Quand je suis arrivé, il n’y avait aucun magasin, c’était très calme, se souvient Alistair Masom, venu prendre un verre avec des amis. Il n’y avait que 10  % à peine des logements occupés. «  Ce jeune consultant juridique est arrivé avec sa compagne il y a trois ans, attiré par des prix  » plus raisonnables « . Il loue quand même son appartement  » avec deux chambres pour 1 400  livres sterling – 1 550  euros – par mois « .

 » Vous avez des classes sociales et ethniques différentes, assure le patron d’une boucherie ouverte il y a quelques semaines. Ici, il y a un peu de tout. C’est artificiel. «  Récemment, plusieurs petits commerces ont ouvert : on trouve désormais un coiffeur, un fleuriste, un glacier, un marchand d’alcools, une école et plusieurs restaurants carrément cosmopolites.

Bien loin des mirobolantes promesses des organisateurs des JO de 2012, qui parlaient de 10 000 logements construits, de milliers d’emplois créés, d’une ville nouvelle dynamique… Pire, à en croire Mike Wells,  » les Jeux ont ralenti l’amélioration du quartier, au lieu de l’accélérer « . Lui, habitait à Clays Lane une coopérative immobilière de 450 personnes, expropriée pour les Jeux.  » On nous dit que le quartier a été régénéré, mais qui en a profité ? Comme toujours, ça a profité aux plus riches.  » La plupart des nouveaux appartements sont en effet à des prix inaccessibles pour ces anciens habitants.

De plus, l’amélioration du quartier était déjà largement prévue.  » De nombreux promoteurs immobiliers avaient des projets en cours, qui allaient de toute façon voir le jour « , rappelle Julian Cheyne, auteur de nombreux articles sur l’héritage olympique pour le site Internet Games Monitor. Ainsi, les tours du village olympique avaient déjà obtenu leur permis de construire, avant d’être détournées pour les JO.

Pourtant, et malgré l’évidence, sur les vitres d’une agence de Get Living London, l’office qui gère une bonne partie des logements de l’ancien village olympique, une citation, attribuée au magazine Vogue, assure que l’E20 est  » le code postal de Londres à la mode  » ! Le boucher nuance :  » Pour découvrir ce que devient le quartier, il faudra peut-être revenir dans deux ans. «  Soit presque quinze ans après l’attribution des JO.

Dans le meilleur des cas !

Le 13 août 2017.

Du Plessis.

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