» Le tourisme est l’industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux, dans des endroits qui seraient mieux sans eux. »*

14 Août

Vous savez combien nous faisons notre cet adage de Jean Mistler. Aussi, vous comprendrez que nous soutenions les campagnes de rébellion menées dans certains lieux particulièrement menacées par le tourisme de masse comme Venise, Barcelone ou Dubrovnik qui reçoivent respectivement 30, 10 et 1,7 millions de ­visiteurs. Ces trois villes étouffent sous le flux des touristes. Mais il y en a d’autres.

D’ailleurs, à Barcelone, la municipalité contre-attaque en régulant les locations de type Airbnb. Le maire de Venise, qui exploite sans scrupules la valeur de la cité des Doges, botte en touche et tacle l’Unesco. Pas question, pour lui, de limiter la fréquentation des paquebots de croisière malgré les dégâts provoqués par les déplacements d’eau de ces immenses ­hôtels flottants. Face à ce déni, des citoyens s’organisent pour demander plus de transparence dans les comptes de la société gestionnaire des droits d’amarrage. A Dubrovnik, des emplois de services sont créés, mais professeurs, étudiants ou ingénieurs quittent la ville faute d’opportunités.

A l’échelle de l’Europe, le tourisme ­citadin génère certes 400 milliards d’euros de ­recettes par an. Mais qui bénéficie de cette manne financière ? Comment les ­revenus provenant des activités touristiques sont-ils réinvestis dans les cités ? Quel équilibre entre visiteurs et habitants ? Des questions auxquelles il est urgent de répondre. Au risque de tomber dans une forme de haine de l’autre. Car l’étranger, touriste-consommateur, est considéré comme un potentiel prédateur.

C’est ce à quoi nous proposait récemment de réfléchir une émission de ARTE et que voici :

Mais il nous paraît important, malgré tout, de nuancer un peu les propos de cette émission par la réflexion qui suit tant il est vrai que, derrière la critique sans nuance du tourisme de masse, se cache parfois un mépris de classe pour ce qui est populaire.

Un bon exemple nous en est donné par la petite ville provençale des Baux, cette charmante petite commune de 380 habitants où sévissent des peintres et des sculpteurs qui n’ont besoin de créer que par plaisir ce qui ne garantit pas -en tout cas pas toujours- la valeur de la production artistique locale (près d’une vingtaine de galeries d’art quand même). Une autre particularité est un taux de chômage remarquablement faible au point qu’on peut se demander qui sont les 9 chercheurs d’emploi identifiés comme tels dans cette commune bénie des dieux du travail. Aux Baux, tout est idéal, adorable, pittoresque… Le cliché parfait du village provençal. Alors, dans quelle mesure le tourisme constitue-t-il une « catastrophe » pour lui ?

Aux Baux, pas d’agriculture, pas d’industrie ou d’entreprise de construction. Grâce au tourisme, près de 60% des actifs travaillent dans leur ville et pour des visiteurs de au portefeuille généralement bien garni. Non seulement Les Baux comptent 200 hôtels mais la très grande majorité sont des quatre et cinq étoiles. Même si la commune ne figure qu’au 53e rang des communes les plus riches du département sur un total de 114, le tourisme populaire n’a pas trop la cote dans le coin. Inutile de perdre votre temps à chercher une résidence tourisme, un village de vacance, un camping ou une auberge de jeunesse : il n’y en a pas. Encore une fois, Les Baux font dans le haut de gamme. Il faut dire que si la plupart des locaux ne roulent pas sur l’or, les urbains tombés amoureux des Baux font partie des catégories plutôt privilégiées. Tombés sous le charme d’un village qui a encore des commerces, une vraie vie, ces cadres sup’ et ces professions libérales ont littéralement craqué sur une carte postale.

 

Tout le problème c’est que, à côté de ces nombreux bobos, un million de touristes passent aux Baux dont 80% en été. Ça fait beaucoup. Alors oui, il y a des problèmes de circulation et de stationnement mais rien qui ne soit insurmontable. Mais est-ce le tourisme de masse, de passage, qui provoque l’inflation de l’immobilier et l’obligation pour les ménages les plus modestes de trouver un logement loin de leur village ? Évidemment, non. Ce sont les urbains chics qui ont jeté leur dévolu sur le village et acheté une maison à prix d’or qu’ils ont retapé à grand frais. Ce sont eux, et non ceux qui se contentent de photographier le village sans même séjourner dans un de ses hôtels, qui ont progressivement colonisé Les Baux. Et ce sont eux qui, en réalité, en ont assez d’être envahis par la foule estivale.

Bien plus que le tourisme de masse qui contribue à maintenir une vie économique là ou sans quoi il n’y aurait rien ou pas grand-chose, ce sont les urbains aisés, les bobos « en quête d’authenticité« , qui en jetant leur dévolu sur certains sites contribuent à changer leur population. Et pourtant, ces mêmes bobos « en quête d’authenticité » sont aussi ceux qui prônent POUR LES AUTRES ET CHEZ LES AUTRES la mixité et même le métissage ethno-culturel…auquel ils ne se mêlent évidemment pas. Il n’y a d’ailleurs pas qu’aux Baux que l’on observe cela. Paris en est un autre bel exemple dont nous parlons souvent au travers des campements sauvages de migrants, tant appelés de leurs voeux par les mêmes idéologues du métissage. En d’autres termes, les « Faîtes-ce-que-je-dis-mais-pas-ce-que-je-fais » voudraient interdire à tous les autres le droit de visiter les lieux dans lesquels ils prétendent rester durablement et seulement entre eux.

Mais un juste partage des beautés de la nature comme des oeuvres humaines ne serait il pas la meilleure réponse ?

Le 14 août 2017

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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