Après l’Espagne c’est au tour des Etats-Unis de vouloir réécrire l’histoire.

17 Août

Après les campagnes visant à supprimer en Espagne toutes les traces encore debout  des quarante années de pouvoir du général Franco, ce sont les Américains qui s’attaquent aux souvenirs de la guerre de Sécession !

La remise en cause de la présence de monuments rendant hommage aux figures confédérées ne cesse de prendre de l’importance aux Etats-Unis. Selon un rapport publié en  2016 par le Southern Poverty Law Center, plus de 1 500 symboles de l’ancienne confédération sudiste créée lors de la guerre civile américaine de 1861 à 1865 ont été recensés, la plupart dans les anciens Etats sécessionnistes du Sud. Ce chiffre inclut plus d’une centaine d’écoles publiques portant le nom de soldats ou d’hommes politiques des Etats sécessionnistes.

Signe de la prégnance de cette histoire, dix bases militaires portent le nom de soldats confédérés, selon le rapport rédigé après le retrait, en juillet  2015, du drapeau confédéré qui flottait devant le Capitole de Columbia, en Caroline du Sud. Elles sont toutes situées dans le sud du pays. Six anciens Etats sécessionnistes ont d’ailleurs des jours fériés qui rendent hommage aux noms de la guerre civile, dont le chef militaire Robert E. Lee, ou l’éphémère président des Etats confédérés, Jefferson Davis. Faut-il supprimer purement et simplement ces années de l’Histoire des Etats-Unis ?

Monument aux général Lee et aux soldats confédérés de l’Etat de Virginie à Gettysburg

Ces monuments suscitent les critiques de plus en plus virulentes de mouvements antiracistes. A Durham (Caroline du Nord), la statue d’un soldat confédéré érigée en  1924 a été abattue, lundi 14  août, par des manifestants. Les monuments à la gloire de figures sécessionnistes sont protégés par la loi dans cet Etat. Le même jour, une autre a été déboulonnée à Gainesville (Floride) car ces gens-là sont, comme chez nous, des terroristes intellectuels.

Samedi 12  août, le maire de Lexington (Kentucky), le démocrate Jim Gray, avait annoncé sa volonté de déplacer deux statues confédérées. «  La guerre de Sécession a été une période noire de notre histoire. Certes, nous ne devons pas oublier. Mais nous devons raconter avec exactitude et véracité ce qu’il s’est passé « , a déclaré M. Gray, rappelant qu’à Lexington se trouvait  » l’un des plus grands marchés aux esclaves d’Amérique (…). Nous ne pouvons pas continuer à rendre hommage à ces hommes qui se sont battus pour préserver l’esclavage, sur un sol où des hommes, des femmes et des enfants ont été eux-mêmes vendus comme esclaves.  » Manifestement, M. Gray oublie que la traite négrière et l’esclavage n’ont pas disparu en Méditerranée, au profit des dividendes des actionnaires des grandes entreprises dont beaucoup ont la cote auprès des fonds de pension de son pays !…Il nous faut donc le lui rappeler.

Plus récemment, quatre monuments ont été déboulonnés à La Nouvelle-Orléans (Louisiane). Comme souvent, ces retraits ont fait l’objet d’une sourde bataille juridique. Compte tenu des tensions, le démantèlement de ces statues a été effectué la nuit, sous protection policière.Car, pour leurs défenseurs, enlever ces symboles revient à effacer un pan de l’histoire américaine et de l’héritage sudiste. Quoi qu’il en soit vous apprécierez le courage de ces tenants du droit-de-l’hommisme.

 » Des statues ont été érigées dans le but de réécrire l’histoire pour glorifier la confédération et perpétuer l’idée de la suprématie blanche « , a même osé écrire le maire démocrate de La Nouvelle-Orléans, Mitch Landrieu, le 11  mai, dans les colonnes du Washington Post.  » Ces monuments ne sont pas des marqueurs lugubres de notre héritage de l’esclavage et de la ségrégation, mais un hommage à ces derniers. Ils dressent un récit inexact de notre passé, sont un affront à notre présent et une médiocre prescription pour notre avenir « , avait-il ajouté. On a entendu des propos analogues visant à souiller l’oeuvre considérable de Francisco Franco en Espagne et qui témoignaient de la totale inculture de ceux qui ne cherchaient qu’à réécrire une Histoire qu’ils ne connaissent même pas.

En  2015, dans le même journal, un historien de l’université du Vermont, James W. Lœwen, auteur d’un ouvrage au titre évocateur, Lies My Teacher Told Me ( » Les mensonges que me racontait mon professeur « , The New Press, 1995), estimait qu’en dépit de sa défaite militaire et politique le camp sudiste est parvenu à préserver une sorte de match nul mémoriel par le truchement de monuments.

Comment peut-il croire honnêtement que quelques monuments peuvent suffire à porter de prétendus mensonges s’il n’existe pas une authentique mémoire collective enracinée ? Ces gens-là sont des pitres grotesques.

Le 17 août 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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