Et encore la Sierra Leone…

19 Août

Attendez-vous à coup sûr à devoir subvenir aux besoins financiers de ce pays (anglophone) d’Afrique de l’Ouest qui, après les terribles épisodes d’infection par le virus Ebola en 2014 et 2015, vient de subir une terrible catastrophe naturelle.

Cinq jours après les inondations et glissements de terrains qui ont ravagé Freetown, au petit matin du lundi 14  août, les rescapés de la capitale de la Sierra Leone recherchent toujours les  leurs dans des tonnes de boue et de débris. Mais ils finissent le  plus souvent par inhumer collectivement des corps non identifiés.

Dans cette ville surpeuplée, qui compte environ 1,2  million d’habitants et d’innombrables logis précaires, plus de 450 personnes –  dont au moins 122 enfants – ont trouvé la mort en début de semaine. Près de 600 autres étaient toujours portées disparues, vendredi 18  août au soir, selon la Croix-Rouge internationale. Et le bilan pourrait s’aggraver.  » Nous conservons l’espoir de retrouver des survivants, mais les chances s’amenuisent de jour en jour « , a déclaré, vendredi 18  août, le secrétaire général de la Fédération internationale de la Croix-Rouge, Elhadj As Sy, lors d’une conférence de presse à Genève (Suisse).

Un des bidonville de Freetown

Les Sierra-Léonais ont été surpris dans leur sommeil quand de puissantes coulées de boue ont envahi les rues dans la nuit du 13 au 14  août, après trois jours de pluies torrentielles et sans avoir été alertés par les services météo locaux. Des pans de collines surplombant des quartiers de la banlieue sud de la ville, se sont effondrés sur des habitations. A la morgue centrale de Freetown, surchargée, les survivants se pressent pour tenter d’identifier les dépouilles de leurs proches. D’autres rescapés font le siège de l’hôpital, à la recherche des membres de leur famille disparus. Par mesure de salubrité, des dizaines de victimes anonymes ont été enterrées dans de simples sacs mortuaires, jeudi  17 et vendredi 18  août, à Waterloo, près de Freetown. Anticipant de lourdes pertes, les autorités avaient fait creuser 400 tombes dans le cimetière de cette localité qui abrite déjà les sépultures des victimes du virus Ebola, responsable de 4 000 morts dans le pays en  2014 et 2015.

 » Nous sommes débordés « , avait cependant admis le chef de l’Etat, Ernest Bai Koroma, mardi 15  août, lors d’une visite sur les lieux, tandis que le président de la Guinée et chef de l’Union Africaine, Alpha Condé, présent à Freetown, lançait un appel à la mobilisation internationale pour la Sierra Leone.

 » Les nombreux engagements financiers internationaux pris envers le pays au moment de l’épidémie d’Ebola n’ont pas tous été tenus, explique Lucas Beltrame, responsable du  » desk urgence  » de  l’ONG Médecins du monde Espagne, présente en Sierra Leone depuis cette époque. Son système de santé oublié n’a pas bénéficié des avancées qui auraient dû découler de cette crise. « 

Selon la Croix-Rouge internationale, plusieurs centaines de maisons ont été détruites ou endommagées, laissant plus de 3 000 personnes sans toit. Près de 2 000 familles ont désespérément besoin d’abris, d’eau potable, de nourriture, de médicaments et d’équipements sanitaires «  pour parer aux risques d’épidémies « .

Comme on pouvait s’y attendre,  » Deux cas supposés de choléra ont déjà été signalés par les équipes de secours. Des cadavres se trouvent toujours dans des maisons inondées, contaminant l’eau, et l’apparition de cas de diarrhées, de paludisme ou d’autres maladies mortelles constitue un risque sérieux « , rapporte l’ONG Save the Children dans un communiqué.

Des éboulements de moindre ampleur se sont succédé depuis lundi dans l’est de la capitale comme à Bo, la deuxième ville du pays, mais la mousson n’étant pas terminée, le risque de nouvelles inondations est loin d’être écarté.

La Fédération internationale de la Croix-Rouge et la Fédération internationale du Croissant-Rouge insistent sur l’importance d’une mobilisation rapide de la communauté internationale.  » Nous devons anticiper les besoins à long terme des familles qui ont perdu leurs maisons et leurs moyens de subsistance « , a expliqué Elhadj As Sy, vendredi, formulant un appel aux dons.

La plage pour les locaux

Le Royaume-Uni a annoncé qu’il débloquait une aide de 5  millions de livres (5,5  millions d’euros) afin de financer l’action de plusieurs agences de l’ONU et ONG. La Chine a promis un -million de dollars (environ 850 000  euros), le Togo 500 000  dollars, et la Commission européenne…300 000  euros, soit moins que le Togo ! Israël et des pays d’Afrique de l’Ouest ont, de leur côté, fourni des fonds et des biens de première nécessité.

La plage pour les touristes

La Sierra Leone compte parmi les pays les plus pauvres au monde, et sa capitale, dépourvue d’un système efficace d’évacuation des eaux, subit régulièrement les effets de pluies torrentielles. En septembre  2015, des inondations avaient fait dix morts et mis à la rue des milliers de personnes, mais celles qui ont frappé Freetown lundi font parties des plus meurtrières en Afrique ces vingt dernières années. Pour M. Beltrame, un  » travail «  sur la  » prévention «  de ces risques s’impose. Tout comme un  » contrôle «  de la croissance urbaine de Freetown….

Et, n’en doutez pas, après (ou avec) le choléra, nous ne manquerons pas de voir réapparaître la fièvre Ebola ! Et son cortège de morts et de contaminations diverses et variées.*

Le 19 août 2017.

Jean-Yves Pons, CJA.

* Lire « Ebola : coucou, le revoilà » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/01/14/bulletin-climatique-du-week-end-1415-janvier-2017-de-la-republique-francaise/).

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