Economie : Emmanuel Macron aurait-il déjà mangé son pain blanc ?

26 Août

Alors que son prédécesseur s’est débattu avec les séquelles de la crise, Emmanuel Macron hérite paraît-il d’une économie en meilleure forme – et récolte les fruits des mesures prises par François Hollande pour favoriser l’emploi et l’investissement. Les enquêtes de conjoncture publiées jeudi 24  août par l’Insee le confirment.

Selon les chefs d’entreprise interrogés en août, le climat des affaires serait meilleur : l’indicateur qui le synthétise a grimpé à 109 points (+ 1 par rapport à juillet). Dans l’industrie manufacturière, il culmine même à 111, son plus haut niveau depuis décembre  2007. Même constat dans les services, où l’indicateur du climat des affaires culmine à 106, 6 points au-dessus de sa moyenne historique. Il fléchit en revanche un peu dans le bâtiment, le commerce de détail et la réparation automobile – mais, là encore, reste supérieur à sa moyenne de long terme.

Après deux années de croissance quasi nulle (0,2  % en  2012, 0,6  % en  2013), suivies de trois années décevantes (1  % en  2014 et en 2015, 1,1  % en  2016), on nous dit que l’économie tricolore a enfin renoué avec le dynamisme. Comme on aimerait les croire !  » La France profite du rebond du commerce international et de la reprise de la zone euro : cela fait longtemps que les conditions n’ont pas été aussi bonnes « , précise Bruno Cavalier, chef économiste d’Oddo BHF.

Le fameux alignement des planètes économiques – taux d’intérêt faibles, inflation et euro relativement bas –, dont les bienfaits étaient attendus en  2016, commencerait-il à porter ses fruits ? Même si l’inflation est un peu remontée, la consommation des ménages, qui a progressé de 0,3  % au deuxième trimestre, résiste effectivement plutôt bien.

Pourtant, l’investissement des entreprises laisse planer des doutes sur sa pérennité. Après le rebond de 2,1  % au premier trimestre, il a ralenti à 0,5  % au deuxième, à cause de la fin du dispositif de suramortissement fiscal en avril. En début d’année, les entreprises avaient engrangé des projets d’investissement pour profiter de cette mesure avant son expiration. S’ajoute à ces inquiétudes la hausse de l’euro qui renchérit nos exportations. D’ailleurs, le commerce extérieur reste le talon d’Achille de l’économie française. Au premier semestre, les importations (+ 4,4  %) ont progressé plus vite que les exportations (+ 1,3  %), si bien que le déficit commercial s’est creusé à 34,3  milliards d’euros. C’est 11,3  milliards de plus qu’en 2016.

 » La hausse de la consommation se traduit par celle des importations, car notre secteur productif n’est pas équipé pour répondre à ce surcroît de demande « , explique Olivier Chemla, chef économiste de l’Association française des entreprises privées (AFEP). Et ce, parce que notre base industrielle, spécialisée dans le moyen de gamme, a fondu comme peau de chagrin ces dernières années.

Enfin, l’horizon conjoncturel pourrait de nouveau s’obscurcir courant 2018. L’incidence des mesures budgétaires du nouveau gouvernement sur la croissance est encore incertaine, tandis que la Banque centrale européenne va peu à peu réduire ses soutiens à l’économie – au risque que cela fasse grimper les coûts d’emprunt dans la zone euro. Par ailleurs, l’effet de rattrapage post-crise va s’estomper, si bien que l’économie française va progressivement se rapprocher de son taux de croissance potentielle – à savoir, celui qu’elle peut atteindre lorsque ses capacités de production tournent à plein régime, sans surchauffe. Or, ce taux est estimé à 1,2  % seulement. Une faiblesse liée aux handicaps de notre pays, tels que le taux de chômage structurel élevé – autour de 8,5  % –, les fragilités de l’industrie et le déficit du commerce extérieur.

Et c’est là qu’intervient la mauvaise nouvelle de l’été : le chômage est reparti à la hausse. Le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A) en France métropolitaine a augmenté de 1 % en un mois, s’établissant à un peu plus de 3,518 millions de personnes (+ 34 900), selon les données rendues publiques, jeudi, par les services du ministère du travail et par Pôle emploi. Et la tendance est identique si l’outre-mer est pris en compte, le total pour l’ensemble du territoire français s’élevant alors à 3,775 millions (+ 1 % en un mois).

Sur le dernier trimestre, le nombre de personnes sans emploi est également en augmentation avec une hausse de 1,3 % (+ 46 300). Sur cette période, cette tendance est visible dans toutes les catégories d’âge dans la catégorie A en France métropolitaine : + 2,3 % pour les moins de 25 ans, + 1,4 % pour les personnes entre 25 et 49 ans et + 0,7 % pour les plus de 50 ans.

Toutes catégories confondues (A, B, C, D et E), le nombre de demandeurs d’emploi en France métropolitaine s’élevait à la fin de juillet à 6,327 millions de personnes. Encore proche des 10% de la population active, le chômage reste donc élevé au regard de celui de nos voisins allemands (3,8  %) ou britanniques (4,4  %). D’autant que, ces prochains mois, les chiffres de l’emploi pourraient en outre pâtir d’une baisse des contrats aidés financés par l’Etat.

La réforme du Code du travail qui occupe le devant de la scène depuis quelques semaines suffira-t-elle à inverser cette situation ou ne sera-t-elle finalement qu’un coup d’épée dans l’eau ? Nous ne tarderons pas à être fixés.

Le 26 août 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Publicités

Une Réponse to “Economie : Emmanuel Macron aurait-il déjà mangé son pain blanc ?”

Trackbacks/Pingbacks

  1. CER:Economie : Emmanuel Macron aurait-il déjà mangé son pain blanc ?-plutôt du pain noir | actualitserlande - août 26, 2017

    […] Economie : Emmanuel Macron aurait-il déjà mangé son pain blanc ? […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :