La Pologne : un caillou dans le soulier d’Emmanuel Macron.

27 Août

Lors d’une rencontre à Salzbourg, organisée, mercredi 23  août, par le chancelier autrichien, Christian Kern, les premiers ministres tchèque, Bohuslav Sobotka, et slovaque, Robert Fico, ont donné leur accord de principe pour réviser la directive qui permet d’envoyer des salariés dans un autre pays de l’Union européenne (UE) tout en continuant de payer les cotisations sociales dans le pays d’origine. Un texte qui est souvent accusé en France et à juste titre, de créer du  » dumping social « .

La République tchèque et la Slovaquie, historiquement opposées à toute révision de ce texte, se sont engagées à  » débattre pour trouver un accord d’ici à  octobre « , selon les propos du premier ministre social-démocrate tchèque, Bohuslav Sobotka.  » Nous sommes proches d’un accord « , a même affirmé son homologue slovaque, Robert Fico. Mais il faut souligner que ces trois pays d’Europe centrale sont moins concernés par les effets de cette directive que d’autres tels la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie et la Roumanie.

Si les deux responsables ne sont pas rentrés dans le détail de ce que pourrait être cet éventuel accord, Emmanuel Macron, à l’origine de cette réunion de Salzbourg, a aussitôt salué un  » vrai consensus sur la révision « . Le président de la République a évoqué la  » lutte contre les situations abusives «  ou  » la réduction de la durée «  maximale de détachement (ce qui, somme toute, ne peut avoir d’effet qu’à la marge), sans toutefois dire s’il était parvenu à convaincre ses interlocuteurs d’accepter qu’elle soit de douze mois seulement, une des principales exigences françaises.

 » La directive telle qu’elle fonctionne est une trahison de l’esprit européen dans ses fondamentaux « , avait tonné M. Macron avant la rencontre.  » Le marché unique européen et la libre circulation des travailleurs n’ont pas pour but de favoriser les pays qui font la promotion du moindre droit social « , avait-il précisé dans une allusion évidente aux pratiques de certains pays d’ex-Europe de l’Est.

Aucun texte n’a été signé et il faudra attendre la prochaine réunion des ministres du travail européens, le 23  octobre, pour savoir si la France a gagné son combat sur ce dossier. Mais cette  » bonne volonté  » de Prague et de Bratislava, comme l’a qualifiée le président français, lui permet au moins de diviser le  » groupe de Visegrad « , qui compte également la Pologne et la Hongrie, très opposées à tout durcissement de la directive.  » Nous allons tout faire pour que l’ensemble du groupe de Visegrad rejoigne nos positions « , a  promis M. Fico, mais sans en faire une condition sine qua non.

Pour sa première tournée en Europe centrale, M.  Macron a d’ailleurs soigneusement évité de se rendre à  Budapest et à Varsovie, les deux capitales les plus souverainistes de la région.  » On a cassé l’idée qu’il y aurait une opposition entre l’Est et l’Ouest « , a plaidé le président, qui devait ensuite se rendre, jeudi  24 et vendredi 25  août, en Roumanie et en Bulgarie.

Cette avancée est aussi à mettre au crédit de l’Autriche, alignée sur les positions françaises. Le chancelier social-démocrate autrichien, Christian Kern, a expliqué que son pays  » a peur du dumping social «  alors que le nombre de travailleurs détachés  » a augmenté d’un quart «  en Autriche en  2016.  » Un niveau préoccupant «  selon M. Kern, qui est actuellement en campagne pour les élections législatives face à une extrême droite europhobe, alliée au Front national au Parlement européen, et toujours très haute dans les sondages.

En permettant parfois de faire travailler deux personnes sur le même poste avec deux salaires différents, le travail détaché est une cible évidente pour ceux qui sont hostiles aux petites combines des patronats d’Europe de l’Ouest. Emmanuel Macron en a d’ailleurs fait un point essentiel de son projet de promotion d’une  » Europe qui protège « , surtout au moment où il veut, en parallèle, flexibiliser le marché du travail français.

Mais, en réalité, le changement de position des trois pays d’Europe centrale s’explique par la situation de quasi-plein emploi que connaissent la plupart des pays de la région. Après des années d’hémorragie démographique, ceux-ci aimeraient désormais retenir davantage leur main-d’œuvre.  » En Slovaquie, nous avons aussi des problèmes de dumping social, nous voudrions l’interdire « , a expliqué M. Fico, un populiste de gauche. En d’autres termes, autres temps autres moeurs…

En retour de ce geste conciliant, M. Fico a voulu rappeler son opposition ferme à tous quotas européens de migrants, un autre sujet qui divise l’est et ouest de l’UE ces dernières années.  » Il est impossible de baser la politique d’asile sur des quotas « , a répété plusieurs fois l’homme fort de Bratislava, qui a même porté plainte devant la justice européenne contre ce principe. Pas sûr qu’il ait gain de cause.

M.  Macron semble avoir entendu cette opposition.  » Il ne m’appartient pas à moi de dire combien de migrants il faut envoyer en Slovaquie ou ailleurs, mon souhait n’est pas d’aborder les choses selon ce principe-là « , a expliqué le président français, critiquant ainsi ouvertement le projet européen de répartition des demandeurs d’asile. Et, dans ces propos du président de la République française, nous retrouvons sa tactique du grand écart, de ses deux formules fétiches, « en même temps » et « ni de droite ni de gauche ».

Lancé par la Commission européenne en  2015, celui-ci n’a jamais vraiment fonctionné en raison de l’opposition farouche de plusieurs pays d’Europe centrale. L’Elysée démentait, mercredi soir, avoir marchandé sur le sujet des quotas de migrants avec Prague et Bratislava, en échange de leur geste sur le travail détaché. Mais sait-on jamais…

Quoiqu’il en soit, la réplique n’a pas tardé et elle est venue de la Pologne.

La Première ministre polonaise Beata Szydlo a qualifié vendredi 25 août les déclarations du président français « d’arrogantes« , soulignant que son pays avait « les mêmes droits que la France » dans l’UE : « Peut-être, ses déclarations arrogantes sont-elles dues à son manque d’expérience et de pratique politique, ce que j’observe avec compréhension, mais j’attends qu’il rattrape rapidement ces lacunes et qu’il soit à l’avenir plus réservé« , a déclaré Beata Szydlo au site wpolityce.pl après qu’Emmanuel Macron a reproché à Varsovie de se mettre « en marge » de l’Europe sur « de nombreux sujets« .

« Je conseille à M. le président qu’il s’occupe des affaires de son pays, il réussira alors peut être à avoir les mêmes résultats économiques et le même niveau de sécurité de ses citoyens que ceux garantis par la Pologne« , a encore lancé Beata Szydlo, ajoutant rappeler « à M. Macron que la Pologne est membre de l’Union européenne au même titre que la France ». « Ce n’est ni le président de la France ni aucun autre dirigeant qui décidera personnellement de l’avenir de l’Europe mais l’ensemble des membres de la communauté« , a-t-elle déclaré. « Nous avons les mêmes droits que la France, que les autres pays membres, et nous allons en profiter pour le bien de la Pologne et des Polonais. La Pologne n’est en conflit avec aucun des pays de l’UE, ni avec l’UE elle-même« , a encore dit Beata Szydlo.

Le président français avait violemment critiqué vendredi le refus polonais de durcir la directive sur le travail détaché, « une nouvelle erreur » de Varsovie selon lui. « La Pologne n’est en rien ce qui définit le cap de l’Europe« , a-t-il lancé lors d’un point de presse à Varna (Bulgarie), au dernier jour d’une tournée en Europe de l’Est pour rallier des soutiens à une réforme de cette directive.

« Le peuple polonais mérite mieux que cela et la Première ministre aura beaucoup de mal à expliquer qu’il est bon de mal payer les Polonais« , a répliqué Emmanuel Macron. La Pologne « se met en marge » et « décide d’aller à l’encontre des intérêts européens sur de nombreux sujets« . Or « l’Europe s’est construite pour créer de la convergence, c’est le sens même des fonds structurels que touche la Pologne« , a-t-il menacé.

Jupiter brandit la foudre !

(Versailles, Galerie des Glaces)

Le 27 août 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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  1. CER:La Pologne : un caillou dans le soulier d’Emmanuel Macron. | actualitserlande - août 27, 2017

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