En Allemagne surtout, plus ça change et plus c’est la même chose.

31 Août

La scène se passe le 3  juillet, à Berlin, au siège de l’Union chrétienne-démocrate (CDU). Côte à côte, la chancelière Angela Merkel, également présidente de la CDU, et Horst Seehofer, le chef de file des conservateurs bavarois (CSU), présentent le programme commun de leurs partis pour les élections législatives du 24  septembre 2017. Il est question d’emploi, de fiscalité, de sécurité, du numérique… Un mot, en revanche, n’est jamais prononcé : celui d’immigration. Si un journaliste n’avait pas posé la question en fin de conférence de presse, le thème n’aurait pas été évoqué.

Lors de ses premiers meetings, à partir de la mi-août, Mme Merkel s’en est tenue à cette discrétion. Dans ses discours, elle évacue le sujet en quelques phrases générales, commençant par remercier ses concitoyens d’avoir fait preuve de solidarité lors de la crise de 2015, année où plus d’un million de migrants sont arrivés dans le pays, mais pour ajouter qu’ » une situation comme celle de – cette année-là – ne doit pas se reproduire « , et que sa priorité est désormais d’expulser les étrangers en situation irrégulière et de lutter contre les causes de l’immigration. Des objectifs qu’elle a rappelés, mardi 29 août, à Berlin, lors d’une conférence de presse au début de laquelle elle a choisi d’aborder d’elle-même le sujet, pour la première fois depuis le début de la campagne, afin de répondre à ceux qui – depuis des semaines – lui reprochent de l’esquiver. Car il est clair que…MOINS EN EN PARLE ET MIEUX ON SE PORTE ! En tout cas au début. Car, après…on regrette de ne pas en avoir parlé plus tôt. C’est comme pour le dépistage du cancer du sein !

C’est le cas de son principal adversaire, Martin Schulz.  » Jouer la montre et essayer d’ignorer le sujet jusqu’aux élections, c’est se comporter cyniquement « , avait déclaré le président du Parti social-démocrate (SPD) au quotidien Bild, le 23 juillet. Quatre jours plus tard, il se rendait en Sicile dans un foyer de réfugiés pour dénoncer la pusillanimité des pays européens – dont le sien – face à l’actuelle remontée des flux migratoires en provenance d’Afrique. Un déplacement qui coïncidait avec le départ de Mme  Merkel en Italie… pour deux semaines de vacances.

Mais jusqu’à présent, l’offensive de M. Schulz n’a pas eu les effets escomptés. Si le but était de rattraper son retard en confrontant Mme  Merkel au dossier qui l’a le plus fragilisée pendant son dernier mandat, celui-ci n’a pas été atteint : depuis juin, le SPD est toujours devancé d’une quinzaine de points par la CDU/CSU dans les sondages. Si l’objectif était de mettre la question migratoire au centre de la bataille électorale, c’est aussi raté : selon une enquête Emnid publiée le 20  août dans Bild, la baisse de l’immigration n’arrive qu’à la dix-septième place des thèmes de campagne considérés comme importants par les électeurs, les principaux étant l’éducation, la pauvreté des personnes âgées et la lutte contre la criminalité. Ce qui justifie pleinement notre article du 19 juin 2017, que nous avions intitulé « Les Allemands sont des pleutres. C’est un signe de leur prochaine disparition » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/06/19/les-allemands-sont-des-pleutres-cest-le-signe-de-leur-prochaine-disparition/ ) et dans lequel nous disions ceci :

 » L’élément le plus démonstratif de notre pronostic (est) dans l’avachissement du peuple allemand et son incapacité à tenir le dragée haute à sa chancelière.

A trois mois des élections législatives allemandes du 24  septembre, le match semble déjà plié : sauf surprise, l’Union chrétienne-démocrate (CDU) devrait arriver en tête du scrutin, et sa présidente, Angela Merkel, sera reconduite à la tête du gouvernement pour la quatrième fois d’affilée. A 62 ans, la chancelière continue de jouir d’une popularité exceptionnelle. Selon la dernière vague du baromètre mensuel ARD-DeutschlandTrend, réalisé par l’institut Infratest Dimap les 6 et 7  juin, malgré sa désastreuse gestion de la crise migratoire, 64  % des électeurs se disent satisfaits par son action, ce qui en fait la personnalité politique la plus appréciée outre-Rhin, vingt-huit points devant Martin Schulz, le président du Parti social-démocrate (SPD), dont les chances de lui succéder s’amenuisent semaine après semaine.

Quels sont les ressorts de cette insolente popularité ? Comment Mme  Merkel, qui avait vu sa cote de confiance s’éroder en  2016, au point que plusieurs journaux évoquèrent alors son  » crépuscule « , a-t-elle retrouvé un niveau d’adhésion comparable à celui qui était le sien avant la crise des migrants de 2015 ? Pourquoi semble-t-elle épargnée par le  » dégagisme  » qui, ces derniers mois, a contraint François Hollande à renoncer à briguer un second mandat en France, a poussé vers la sortie le président du conseil italien Matteo Renzi, a favorisé l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis et coûté cher à Theresa May lors des dernières élections britanniques ?

Selon les spécialistes de l’opinion, et alors que la droite populiste n’a ni homme providentiel ni programme digne de ce nom à proposer pour le pays, l’explication tient d’abord à la situation internationale.  » La politique étrangère est aujourd’hui un thème majeur de préoccupation en Allemagne, explique Michael Kunert, de l’institut Infratest Dimap. La victoire de Trump, les doutes sur l’avenir de l’Europe avec le Brexit, les tensions de plus en plus fortes avec la Turquie, la relation compliquée avec la Russie, tout cela inquiète beaucoup les Allemands.Or, dans ces domaines, l’expérience de la chancelière joue en sa faveur, et les électeurs estiment qu’elle est la mieux à même de défendre les intérêts du pays. Dans ce monde incertain, elle incarne une stabilité qui rassure.  » En d’autres termes, au lieu de réfléchir et de s’armer de courage, les Allemands se réfugient dans les bras de  » Mutti « . Car  » Mutti  » les protège. En tout cas c’est ce qu’ils croient.

Pour Mme  Merkel, qui est devenue chef du gouvernement quand George W. Bush était encore à la Maison Blanche et Jacques Chirac à l’Elysée, le contexte géopolitique agit comme un puissant antidote contre l’usure du pouvoir. En d’autres circonstances, sa longévité jouerait en sa défaveur.  Hélas, elle est devenue son principal atout. « 

Pourquoi la question des réfugiés, qui a dominé le débat en  2015 et en  2016, est-elle devenue si marginale à l’approche des élections ? Les explications tiennent d’abord aux intérêts des différentes familles politiques. Les conservateurs, d’abord : après avoir fulminé contre la politique d’accueil de la chancelière, l’aile droite de la CDU et la CSU ont décidé de taire leurs critiques, conscientes que leurs divisions internes risquaient de leur faire perdre la chancellerie.  » Les critiques ont cessé après la déclaration de candidature de Schulz – fin janvier – , quand il est monté dans les sondages et où on a pu croire qu’il risquait de battre Merkel « , rappelle Robin Alexander, journaliste à Die Welt, auteur d’un best-seller sur la politique de la chancelière envers les réfugiés (Die Getriebenen, Siedler, non traduit), paru en mars. En parodiant Shakespeare, nous pourrions dire que les dirigeants de la droite allemande ont choisi d’échanger leur royaume contre un plat de lentilles !

Les Verts et Die Linke (gauche radicale) sont dans le même embarras : dans la mesure où leur électorat a majoritairement approuvé la politique d’accueil de Mme  Merkel, il leur est difficile de la combattre aujourd’hui sur ce terrain. Quant au SPD, sur ce sujet comme sur d’autres, il doit se démarquer de la CDU/CSU mais sait qu’il ne peut les attaquer trop frontalement, au risque de se voir rappeler qu’il a gouverné pendant quatre ans à leurs côtés et qu’il n’est pas le mieux placé pour fustiger un bilan qui est aussi le sien. Cette prudence s’explique enfin par la peur de l’extrême droite, avec en mémoire les scores très élevés obtenus par le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) en  2016. Notamment en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le fief électoral de Mme  Merkel, où l’AfD a devancé la CDU, une première pour l’extrême droite allemande depuis la seconde guerre mondiale.

Créditée de près de 15  % des voix aux législatives fin 2016, l’AfD plafonne aujourd’hui à 9  %-10  %. Or, si ce reflux est dû en partie au triste spectacle offert par les dirigeants du parti incapables de mettre fin à leurs querelles, il s’explique aussi par la mise au second plan de la question migratoire dans l’agenda politique et le paysage médiatique.  » Beaucoup d’Allemands continuent de penser que Merkel a préféré les enfants des autres aux siens pendant la crise des réfugiés. Mais depuis, d’autres questions dominent, l’avenir de l’Europe avec le Brexit, la dégradation des relations de l’Allemagne avec les Etats-Unis, la Russie et la Turquie. Merkel a peut-être déçu comme “mère”, mais elle rassure en tant que “dompteuse” de ces grands animaux dangereux que sont Trump, Poutine et Erdogan « , explique Stephan Grünewald, fondateur de l’Institut Rheingold, spécialisé dans l’étude de l’opinion publique. PLUS AVEUGLE, TU MEURS !

Accusée par l’extrême droite et une partie de son camp d’avoir  » perdu le  contrôle  » du pays en refusant d’en fermer les frontières en  2015, Mme  Merkel fait aujourd’hui campagne  » pour la sécurité et l’ordre « , l’un des slogans les plus utilisés sur les affiches de la CDU. Mais oubliant qu’en 2015 elle avait ouvert grandes les portes de son pays au déferlement des migrants venus du Proche-Orient et pénétrant par la route dite des Balkans (faisant ainsi le malheur de tous les pays dévastés par ces nouvelles invasions barbares) avant de jouer à la vierge effarouchée ou à l’épouse trahie après les viols en série et les attentats islamistes meurtriers de 2016 qu’elle avait contribué à favoriser.

Quant à la non moins terrible année 2017, elle a trouvé la parade : il n’y a plus de terroristes en Allemagne mais seulement quelques malades mentaux, comme partout, accidentels et imprévisibles !

Le 31 août 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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  1. Nouvel article sur conseil dans l’espérance du roi : Face-à-face télévisé entre Angela Merkel et Martin Schulz : l’automne arrive…-L’hiver démographique: »Le crépuscule des vieux »-Bernanos – sourceserlan - septembre 5, 2017

    […] A trois semaines des élections législatives allemandes, le face-à-face télévisé qui a opposé Angela Merkel à Martin Schulz, dimanche 3 septembre, n’a fait apparaître aucun désaccord majeur entre les deux principaux prétendants au poste de chancelier. Pendant une heure et demie, les candidats de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et du Parti social-démocrate (SPD) ont discuté, comme on prend le thé entre amis, dialogué sans batailler, l’un opinant souvent de la tête quand l’autre avait la parole, et leur confrontation…n’en a jamais été une (Lire « En Allemagne surtout, plus ça change et plus c’est la même chose » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/08/31/en-allemagne-surtout-plus-ca-change-et-pl…). […]

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