Un échec cuisant de plus pour Mario Draghi et la BCE.

2 Sep

Ils avaient tout fait pour que l’euro baisse, principalement face au dollar. Jusqu’à inonder les marchés de liquidités dont on sait aujourd’hui qu’elles n’ont servi et ne servent qu’à alimenter les spéculations du lobby bancaire. Eh bien, c’est raté. Comme bien d’autres idées géniales de Mario et de ses copains de la Banque centrale européenne.

Mardi 29  août, l’euro a franchi la barre de 1,20 dollar pour la première fois depuis janvier  2015. La devise européenne a même grimpé de 14  % face au billet vert depuis le 1er  janvier, mais aussi de 8,9  % face à la livre sterling et de 6,16  % face au yen. La hausse a accéléré ces derniers jours, dans la foulée du forum économique de Jackson Hole (Etats-Unis) qui s’est tenu du 24 au 26  août. Les banquiers centraux s’y sont pourtant montrés avares en indices sur leur stratégie.

Qu’importe : les marchés continuent de miser sur la hausse de la monnaie unique, plombant au passage les Bourses européennes, également déprimées par la crise nord-coréenne.  » L’appréciation de l’euro risque de se poursuivre : il pourrait grimper jusqu’à 1,30  dollar ces prochains mois « , estime Charles-Henri Colombier, économiste chez Cœ-Rexecode. Certains naïfs s’en réjouissent au prétexte que la monnaie unique de l’UE est, aux yeux du monde,  » une monnaie forte  » ! En vérité, c’est, sinon encore une catastrophe, à coup sûr une bombe à retardement qui risque fort d’exploser au moment où les éléments d’une nouvelle crise économique mondiale se mettent en place.

Alors, pourquoi l’euro monte-t-il ? L’appréciation de la monnaie unique exprime certes que la plupart des indicateurs économiques sont actuellement au vert dans plusieurs pays européens : le taux de chômage a retrouvé son niveau de février  2009 (9,1  %), les carnets de commandes se remplissent, et la croissance devrait frôler les 2  % cette année.

Résultat : certains investisseurs délaissent leurs actifs en dollars pour les placer dans la zone euro, ce qui pousse la devise européenne à la hausse. Mais ce n’est pas tout.  » L’euro est encore sous-évalué de 8  % face au dollar, mais il est aujourd’hui surévalué de 15  % face aux autres devises « , prétendent Bruno Cavalier et Fabien Bossy, économistes chez Oddo BHF, dans une note sur le sujet. Selon eux, cela signifie que la hausse de la monnaie unique tient également à la spéculation des marchés, convaincus que la Banque centrale européenne (BCE) va durcir sa politique monétaire plus vite que prévu.

Les doutes sur l’économie américaine contribuent-ils à la hausse ? A l’été 2016, les investisseurs étaient convaincus que le plan de relance et la réforme fiscale promis par Donald Trump allaient stimuler la croissance américaine, l’inflation et les taux d’intérêt – de quoi rendre les placements aux Etats-Unis plus attrayants. Ce pari a d’abord alimenté la hausse du billet vert.

Mais le président Trump s’est révélé plutôt imprévisible, et il est désormais clair que les investissements et baisses d’impôt seront moins ambitieux que prévu. En outre, la croissance du pays en  2017, déjà revue à la baisse par le Fonds monétaire international (FMI) en juillet (de 2,3  % à 2,1  %), pourrait décevoir. La Réserve fédérale (Fed) semble d’ailleurs moins pressée de relever ses taux.  » La défiance grandissante à l’égard du dollar alimente l’appréciation du cours de l’euro « , résume Véronique Riches-Flores, économiste indépendante.

Le coup de mou du dollar, dont se détournent les investisseurs, fait donc la force de l’euro. Et le même constat est valable pour la livre, plombée par les manoeuvres de déstabilisation et les doutes post-Brexit sur la solidité de l’économie britannique.

Le problème majeur de cette situation est évidemment qu’un euro fort est un boulet pour les exportateurs. Même si,  » Pour l’instant, la hausse de la demande internationale compense largement les effets négatifs de l’appréciation de l’euro sur les exports européens « , estime Jennifer McKeown, chez Capital Economics. En revanche, si la hausse de la monnaie se poursuit et s’accélère, certains industriels seront nécessairement affectés.  » Mais l’incidence serait très différente selon les secteurs et les pays « , rappelle Olivier Chemla, chef économiste de l’Association française des entreprises privées (AFEP). Ainsi, situés sur un créneau haut de gamme, peu sensible aux variations de prix, les exportateurs allemands n’ont pas grand-chose à craindre…Mais les exportateurs français ou italiens, sur le moyen de gamme, seraient en revanche beaucoup plus pénalisés. Surtout les PME qui, contrairement aux grands groupes, n’ont guère les moyens de se couvrir des variations de changes sur les marchés.

Quels effets peut-on imaginer pour les consommateurs ? Ils sont apparemment les grands gagnants de l’appréciation de l’euro, puisque les prix des produits importés (électronique, vêtements, essence…) hors de la zone euro, souvent libellés en dollars, sont mécaniquement moins chers. Résultat : l’inflation générale se tasse, ce qui profite au pouvoir d’achat. Et par ricochet, à tous les secteurs économiques qui ne sont pas exposés à la concurrence internationale, tels que les services à la personne ou la construction. Mais, en réalité, cette augmentation de la consommation axée sur les produits importés se révèlera très vite catastrophique pour la balance commerciale des pays les plus fragiles dans ce domaine. La France est ici particulièrement exposée (Lire « Pourquoi chez eux et pas chez nous ? » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/08/17/pourquoi-chez-eux-et-pas-chez-nous/).

Comment la BCE peut-elle réagir à cette situation ? Si elle se prolonge, l’appréciation de l’euro va contrarier les plans de l’institut de Francfort. Depuis la crise, la BCE multiplie les mesures (baisse de taux, rachats de dettes publiques, liquidités à gogo…) dans l’espoir de faire remonter l’inflation durablement autour de 2  % (ce niveau est estimé comme le signe d’une économie en bonne santé, où les salaires augmentent suffisamment vite pour alimenter la consommation, mais sans générer de surchauffe) tout en faisant baisser l’euro pour doper les exportations.

Et c’est là que le bât blesse : en tirant vers le bas le prix des produits importés, la hausse de l’euro pèse sur le dynamisme de l’inflation. Celle-ci mettra donc plus de temps à atteindre la cible 2  %. De quoi convaincre la BCE de redoubler de prudence. Et peut-être même de reporter la prochaine baisse de ses rachats de dettes publiques, prévue courant 2018, afin de maintenir un peu plus longtemps encore ses perfusions de soutien à l’économie européenne…En d’autres termes, le malade est déjà obèse mais la BCE lui impose une suralimentation !

Il mourra d’apoplexie.

Le 2 septembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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