Face-à-face télévisé entre Angela Merkel et Martin Schulz : l’automne arrive…

5 Sep

A trois semaines des élections législatives allemandes, le face-à-face télévisé qui a opposé Angela Merkel à Martin Schulz, dimanche 3  septembre, n’a fait apparaître aucun désaccord majeur entre les deux principaux prétendants au poste de chancelier. Pendant une heure et demie, les candidats de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et du Parti social-démocrate (SPD) ont discuté, comme on prend le thé entre amis, dialogué sans batailler, l’un opinant souvent de la tête quand l’autre avait la parole, et leur confrontation…n’en a jamais été une (Lire « En Allemagne surtout, plus ça change et plus c’est la même chose » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/08/31/en-allemagne-surtout-plus-ca-change-et-plus-cest-la-meme-chose/).

Un exemple marquant : les relations avec la Turquie. Depuis des semaines, M.  Schulz reproche à Mme  Merkel d’être trop complaisante à l’égard d’Ankara, alors que douze citoyens allemands ont été récemment arrêtés en Turquie pour des raisons politiques et que le président Erdogan a appelé les Turcs vivant en Allemagne à ne voter ni pour le SPD, ni pour la CDU, ni pour les Verts, le 24  septembre. Sur ce terrain, M.  Schulz sait qu’il a l’opinion derrière lui.  » Chancelier, je mettrai fin aux négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne « , a-t-il promis face à Mme  Merkel, pensant sans doute la mettre en difficulté.

 » Je ne vois pas l’adhésion arriver et je n’ai jamais cru que cela puisse survenir. (…) Il est clair que la Turquie ne doit pas devenir un membre de l’UE « , lui a répondu la chancelière, ajoutant vouloir  » discuter avec – ses – homologues « européens  » pour voir s’ – ils peuvent – parvenir à une position commune sur ce point et s’ – ils peuvent –  mettre fin aux négociations d’adhésion « . Sur la forme, M.  Schulz a été plus direct ; Mme  Merkel, plus diplomatique. Sur le fond, ils étaient d’accord.

Il en aura été ainsi pendant toute la soirée. Sur la plupart des thèmes abordés, qu’il s’agisse de la place de l’islam dans la société, des conséquences du scandale du diesel sur l’industrie automobile allemande ou de la lutte contre le terrorisme, les deux candidats ont tenu des propos très semblables. Revenant sur la gestion de la crise des réfugiés en  2015, M.  Schulz a certes accusé Mme  Merkel de s’être trop peu concertée avec ses partenaires européens à l’époque, mais sans se démarquer en aucune façon des décisions inconsidérées de son adversaire. Et d’ailleurs, sur le fond, il a reconnu qu’il avait été  » juste «  d’accueillir des migrants fuyant la guerre civile en Syrie. Cachant au passage sous le tapis les terroristes ayant profité de l’accueil de ces hordes barbares pour s’introduire sur le sol européen et y perpétrer les attentats que l’on sait.

Même sur les questions sociales, terrain sur lequel le programme de M. Schulz est plus précis et plus ambitieux, ils n’ont pas réussi à se différencier. Interrogée sur le passage de l’âge de la retraite à 70 ans, une idée défendue par une partie de la CDU, Mme  Merkel a ainsi assuré qu’elle était  » clairement contre « . A l’évidence, le président du SPD ne s’attendait pas à cela.  » Merci d’avoir adopté la position des sociaux-démocrates « , lui a-t-il répondu comme s’il ne connaissait pas les méthodes éprouvées d’Angela Merkel pour botter en touche et saisir à la volée les arguments utiles portés par ses adversaires en en faisant…les siens.

Pourtant, sur les réseaux sociaux, cette absence de véritable confrontation a suscité de nombreuses critiques. Notamment de la part des autres candidats à la chancellerie, qui y ont vu la preuve de ce qu’ils répètent depuis des mois, à savoir que la  » grande coalition  » CDU-SPD qui gouverne le pays depuis 2013 est arrivée à épuisement, et que la singularité de chacun des deux partis s’est tellement émoussée au contact de l’autre que l’alternative ne peut venir que d’ailleurs.  » Les Tweet des téléspectateurs sont plus intéressants que la bouillie uniforme que nous servent les coalisés « , a ainsi commenté Katrin Göring-Eckardt, la candidate des Verts.  » Après quatre-vingt-quinze minutes de grande coalition harmonieuse, encore heureux qu’ils ne se soient pas pris dans les bras l’un de l’autre « , a ironisé Sahra Wagenknecht, la chef de file de Die Linke (gauche radicale) aux législatives.

Jugé frustrant par beaucoup de téléspectateurs – en témoigne le très grand nombre de Tweet déplorant l’impasse totale sur certains thèmes pourtant jugés prioritaires par les électeurs, comme l’éducation, l’environnement, le logement, le numérique et l’avenir de l’Europe –, le débat a aussi déçu les éditorialistes.  » Un duel pour dormir « , a regretté Jasper von Altenbockum, de la Frankfurter Allgemeine Zeitung.  » Un duel gâché « , selon Heribert Prantl, de la Süddeutsche Zeitung.

Mais les plus déçus, dans l’affaire, resteront sans doute les partisans de M. Schulz. Selon deux sondages réalisés à chaud pour les chaînes ARD et ZDF, les téléspectateurs ont en majorité jugé Mme  Merkel meilleure que lui, la trouvant à la fois plus crédible, plus sympathique et plus compétente…tout en ne disant rien d’important ni d’utile. Mais « Mutti » est tellement rassurante auprès d’un électorat qui n’aspire qu’à ce que rien ne bouge !

Dans ce contexte, on voit mal comment Martin Schulz pourrait rattraper, en seulement trois semaines, les quelque 15 points de retard du SPD sur la CDU dans les sondages.

Trop forte, Angela…

Le 5 septembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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