Les Canadiens face aux réalités de l’immigration.

6 Sep

En adepte des lubies d’Angela Merkel face au déferlement des hordes migrantes venues du Proche-Orient, le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, avait déclaré à qui voulait l’entendre que les frontières de son pays étaient largement ouvertes à tous ceux qui voudraient s’y rendre. C’était en 2015 et 2016…

Un an plus tard, ce bel enthousiasme s’émousse face aux dures réalités d’une invasion grandissante.

Le  » Bienvenue au Canada  » de l’hiver 2016, adressé autant aux prétendus  » réfugiés  » Syriens (mais en réalité souvent la lie du Proche-Orient) qu’aux milliers d’Haïtiens vivant aux Etats-Unis et craignant d’être expulsés en janvier  2018, a été suivi cette année de plusieurs déclarations confortant l’image d’ouverture du Canada voulue par son Premier ministre. Mais celui-ci a néanmoins dû rectifier le tir ces dernières semaines devant l’ampleur des entrées irrégulières aux frontières et, surtout, des réactions qu’elles ont suscitées.

Le message a radicalement changé pour un avertissement clair aux demandeurs d’asile : si vous venez, ce sera à vos risques et périls, sans passe-droit. On croyait entendre Angela Merkel, pendant l’actuelle campagne électorale en Allemagne, qui n’avait plus qu’un objectif : expulser les immigrés illégaux qu’elle avait pourtant accueillis par centaines de milliers !

Et il porte : au poste-frontière de Saint-Bernard-de-Lacolle (Québec), où la police emmène ces migrants irréguliers,  » on observe aujourd’hui une forte baisse de leur nombre. Ils sont 50 à 100 par jour « , soit cinq fois moins que début août, note Jacqueline Roby, porte-parole au Québec de l’Agence des services frontaliers du Canada.

Depuis juin, quelque 8 000 Haïtiens, venus surtout des régions de Miami et New York, mais aussi du Brésil et directement d’Haïti, ont ainsi franchi la frontière canado-américaine et réclamé l’asile (l’asile ? An nom de quelle persécution ?). Le chemin Roxham, au sud-est du Québec, est la voie royale de ces migrants qualifiés d’irréguliers. A un poste-frontière, ils seraient refoulés, en vertu d’une entente sur les  » tiers pays sûrs « , qui exige le dépôt d’une demande d’asile dans le premier pays d’accueil, soit les Etats-Unis.

L’administration Trump menace de retirer, le 22  janvier prochain, à 58 000 Haïtiens le statut de protection temporaire qu’ils ont depuis le tremblement de terre de 2010 et accordé inconsidérément par Barack Obama. Sous la houlette de John Kelly, actuel chef de cabinet de Donald Trump, le Département de la sécurité intérieure les avait invités en mai à  » se préparer pour leur départ «  en cas de non-renouvellement du programme. L’avertissement a été réitéré fin juillet, entraînant un nouvel afflux vers le Canada.

Le 17  août, la police canadienne calculait avoir intercepté, en deux semaines, 3 800 personnes entrées  » irrégulièrement «  par voie terrestre, dont 85  % d’Haïtiens. La situation devenait intenable. Policiers et douaniers débordés, centres d’hébergement temporaires pleins à Montréal : l’armée canadienne était appelée en renfort pour monter des campements provisoires à Saint-Bernard-de-Lacolle, et l’Ontario voisin était sollicité pour ouvrir des centres d’hébergement.

La grogne était montée d’un cran dans l’opinion, à Ottawa comme à Québec, tandis que les sondages révélaient qu’après une vague de sympathie, la population s’inquiétait que cette arrivée massive coûte cher et rende le pays  » moins sûr « . Ottawa a pris le taureau par les cornes, annonçant des mesures pour mieux gérer une situation que le ministre canadien des transports, Marc Garneau, qualifiait de  » hors de l’ordinaire mais sous contrôle « 

Il venait de prendre la tête, à la demande de M. Trudeau, d’un groupe de travail intergouvernemental, avec les trois ministres de l’immigration canadien, québécois et ontarien, pour superviser l’accueil des migrants, l’organisation de leur séjour et la distribution d’aides d’urgence. Va pour  » la société ouverte et accueillante  » qu’est le Canada aux yeux de M. Trudeau, mais  » notre tâche première est de protéger nos citoyens « , ajoutait-il, le 23  août, sur son compte Twitter. Le Canada est  » un pays de lois, avec un système d’immigration dont les règles sont claires et qui seront appliquées. Vous ne serez pas avantagé si vous choisissez d’entrer au Canada de façon irrégulière « , a-t-il prévenu. Et, faute de pouvoir prouver qu’on risque pour sa sécurité en Haïti, l’asile sera refusé, ce qui fut le cas pour la moitié des demandes d’Haïtiens en  2016.

Pour enfoncer le clou auprès des Haïtiens encore aux Etats-Unis, mais aussi de ceux qui seraient tentés de leur emboîter le pas, originaires surtout du Salvador, du Nicaragua et du Honduras, aussi sous statut américain de protection temporaire, les treize consulats du Canada sont mis à contribution depuis quelques jours.

Emmanuel Dubourg, député libéral d’origine haïtienne, a également été envoyé en mission, fin août, à Miami. A son retour, le 1er  septembre, l’élu résumait ainsi sa visite :  » La mission a été fructueuse ; j’ai rencontré de nombreux responsables d’organismes haïtiens, donné des entrevues en créole, y compris à des radios émettant en Haïti. Je leur ai dit : Ne prenez pas de décision à la légère, en vendant tout, en quittant un emploi, en laissant une incertitude pour une autre.Parce qu’ils n’auront pas de passe-droit au Canada en franchissant illégalement la frontière. «  Le risque est grand en effet d’un refus aux demandes d’asile, avec obligation de quitter le Canada dans les trente jours, faute de quoi, l’expulsion vers Haïti sera la règle.

Une décision dont sont encore bien loin les autorités politiques françaises…

Le 6 septembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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