Tant d’aveuglement nous étonnera toujours…

9 Sep

Les Balkans sont sortis des écrans radars depuis l’implosion de l’ex-Yougoslavie et la fin de la guerre de Bosnie mais y sont néanmoins revenus pendant les quelques mois où l’on vit déferler des hordes sauvages venues du Proche-Orient, à l’appel d’Angela Merkel. Et pourtant, l’Union européenne prêche désormais les bienfaits du développement économique et social de la région, reléguant au second plan la préservation de l’Etat de droit et de la démocratie. Comprenne qui pourra alors que la recrudescence du radicalisme islamique observée depuis quelques années dans les Balkans recèle pourtant son lot de menaces potentielles et réelles.

Entre 1992 et 1995, la guerre de Bosnie a provoqué l’arrivée de contingents de combattants islamistes étrangers venus à la fois d’Europe occidentale et du Moyen-Orient. Répartis en divers groupuscules, ils ont depuis contribué à la diffusion d’un islam violent, parfois associé au salafisme, tranchant avec l’islam tolérant propre aux Balkans (Lire « Vingt ans après » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/08/22/bulletin-climatique-quotidien-22-aout-2016-de-la-republique-francaise/).

En Albanie et au Kosovo à majorité musulmane, ainsi qu’en Bosnie et dans le Sandjak au sud de la Serbie, l’extrémisme germe dans des mosquées dont le contrôle échappe aux autorités religieuses locales, notamment dans les zones rurales où elles ne disposent que d’un contrôle de façade des candidats au djihad.

Inévitablement, la torpeur économique des Balkans alimente le phénomène : paralysée par un système institutionnel byzantin et sclérosé, la Bosnie demeure réticente aux réformes. Sous perfusion de l’UE et du FMI, le Kosovo n’a pas encore trouvé de gouvernement capable de faire reculer un chômage de 28,7  % et de faire sortir un quasi-tiers de la population du seuil de pauvreté. Les voisins progressent sans décoller.

On estime à plus de 800 le nombre de combattants partis des Balkans pour rejoindre l’organisation Etat islamique (EI) depuis le début de la guerre civile syrienne. Dont beaucoup, hélas, reviendront dans leurs pays. Les combattants balkaniques de l’Etat islamique font d’ailleurs régulièrement parler d’eux, à l’image de Lavdrim Muhaxheri, icône kosovare de la propagande de l’Etat islamique.

Le retour de centaines de ces djihadistes, transcendant désormais les clivages ethniques par leur expérience commune des champs de bataille syriens, effraie et embarrasse. l’EI a d’ores et déjà désigné l’Albanie comme une cible potentielle, tout en appelant tout simplement à décapiter les  » infidèles  » de Serbie et de Croatie. En novembre  2016, la police albanaise a déjoué de justesse un attentat majeur à la veille d’un match Albanie-Israël à Shkodra.

Et, pendant ce temps-là, l’Union européenne continue à minimiser les dangers de la recrudescence de ces velléités extrémistes particulièrement violentes. Comme elle ne voulut pas admettre pendant longtemps l’introduction de terroristes de l’EI par le canal des migrants de la route dite  » des Balkans « . Il en résulte que des pans entiers de la région demeurent marqués par l’insécurité, la corruption larvée, une gouvernance déficiente et la fragilité des institutions démocratiques. La route des Balkans permet non seulement les déplacements illégaux de personnes mais constitue également un hub apprécié des trafiquants de drogue produite en Afghanistan, d’êtres humains, d’armes héritées des conflits passés. La criminalité organisée profite ainsi de la porosité des frontières, aux portes mêmes de l’espace Schengen. Sauf, grâce au Ciel et à leurs dirigeants… en Hongrie et en Pologne.

Un récent rapport d’Europol s’est alarmé du potentiel de la région pour enrôler, entraîner et faire voyager des extrémistes. Les soupçons sur l’existence de camps d’entraînement djihadistes ont porté jusqu’en Slovénie, paisible membre de l’UE où le conflit ethnique est une donnée négligeable.

Or, les Balkans ont toujours été en marge des crises que l’Europe a subies depuis cinq ans, de la dette grecque à l’annexion de la Crimée en passant par la crise des migrants. Variable d’ajustement des grandes puissances au siècle dernier, la région demeure ignorée du grand public, sauf de ceux qui lisent le blogue du CER !

L’Union européenne tente certes de rapprocher les Balkans de son giron, mais, comme toujours, dans la seule perspective d’accroître le grand marché économique du continent. En revanche, elle persiste à ne pas en percevoir les enjeux sécuritaires. Le mot  » conditionnalité  » (sic) est devenu un leitmotiv incitant les pays de l’ex-Yougoslavie à se rapprocher des standards européens par un jeu de promesses et de récompenses : un soft power à l’européenne qui marginalise les questions de sécurité, indifférent aux situations locales et manquant de crédibilité à long terme.

Quelques tentatives internationales de coller à la réalité du terrain se poursuivent pourtant. Le 8  septembre se réuniront les ministres de l’intérieur des pays engagés dans le processus de Brdo – qui vise à encourager le rapprochement des pays des Balkans et de l’Union européenne – soutenus par le Centre pour le contrôle démocratique des forces armées – une fondation internationale – , deux initiatives consacrées à la sécurité dans les Balkans. Ils y lanceront la  » Gouvernance intégrative de la sécurité intérieure (GISI)  » : pour la première fois, une méthodologie nouvelle unifiera acteurs locaux, donateurs et communauté internationale autour de trois piliers : la lutte antiterroriste, la répression du crime organisé et le renforcement de la sécurité aux frontières. Doux rêveurs que ces responsables politiques qui n’ont encore rien compris à l’islamisme.

Si une nouvelle déflagration balkanique ne semble pas encore à l’ordre du jour,la région n’en demeure pas moins un point névralgique aux bases fragiles. Les gouvernements locaux ont déjà largement pris la mesure des risques d’un relâchement sécuritaire : plusieurs semblent prêts à prendre de la hauteur pour contrer extrémisme violent et éléments radicaux.

Reste à l’UE et notamment à la France à enfin ouvrir les yeux et prendre les mesures de protection qui s’imposent.

Le 9 septembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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