Chronique d’une imposture annoncée : attendez-vous à souffrir.

11 Sep

Nous approchons de l’heure de vérité : la discussion du projet de loi de finance pour 2018. Et, comme prévu, le numéro d’équilibriste auquel se livre depuis des semaines le gouvernement devient pathétique. Comment, en effet, tenir à la fois les promesses fiscales du candidat Macron en matière de baisse de prélèvements et d’augmentation du pouvoir d’achat tout en atteignant son objectif de déficit de 2,7  % du PIB ?

En juillet, ce fut déjà l’étalement sur trois années de l’exonération de taxe d’habitation pour 80  % des ménages, puis la baisse de 5 euros de l’aide personnalisée au logement (APL). En août, l’annonce d’une diminution en deux temps des cotisations salariales chômage et maladie (–  2,2 points en janvier  2018, puis – 0,95 point en octobre), alors que la hausse de 1,7 point de la contribution sociale généralisée (CSG) aura lieu d’un bloc, début 2018 ! L’exonération de cotisations sociales pour les heures supplémentaires est quant à elle reportée au-delà de 2018 ; au contraire de la transformation de l’impôt sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI) et du prélèvement forfaitaire unique ( » flat tax « ) sur les revenus du capital(intérêts, dividendes…) prévus pour le 1er  janvier 2018. Bref, que du bonheur…pour les nantis. Les vrais et non pas les retraités qui touchent une pension supérieure à 1200 euros par mois?…

 » Jupiter est en train de se transformer en Icare et son aile gauche est d’ores et déjà brûlée « , déclarait le 31  août Matthias Fekl, ancien ministre de François Hollande, dénonçant  » les cadeaux fiscaux à nos compatriotes les plus aisés «  face au report des  » réformes fiscales favorables aux classes moyennes et populaires « . Nous ne sommes pas des adorateurs de Matthias Fekl mais, là, on ne peut pas dire qu’il ait tort.

L’exécutif l’a dit et redit depuis juillet : non seulement il n’y aura pas de hausse d’impôts globale en  2018, mais les prélèvements baisseront de 11  milliards d’euros. Il a tout de même jugé utile de se lancer ces derniers jours dans une opération de déminage. Il réfléchit à un geste pour les retraités, grands perdants des réformes, en tout cas pour les retraités modestes, touchés par la hausse de CSG mais pas par les baisses de cotisations ni l’exonération de la taxe d’habitation, puisqu’ils ne les paient pas. Et pourtant, ils paieront.

De son côté, Bercy se veut ferme sur l’alourdissement de la taxation pour les détenteurs de plus de 150 000  euros d’assurance-vie. Pas de quoi rassurer totalement des Français éprouvés par des années de chômage de masse. Mais, là, nous vous avions prévenus à propos des spoliations qui ne manqueraient pas de toucher vos économies.

A trois semaines de la présentation du budget 2018, le 27  septembre, l’extrême sensibilité de l’opinion sur les questions fiscales depuis le choc fiscal de 2012 inquiète la majorité.  » Le quinquennat Hollande a été plombé dès le départ par le choc fiscal, attention à ne pas reproduire la même erreur « , met en garde un parlementaire ex-PS rallié à Emmanuel Macron. Nous verrons bien si Jupiter entend cette petite voix.

Certains soulignent l’effort demandé aux 60  % des retraités qui subiront l’augmentation de CSG au 1er  janvier 2018.  » Le seuil de 1 200  euros – de revenus mensuels – pour les petits retraités, qui est objectivement bas, peut être difficile à accepter pour eux « , concède un député Les Constructifs (anciens des Républicains autoproclamé « Macron-compatibles« ). Qu’il se rassure, ce ne sera pas « difficile à accepter« . Ce sera intolérable !

Par ailleurs, la diminution d’un tiers de la taxe d’habitation ne se fera, elle, sentir qu’en fin d’année – puisqu’elle est payée en novembre. Lors d’une réunion de La République en marche (LRM) à Montrouge, le 30  août, le secrétaire d’Etat Julien Denormandie avait été pris à partie par des adhérents du mouvement, inquiets de ce décalage.  » C’est une grosse erreur tactique, a pointé l’un d’eux. Pendant onze mois, on va avoir la moitié de la population des retraités qui va nous faire la gueule !  » ET C’EST TANT PIS POUR EUX CAR ILS AURAIENT DÛ NOUS ÉCOUTER AVANT DE VOTER POUR L’IMPOSTEUR.

 » Il y a des préoccupations et c’est normal, reconnaît Matthieu Orphelin, député LRM de Maine-et-Loire. Il faut partager au maximum ce qu’on veut faire, donner de la visibilité. Quand on explique la globalité des réformes, cela apaise. Par exemple, beaucoup de gens ne savent pas encore que leur taxe d’habitation va baisser l’an prochain.  » Mais, aux dépens des collectivités territoriales qui ne pourront pas faire autrement que d’augmenter d’autres charges fiscales.

Au sein de l’exécutif aussi, le sujet a été clairement identifié.  » On a conscience de l’inquiétude de certains Français, on a beaucoup de remontées de gens qui nous font passer des messages « , reconnaît-on à Bercy. Dans la perspective de la présentation du budget, l’exécutif planche sur des  » cas types  » mettant en scène le gain financier pour un smicard ou un retraité.

Ce qui n’empêche pas le gouvernement de naviguer à vue.  » Il faut assumer, assumer, assumer, explique un proche du premier ministre, Edouard Philippe. La fiscalité n’est pas honteuse, c’est un outil de politique économique. On veut que le travail paie davantage pour que davantage de Français travaillent. Remplacer les cotisations salariales par une CSG qui taxe aussi le capital est un bon moyen d’y parvenir.  » Et tant pis si cela doit passer par de mauvais sondages.  » On sait qu’on prend des mesures impopulaires à court terme, mais c’est pour avoir des résultats à moyen terme « , pointe un conseiller à Matignon qui oublie qu’ils nous ont tous déjà fait ce coup-là…sans aucun résultat positif.

Pour le président d’aujourd’hui comme pour le candidat Macron d’hier, deux objectifs justifient cette méthode. Premier objectif : surfer sur la reprise économique en mettant en place rapidement les mesures destinées à inciter les entreprises à investir et à embaucher davantage. C’est le sens de la réforme de l’ISF, qui doit (THÉORIQUEMENT) favoriser l’investissement  » productif « , mais aussi de la baisse de l’impôt sur les sociétés (jusqu’à 25  % en  2022) et du basculement du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en baisse de charge pérenne, en  2019. Souvenez-vous cependant du million de créations d’emploi promises par Pierre Gattaz et le Médef, en 2013 (après l’instauration du Pacte de stabilité de François Hollande) et JAMAIS RÉALISÉE :

Second objectif : afficher la détermination française en matière de réduction du déficit public (2,7  % du PIB prévus en  2018), seul moyen, selon M.  Macron, d’ouvrir la voie à une plus grande intégration de la zone euro.  » On doit conjuguer baisses d’impôts et sérieux budgétaire « , martèle-t-on à Matignon.

Et pourtant. Les chiffres ne plaident guère en faveur de l’équité chère au président.  » Le dernier décile des Français – les 10  % qui gagnent plus de 3 600  euros net par mois – concentre 46  % des gains des mesures fiscales du quinquennat à destination des ménages. (…) C’est le dernier centile de la distribution des niveaux de vie (les 280 000 ménages les plus riches) qui en bénéficie plus particulièrement « , souligne l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), un think tank classé à gauche, dans une étude parue en juillet (Lire « Emmanuel Macron, le président du dernier décile » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/07/14/chronique-dune-imposture-annoncee-emmanuel-macron-le-president-du-dixieme-decile/).

Autrement dit, sur les quelque 9  milliards de baisses de prélèvements prévus pour les ménages jusqu’en  2022, plus de 4  milliards profiteraient aux 10  % les plus aisés.

Les perdants ?  » Le retraité qui perçoit plus de 2 000  euros de pension par mois subira la hausse de CSG sans compensation, et ne sera pas éligible à la suppression de la taxe d’habitation « , indique Mathieu Plane, économiste à l’OFCE. Un quart des ménages constitués d’au moins un retraité (soit 2,9  millions de ménages) devront continuer à acquitter ce prélèvement, selon l’OFCE. L’alourdissement, au-delà de 150 000  euros, de la fiscalité de l’assurance-vie, alors que ce placement est plébiscité pour préparer sa retraite, n’arrange pas les choses.

Les fonctionnaires, eux, auront droit à une simple compensation de la hausse de la CSG, sans geste supplémentaire, comme pour les salariés ou les indépendants gagnant moins de 4 000  euros mensuels. De même que, dans une moindre proportion, les cadres dont le revenu est trop élevé pour bénéficier de l’exonération de taxe d’habitation, mais qui n’ont pas ou peu de revenus du capital et ne verront pas, l’an prochain, de suppression des charges sociales sur les heures supplémentaires. Comme à l’habitude, les classes moyennes seront donc les victimes de la politique fiscale du gouvernement. COMBIEN DE TEMPS SUPPORTERONT-ILS CES INJUSTICES ?

Quant aux plus modestes, au-delà de la hausse de la fiscalité écologique (diesel) ou de celle du tabac dont ils sont traditionnellement les premières victimes, le risque est qu’ils paient un lourd tribut aux mesures d’économies (20  milliards d’euros en  2018). Leur détail n’est pas encore connu, mais le gouvernement a déjà insisté sur la nécessité de cibler la politique du logement, la santé, les transports et les emplois aidés.

 » Le programme du gouvernement vise à baisser les prélèvements sur les ménages et les entreprises, mais la répartition du gâteau est clairement inégalitaire. L’image ni de droite ni de gauche du gouvernement perd économiquement du poids « , conclut M. Plane.

Vous l’avez voulu, vous l’avez eu.*

 

Le 11 septembre 2017.
Pour Le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Lire « Ceci est le dernier Bulletin climatique quotidien de la République française« : 

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/05/13/ceci-est-le-dernier-bulletin-climatique-quotidien-de-la-republique-francaise/

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