Après l’avoir été par Macron, ne vous laissez pas tromper par Pécresse.

12 Sep

Valérie Pécresse a l’intention de faire entendre sa voix. Dimanche 10  septembre, sur les hauteurs de la butte d’Orgemont à Argenteuil (Val-d’Oise), la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse (Prix 2008 de la Carpette anglaise pour son militantisme en faveur de l’anglo-américain à l’Université), a lancé son mouvement, Libres !.

C’est elle, haute en couleur et plus rouge que blanche

Devant quelques centaines de  personnes, l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy a exposé sa vision de la droite et insisté sur ses différences avec Laurent Wauquiez, candidat à la présidence du parti Les Républicains (LR).  » J’ai la conviction intime que rien ne serait pire que de repartir comme avant, a lancé Mme Pécresse lors d’un discours d’une quarantaine de minutes.  Rien ne serait pire que de servir aux Français la saison  3 de à droite toute !, une série dont ils connaissent déjà le scénario, dont ils anticiperont les péripéties, une série vue et revue, avec des mots entendus, des réflexes stéréotypés…  » Une question nous vient alors à l’esprit : une nouvelle saison intitulée  » À gauche toute !  » aurait-elle davantage d’avenir ?

Avec le lancement de ce mouvement, l’ancienne ministre du budget tente de débrousailler une troisième voie dans un espace politique étroit situé entre Emmanuel Macron et Laurent Wauquiez, dont les positions un peu plus droitières inquiètent l’aile « modérée * » de LR. Sans concession pour le président de la République, elle a pointé, dimanche,  » le manque d’audace réformatrice « , le  » manque de fermeté «  face au terrorisme islamiste et l’aveuglement de M. Macron au sujet des fractures territoriales.  » A ce stade, le bilan d’Emmanuel Macron est bien maigre « , a-t-elle déclaré, estimant que la loi travail  » va dans la bonne direction mais ne suffira pas, à elle seule, à vaincre le fléau du chômage « . Valérie Pécresse, elle, SAIT.

Elle veut en tout cas peser sur la refondation de son parti. Et, comme à chacune de ses prises de parole depuis le mois de juin, ses critiques implicites de la  » dérive  » droitière de M. Wauquiez ont été transparentes.  » Ni Macron ni Buisson, une troisième voie est à inventer. (…) Rassembler toutes les sensibilités de la droite et du centre. Refuser toute porosité avec le Front national. Ce qui fait la force d’âme de la droite, c’est d’avoir toujours préféré Charles de Gaulle à Charles Maurras, a estimé sans rire la présidente de la région Ile-de-France qui oubliait que Charles de Gaulle fut bien longtemps maurrassien ! 

Dimanche, l’ancienne ministre s’est voulue ferme sur les questions sécuritaires et migratoires en proposant l’installation de  » centres de contrôle aux portes de l’Europe « . Mais, au fait, elles sont où les « portes de l’Europe » ? Car, si on veut réussir dans ce domaine, encore faut-il identifier les cibles. Bref, encore du vent.

Et comme il en fallait pour tout le monde, elle a saisi la balle au bond ( la récente disparition de Simone Veil) en promettant de faire de l’égalité entre les hommes et les femmes la priorité de son engagement mais aussi en se prononçant contre l’abrogation du mariage homosexuel, un sujet toujours clivant à droite.  » Arrêtons ainsi de promettre l’abrogation de la loi Taubira sur le mariage pour tous. Nous savons bien qu’il est impossible d’y revenir car, derrière cette loi, il y a des couples qui s’aiment « , a-t-elle lancé avec des accents de pasionaria. Là, au moins, nous sommes fixés.

Avec ce discours et le lancement de Libres !, Mme Pécresse prend date dans la bataille pour le leadership à droite. Contrairement aux Constructifs qui ont fondé un groupe dissident à l’Assemblée et ont fait le deuil d’un parti potentiellement dirigé par Laurent Wauquiez, la présidente de la région Ile-de-France a répété plusieurs fois que son mouvement s’inscrivait au sein de LR.  » Elle a choisi la refondation de l’intérieur, explique un de ses proches. L’idée, c’est aussi de retenir des gens qui seraient tentés d’aller voir ailleurs, d’éviter une hémorragie. Le rêve de Macron, c’est d’avoir seulement Mélenchon et Wauquiez face à lui. Nous représentons une alternative. « 

Ses proches la décrivent du reste  » à l’intersection «  des différentes droites molles et parient qu’elle peut peser face à Laurent Wauquiez dans les années à venir. La présidente de la région Ile-de-France a, elle, été longtemps proche de François Fillon avant de rejoindre Alain Juppé lors de la campagne de la primaire. Europhile et libérale, elle s’adresse à un électorat qui avait été séduit par les mirages du maire de Bordeaux et qui l’est aujourd’hui par ceux d’Emmanuel Macron. La gauche de la droite.

Pour incarner une alternative, Mme Pécresse est donc condamnée à parier sur la déception de l’électorat de droite Macron-compatible à l’égard du président de la République, notamment les milieux ruraux et périurbains. Dimanche, elle a d’ailleurs pris soin de s’afficher aux côtés de plusieurs maires, notamment l’inénarrable Natacha Bouchart, maire de Calais (Pas-de-Calais), Robin Reda, maire de Savigny-sur-Orge (Essonne), ou Frédéric Soulier, maire de Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Lire à ce propos notre article d’il y a un an, intitulé « Natacha Bouchart, la fausse ingénue » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/09/27/bulletin-climatique-quotidien-27-septembre-2016-de-la-republique-francaise/).

A court terme, en tout cas, le principal problème de Mme Pécresse est la division des opposants à M. Wauquiez. Impossible pour l’instant de réunir ces « modérés » sous la même bannière. Tout un pan du juppéisme et de la droite molle a décidé de participer à la majorité de M. Macron au sein des Constructifs tandis que Xavier Bertrand et Christian Estrosi ont leur propre agenda (pour employer la langue de bois politique). Le premier dit ne plus croire dans les partis politiques et patiente en attendant son heure tandis que le second veut lui aussi structurer un réseau de maires à sa main ! Le moteur de recherche de notre blogue vous permettra d’accéder facilement  aux articles que nous avons consacrés à ces deux pitres.

À propos, Valérie Pécresse, combien de divisions ?

Le 12 septembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Modéré : verbe passif. Ce qui en dit long sur ce que l’on peut en attendre… Synonyme : mou. Et pourtant, l’un des poncifs politiques les plus en vogues en ce siècle où tout est à reconstruire. Ce qui en dit long aussi sur la volonté de réussir!

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