Saint-Martin : il paraît que « l’Etat a été à la hauteur du défi » !

12 Sep

C’est en tout cas ce que répètent en boucle le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, la ministre des Outremers, Annick Girardin, et bien sûr l’inénarrable porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner. Mais, curieusement, ce n’est pas l’avis de ceux qui ont vécu d’abord la violence de la catastrophe météorologique qui s’est abattue sur les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélémy puis les difficultés de la vie sans eau, sans nourriture, sans électricité, sans téléphone, et…sans information, le honteux scandale des pillages qui ont suivi et, enfin, les obstacles innombrables à l’évacuation vers des lieux plus accueillants.

Image de l’ouragan Irma le 4 septembre. La partie nord-ouest de l’arc antillais est bien visible au milieu de la photo (cliché NASA)

Alors, écoutons les explications rassurantes de madame Girardin : « Oui, ce qui est arrivé à Saint-Martin n’est jamais arrivé ailleurs. Et oui, on est ici sur une île au bout du monde. Ce n’est pas la métropole, où on prend des voitures et on trouve des solutions. » Et d’ajouter : « Quand on arrive sur un territoire sinistré, qu’est-ce qu’on fait d’abord ? On apporte de l’aide à celui qui est en train de mourir, à celui qui a besoin d’assistance ? Ou tout de suite, on bloque tout le territoire ? » Avant de se défendre : « Jamais je ne laisserai dire que les services de l’Etat, que les services de la collectivité territoriale n’auraient pas été à la hauteur. (…) Chacun ici a fait tout ce qu’il avait à faire (…) C’est la première fois qu’un cyclone est aussi important et frappe un de nos territoires français. »

Hélas pour madame Girardin, l’île de Saint-Martin est divisée en deux entités territoriales : le nord relève d’une administration française et le sud d’une administration néerlandaise (Pays-Bas).

 

Or les deux parties de l’île ont été touchées simultanément par l’ouragan Irma et ont subi les mêmes violences météorologiques (rafales de vent et assauts des vagues). Les deux gouvernements responsables savaient ensemble et plusieurs jours à l’avance que cet ouragan approchait de leur territoire. La trajectoire du phénomène était parfaitement connue dès dimanche 3 septembre et suivie d’heure en heure, permettant d’anticiper les conséquences que chacun connaît et qui se sont produites sur ces îles mercredi 6 au matin.

 

Pourtant, aujourd’hui, il  n’y a pas de débat aux Pays-Bas sur l’intervention des autorités à Sint Maarten – la partie néerlandaise de l’île qui a acquis, en octobre 2010, le statut d’Etat autonome au sein du royaume, comme les îles Curaçao et Aruba – après le passage de l’ouragan Irma.

L’attitude du premier ministre, Mark Rutte, est jugée très positivement. Il s’est rapidement préoccupé de la situation sécuritaire sur place et a décidé sans tarder de pré-positionner un contingent de marines de la force navale, de gendarmes et de policiers basés à Curaçao et Aruba (deux autres territoires néerlandais). Puis, dimanche 10 septembre, il a annoncé l’envoi de 120 soldats supplémentaires, ce qui devait porter, dès lundi, leur nombre total à 550.

Pour affronter une situation décrite par le responsable de la force navale comme « un chaos total », deux avions C-130 Hercules ont acheminé, dimanche, 15 tonnes de vivres et d’eau. Les autorités de La Haye ont loué d’autres gros-porteurs pour organiser un début de pont aérien pendant que les habitants de la partie française devaient patienter de longues heures avant de pouvoir embarquer sur quelques coucous à la capacité ridicule pour fuir vers la Guadeloupe ! Repartant vers Curaçao, les avions militaires ont transporté quelque 280 touristes, ce qui a ajouté à la colère d’habitants de la partie française, estimant que les Pays-Bas se montraient plus efficaces que la France.

Evacuation de sinistrés par Air Antilles

Quant au roi des Pays-Bas, Willem-Alexander, il arrivait dès dimanche à Curaçao, promettant de se rendre au plus vite à Saint-Martin, devançant largement Emmanuel Macron qui, il est vrai, avait été accaparé par son discours devenu célèbre au Parthénon d’Athènes pendant que ses compatriotes des îles sinistrées devaient se défendre seuls contre les pillards…

Arrivée du roi Willem-Alexander à Curaçao

Hans Leijtens, ancien lieutenant général de la gendarmerie royale, a été nommé responsable du projet de reconstruction de la partie néerlandaise de Saint-Martin. Très vite se posera toutefois la question des moyens à allouer à cette reconstruction. Les autorités autonomes de la partie néerlandaise de l’île – 40 000 habitants environ – disposent d’un budget annuel de 200 millions d’euros mais ne sont pas réputées pour la qualité de leur gestion. Le gouvernement de La Haye devra donc prendre les choses en main.

« En contact permanent avec Paris », le gouvernement de M. Rutte se refuse à faire tout commentaire sur les critiques à l’encontre du gouvernement français. Un porte-parole s’interroge toutefois, avec une pointe d’ironie : « Les divers services de la République ne sont-ils pas, eux, présents en permanence sur l’île… ? »

C’est vrai mais on les avait perdus de vue !

 Le 12 septembre 2017.
Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

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