Ouragan Irma : après la tragédie humaine voici venir la catastrophe économique.

13 Sep

L’ouragan Irma s’annonce d’ores et déjà comme l’une (sinon « la« ) des catastrophes naturelles les plus coûteuses survenues en France. Pour les assureurs, elle est un  » événement majeur « , selon les termes employés par Torsten Jeworrek, un dirigeant du réassureur allemand Munich Re, lors d’un séminaire annuel sur la réassurance qui se tient actuellement à Monaco. Selon Saretec, un cabinet en gestion et prévention des risques, 90  % du bâti à Saint-Martin et 70  % à Saint-Barthélemy auraient été dégradés par le passage de l’ouragan. L’arrêté de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle pour les deux îles a été publié, samedi 9  septembre, au Journal officiel.

Saint-Martin dévastée

Le coût des dommages assurés a été évalué à 1,2  milliard d’euros par la Caisse centrale de réassurance (CCR), détenue à 100  % par l’Etat et spécialisée dans les catastrophes naturelles. Selon Laurent Montador, le directeur général adjoint de l’institution, ces territoires des Antilles françaises n’avaient pas connu d’ouragan de l’envergure d’Irma depuis 1891. A titre de comparaison, le cyclone Dean, qui avait frappé la Guadeloupe en  2007, et s’était révélé l’un des plus dévastateurs pour un département et une région d’outre-mer, avait coûté 230  millions d’euros aux assureurs.

Pour Irma, la première évaluation de la CCR ne prend toutefois en compte que les dommages aux habitations, aux véhicules et aux entreprises qui sont couverts par le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles. Or, seuls 40  % à 50  % des biens sont couverts par une police d’assurance à Saint-Martin, et à peine plus de 60  % à Saint-Barthélemy, alors que le taux de pénétration de l’assurance dépasse 98  % en France métropolitaine.  » Peut-être que la culture de la solidarité familiale fait que la notion d’assurance n’est pas perçue de la même manière qu’en métropole « , analyse M. Montador. En outre, tous les biens ne bénéficient pas de la garantie  » catastrophes naturelles « , c’est le cas des véhicules assurés au tiers (c’est-à-dire uniquement en responsabilité civile), des bateaux ou encore des marchandises transportées.

Il n’empêche, la phase d’indemnisation pourrait mettre du sel sur les plaies ouvertes par le passage de l’ouragan. Sous le couvert de l’anonymat, des responsables font remarquer qu’une bonne part de l’activité de Saint-Martin notamment échapperait au fisc.  » Beaucoup ne déclarent pas tous leurs revenus « , admet l’un d’eux. Une économie souterraine, à l’arrêt elle aussi, mais qui ne devrait pas bénéficier, et pour cause, de la couverture des assurances.

La facture réelle sera donc bien supérieure pour ces deux collectivités d’outre-mer où le tourisme, l’unique industrie des deux îles, est durement ébranlé par le passage de l’ouragan.  » 90  % des établissements ont été touchés « , se désole René Bleger, vice-président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) pour les Caraïbes. Alors que les usines de désalinisation d’eau sont à l’arrêt faute d’électricité,  » la priorité est à l’évacuation des touristes même si cela fait râler les populations locales « , précise-t-il.

A Saint-Martin, les établissements d’hôtellerie et la restauration génèrent un chiffre d’affaires annuel d’environ 40  millions d’euros. Beaucoup plus riche car tournée vers le tourisme de luxe, Saint-Barthélemy engrange chaque année environ 120  millions d’euros de revenus.

A très court terme, les conséquences risquent d’être dramatiques pour l’emploi. A Saint-Barth,  » hôtellerie et restauration emploient 6 500 personnes sans compter les sous-traitants « , explique M. Bleger. Le tourisme est le premier employeur de l’île, avec près de 40  % d’emplois directs. A Saint-Martin, ce sont environ 4 500 salariés qui sont au chômage technique, sans compter les 6 500 emplois de la partie néerlandaise de l’île.

Heureusement, la saison touristique d’été s’achève et la grande majorité des vacanciers avait déjà quitté les îles. Pour l’avenir, le vice-président de l’UMIH Caraïbes  » n’est pas très inquiet pour Saint-Barthélemy « . Grâce à  » ses ressources financières « , la destination de luxe devrait avoir tout reconstruit  » afin d’être opérationnelle pour Thanksgiving, fin novembre ou début décembre, avec l’arrivée massive des touristes américains « .

M.  Bleger se montre également optimiste pour la partie hollandaise de Saint-Martin. Elle devrait bénéficier de l’appui  » des grands groupes hôteliers installés sur l’île  » pour réparer. En revanche, côté français, cela risque d’être  » plus compliqué « , a-t-il dit, inquiet. Avant d’ajouter :  » Tout dépendra des assurances, mais aussi du poids, plus lourd qu’ailleurs, de l’administration… « 

Saint-Martin n’est pas qu’un paradis tropical pour touristes aisés. L’île connaît l’un des taux de chômage les plus élevés parmi les territoires d’outre-mer (plus de 33  % dans la partie française, selon l’Institut d’émission des départements d’outre-mer). Le revenu par habitant y est deux fois moins élevé qu’en métropole.

N’en doutons pas, le développement économique et social restera perturbé pendant des années, comme après le passage de l’ouragan Luis qui, en  1995, avait dévasté ces îles des Antilles françaises.

Et, au bout du compte, le payeur sera évidemment le contribuable métropolitain. C’est le prix à payer pour le plaisir de posséder ces cailloux perdus dans des mers improbables et dangereuses.

Le 13 septembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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