Une catastrophe nationale.

14 Sep

C’est officiel. Paris a été désignée ville hôte des Jeux olympiques d’été de 2024. Après trois échecs pour les éditions de 1992, 2008 et 2012, le rêve le plus fou est devenu réalité pour les édiles parisiens et leurs complices du gouvernement et du mouvement sportif français (l’éternel « Panem et circenses » des Romains). Un siècle après leur dernière organisation, la capitale de notre pays recevra le monde entier, devant plus de 3  milliards de téléspectateurs. MAIS À QUEL PRIX ?

Unes de quelques journaux de ce jour

A la suite du retrait de toutes les villes candidates comme Hambourg, Budapest, Rome ou Boston, sans compter Los Angeles qui s’est fort astucieusement retirée de la compétition (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/08/01/billet-dhumeur-du-sieur-du-plessis-jeux-olympiques-jo-2024-le-subtile-retrait-de-los-angeles/), seule Paris restait en lice. Doit-on pour autant s’en réjouir ? Est-ce vraiment une bonne affaire d’organiser ces Jeux olympiques, tant pour le pays que pour celle que l’on a longtemps appelée la Ville lumière mais qui n’est plus que l’ombre d’elle-même ? Surtout, comment éviter les dérapages et autres gabegies observés depuis des décennies à Montréal, Atlanta, Athènes, Barcelone ou Rio de Janeiro ?

Bien que la plupart des économistes restent extrêmement sceptiques sur les bénéfices de ces événements, rien n’a dissuadé Paris. Et pourtant, depuis l’après-guerre, les villes hôtes des JO ont été victimes d’une malédiction économique.  » C’est simple, à part à Los Angeles en  1984, jamais une édition des JO, d’été comme d’hiver, n’a été rentable. Tous les -comités d’organisation de ces villes ont vu leur budget exploser « , glisse l’économiste Alexandre Delaigue.

Selon les décomptes réalisés en  2012 par les chercheurs d’Oxford Bent Flyvbjerg et Allison Stewart, les budgets des JO des villes organisatrices ont été dépassés en moyenne de 179  %. Londres a même multiplié par trois son budget initial, après avoir sous-estimé le coût de la sécurité, celui de certaines infrastructures, et, manque de chance, oublié de prendre en compte la TVA dans ses prévisions. Depuis, les JO de Rio de Janeiro ont confirmé la tendance, avec des dépassements exorbitants et des infrastructures laissées en déshérence. Et les JO de Tokyo s’annoncent encore plus dépensiers. Le budget initial de 4,9  milliards d’euros devrait atteindre 13,2  milliards d’euros au final – les Cassandre estiment que l’ardoise pourrait même s’élever entre 17 et 23  milliards d’euros. De quoi réfléchir.

Paris  2024, avec son budget de 6,8  milliards d’euros (!), va-t-il se ruiner ?  » Il faut rester vigilant, estime Wladimir Andreff, le président du conseil scientifique de l’Observatoire de l’économie du sport au ministère des sports. L’an dernier, le comité de candidature Paris  2024 évoquait un budget d’un montant de 6,2  milliards. Aujourd’hui, c’est déjà 500 à 600  millions d’euros de plus. Or le budget du futur comité d’organisation reste grossier. Il va devoir être affiné dans les mois à venir. «  L’économiste n’est pas étonné de voir les coûts déraper. Selon lui, le système de désignation du CIO encourage les dérives financières.  » Pour être désignées, les villes candidates minimisent leurs coûts, indique-t-il. Et une fois désignées, elles réévaluent leurs dépenses largement à la hausse. Il s’agit de la malédiction du vainqueur… «  Mais qui n’est pas une malédiction. Simplement une longue suite de mensonges. Preuve de la pertinence de cette théorie : après les Jeux de Montréal en  1976, qui avait vu son budget exploser de 720  %, aucune ville n’a voulu organiser ceux de 1984.  » Los Angeles a accepté de les organiser, mais selon ses propres règles « , rappelle Wladimir Andreff.

A Paris, le comité de candidature dit avoir réduit les dépenses au strict nécessaire. Côté organisation, dont le budget est évalué à 3,8  milliards d’euros, la prudence prévaut, selon Michaël Aloïsio, directeur général adjoint de Paris  2024.  » Ce budget évolue avec peu d’incertitudes, parce qu’aujourd’hui, le nombre d’athlètes, de journalistes accrédités ou de sites est défini.  Les revenus ont été budgétés avec des hypothèses prudentes. Par exemple, pour la billetterie, nous prévoyons un taux de remplissage des stades de 85  %, même si, comme tous les grands événements sportifs récents en France, nous serons sans doute au-delà de 95  %. «  En outre, le comité a prévu  » une réserve de 350  millions d’euros qui est aujourd’hui non affectée « . Une goutte d’eau dans l’océan des dépenses probables.

Certains postes inquiètent toutefois les observateurs, comme la sécurité. Sous la menace terroriste, son coût avait quadruplé lors des JO de Londres. Tokyo vient de réévaluer cette dépense de 405  millions dans le budget initial de 2013 à 3,3  milliards d’euros. A Paris, le budget de la sécurisation de l’intérieur des enceintes sportives a été fixé à 186  millions d’euros, tandis que la force publique sera en charge des abords, ce que le comité d’organisation ou l’Etat n’ont pas quantifié.  » Aujourd’hui, nous ne sommes pas capables d’évaluer le niveau de menace terroriste dans sept ans, justifie Michaël Aloïsio. D’une manière générale, l’Etat ne va pas embaucher de nouveaux policiers ou militaires pour les Jeux, mais il redéploiera ses effectifs durant cette période. « 

Côté investissements, budgétés à 3  milliards d’euros, Paris  2024 joue la modestie.  » Les nouveaux équipements, qui comptent de manière importante dans les dérapages financiers des précédents Jeux, ont été limités au maximum « , convient Alexandre Delaigue. Aux côtés des équipements déjà existants, comme le Stade de France, Paris  2024 a privilégié la mise en place de structures temporaires.  » Nous avons fait le choix de construire un seul équipement permanent, la piscine, indique Michaël Aloïsio. On aurait pu faire un bassin temporaire en plein cœur de Paris, mais les acteurs publics nous ont dit qu’il y avait un fort besoin de ce type d’équipement en…Seine-Saint-Denis.  » Et donc, toujours les mêmes qui tireront les marrons du feu !

La piscine, financée à hauteur de 108  millions d’euros par des fonds publics et de 30  millions par le comité d’organisation pour sa configuration  JO, sera transformée après les Jeux pour accueillir à la fois les équipes de France de natation et les nageurs de l’agglomération. Les risques financiers existent, mais  » au pire, le prix peut doubler. Cela restera dans une limite acceptable pour l’ensemble des JO « , considère Alexandre Delaigue qui feint d’oublier que, au bout du compte en France, c’est toujours le contribuable qui reste la cochon de payeur.

Autre dépense importante, le village olympique (de 17 000  lits), qui verra le jour à cheval entre Saint-Denis et l’Ile-Saint-Denis.  » Sans les JO, ce nouveau morceau de ville aurait vu le jour, indique Patrick Braouezec, le président de Plaine Commune, l’épicentre des JO de 2024. Le promoteur Vinci était déjà prêt à lancer ses constructions sur une partie du site et nous lui avons demandé de ralentir.  » D’un coût de 1,2  milliard d’euros, ce nouveau quartier sera financé à hauteur de 1,05  milliard par le privé. Mais qui occupera finalement ces nouveaux logements ?

Contrairement à d’autres villes comme Rio, où l’ex-village olympique reste quasi vide, ou Londres, où des immeubles comptent de nombreux appartements inoccupés, Plaine Commune a décidé de créer un quartier mixte avec logements – 40  % d’habitat social, dont 900 chambres d’étudiants –, hôtels, bureaux, équipements publics (crèches, écoles, gymnases, etc.) ou espaces de coworking et autre ateliers d’artistes.  » Dans le département, nous disposons déjà des cités des 3000 et des 4000. Nous ne voulions pas créer la cité des 3500 « , argumente l’ancien maire de Saint-Denis.

En outre, l’Etat, la Ville de Paris et les collectivités de Seine-Saint-Denis doivent investir 1,5  milliard d’euros pour  » financer à la fois la piscine, la rénovation d’équipements sportifs de proximité, l’enfouissement de lignes à haute tension et la passerelle au-dessus de l’A1. Bref, des équipements d’intérêt général pour la population « , résume Michaël Aloïsio. Les autres projets sont financés à hauteur de 1,5  milliard d’euros par le privé. Outre le village, 400  millions d’euros sont investis dans la rénovation de Roland-Garros.  » Cela figure dans notre budget, car ce sera un des sites des Jeux, mais sans les JO, la rénovation, en cours et financée par le privé, aurait de toute façon eu lieu « , précise Michaël Aloïsio. Bref, vous l’aurez compris, l’organisation des JO de 2014 n’a qu’un seul objectif : ajouter à la ruineuse politique de la ville en faveur des seules populations allogènes venues chez nous pour détruire notre pays. Et de faire payer ces folies par les Français de souche avant qu’ils disparaissent tous dans le « Grand Remplacement« .

Un autre argument de la candidature parisienne réside dans la création du Grand Paris Express, un nouveau réseau de métro de 108  milliards d’euros. Déjà en chantier, ce projet n’est pas pris en compte dans le budget des JO, puisqu’il dispose (pour le moment) de financements spécifiques. Mais si des retards ou quelques « incidents » interviennent, cela pourrait entraîner des dérapages financiers, notamment concernant les trois nouvelles lignes de métro automatiques (les futures lignes 14 nord, 16 et 17) qui doivent irriguer la Seine-Saint-Denis et les nouvelles gares.  » Il va s’agir de terminer les lignes nécessaires pour les Jeux avant 2024. Le fait de boucler une opération de cette ampleur avant son terme, prévu en  2030, a un coût financier. L’argent, il va falloir le sortir avant « , relève Frédéric Viale, membre du collectif Non aux JO 2024 à Paris.

Au-delà des coûts et du prestige d’accueillir les JO, que peuvent rapporter ces Jeux pour la région capitale ? Le Centre de droit et d’économie du sport de Limoges (CDES) a évalué l’impact économique :  » Pour un euro investi, nous estimons que cela pourrait, selon les scénarios, générer de 1,10 à 1,80 euro de chiffre d’affaires pour l’économie francilienne « , indique Christophe Lepetit, du CDES. Sur dix-huit ans, de 120 000  à 250 000 emplois supplémentaires pourraient voir le jour dans le bâtiment, le tourisme ou la fourniture de services, selon les scénarios étudiés. Soit entre 6 500 et 13 500  emplois supplémentaires par an. Une paille.  » C’est le revers de la médaille. Comme Paris  2024 devrait investir peu, notamment dans les infrastructures, il ne peut pas attendre d’importants retours économiques « , analyse Wladimir Andreff. C’est donc bien du pipo.

Les acteurs publics espèrent en fait d’autres conséquences. » A Saint-Denis, se rappelle Patrick Braouezec, pendant la période qui a précédé la Coupe de Monde de 1998, nous avons pu mesurer un engouement de la population. En visitant le chantier du Stade de France, les enfants pouvaient se projeter dans l’avenir (ndcer : jouer au foot, pour ces gens-là; un rêve d’enfant mais, au bout du compte…des résultats catastrophiques aux tests PISA !).  Organiser les Jeux doit être un moment pour écrire une histoire humaine commune, en Ile-de-France et ailleurs.  » Dans une récente étude, des économistes ont montré que les JO avaient engendré à Londres un effet de bien-être et de fierté au sein de la population métissée. Mais cela n’avait duré qu’un an.

En résumé, à part la satisfactions des ego surdimensionnés des édiles parisiens, de quelque excellences au pouvoir et d’un quarteron d’organisateurs de Barnum sportifs peut-on espérer le moindre profit pour notre pays de ces prochains Jeux Olympiques ? Evidemment non.*

Conférence de presse d’Emmanuel Macron, Tony Estanguet et Anne Hidalgo le 11 juillet à Lausanne

Mais, pire encore, alors que nous courons désespérément après une dette abyssale que nos enfants et même nos petits-enfants ne parviendront pas à rembourser, était-il à ce point nécessaire d’ajouter du malheur au malheur ?

* Lire « Pourquoi tiennent-ils tellement aux Jeux Olympiques à Paris en 2024 ? » : 

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/07/12/pourquoi-tiennent-ils-tellement-aux-jeux-olympiques-a-paris-en-2024/

Le 14 septembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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