La boite de Pandore de l’assurance-chômage.

5 Oct

La réforme de l’assurance-chômage était l’une des promesse de campagne d’Emmanuel Macron mais elle s’annonce bien plus difficile à mettre en oeuvre qu’il l’avait prévu, ne serait-ce que parce qu’elle risque de s’avérer un gouffre financier. En particulier en ce qui concerne l’indemnisation des salariés démissionnaires.

D’après le quotidien Les Echos, du mardi 3  octobre, le projet consistant à indemniser les salariés démissionnaires impliquerait en effet un effort colossal : de 8 milliards à 14  milliards d’euros, la première année, puis de 3 milliards à 5  milliards les suivantes. Des montants qui donnent des sueurs froides au gouvernement et sèment le doute sur la faisabilité d’une telle mesure (https://www.lesechos.fr/economie-france/social/030646431672-indemnisation-des-demissionnaires-un-choc-financier-pour-lunedic-2118877.php).

L’objectif de l’exécutif est d’octroyer une couverture financière aux personnes qui quittent volontairement leur poste – ce droit ne pouvant jouer qu’une fois par période de cinq ans.  » Ceci incitera les – employeurs – à investir pour améliorer la qualité de vie au travail afin de conserver leurs salariés, dont nous renforçons ainsi le pouvoir de négociation « , justifiait le candidat d’En marche ! dans son programme pour la présidentielle. En contradiction d’ailleurs avec ses idées sur la mobilité des travailleurs au cours de leur carrière…

A l’heure actuelle, les Assedic ne sont pas versées aux démissionnaires, sauf dans certains cas. Par exemple, une personne qui quitte l’entreprise où elle travaille pour pouvoir suivre son conjoint, lui-même amené à déménager pour un motif professionnel. Idem s’agissant de la démission liée à un changement de résidence survenant à la suite d’un mariage. Au total, quelque 65 000  salariés perçoivent ainsi une allocation, chaque année, après avoir rompu, de leur propre initiative, leur contrat de travail, dans des conditions considérées comme justifiées.

L’idée d’Emmanuel Macron consiste donc à sortir de ce régime d’exceptions pour, a priori, indemniser tous les démissionnaires. Or les prétendants pourraient s’avérer très nombreux. L’estimation citée par Les Echos résulterait de calculs dévoilés, il y a quelques jours, lors d’une réunion d’un groupe de travail, par l’Unedic elle-même, qui gère l’assurance-chômage. Cet organisme paritaire, co-administré par le patronat et les syndicats, table sur un  » effet d’appel massif  » : de 500 000  à 800 000 personnes, durant la première année de mise en œuvre de la réforme ; puis le chiffre retomberait dans un intervalle de 170 000  à 250 000.

Des projections très exagérées, objecte l’entourage de la ministre du travail, Muriel Pénicaud :  » Ce chiffrage – mentionné dans Les Echosest issu d’un document de travail préliminaire dont les estimations ont d’ores et déjà fait l’objet d’une forte révision à la baisse par le groupe de travail qui prépare la concertation – avec les partenaires sociaux – . Il ne correspond aucunement aux hypothèses de travail qui seront sur la table lorsque les discussions s’ouvriront. 

Anticiper le coût de la mesure se révèle, de toute façon, très difficile, du fait des incertitudes qui prévalent sur le flux de bénéficiaires potentiels. Et le montant de la facture sera tributaire du paramétrage, qui peut offrir des combinaisons multiples (durée d’indemnisation, délai de carence, etc.).

Une chose paraît acquise : les organisations d’employeurs et de salariés sont plus que réticentes face à l’idée d’élargir ainsi l’assurance-chômage.  » On indemnise déjà assez largement les personnes qui ont démissionné pour des raisons légitimes « , confie un dirigeant patronal. Pour lui, le projet du gouvernement est de nature à engendrer de gros effets d’aubaine : pas question que l’Unedic paie pour ceux et celles qui ont quitté leur emploi  » afin de partir en vacances et de faire un break « . Le risque est grand, ajoute-t-il, que cette mesure tienne de l' » illusion  » et précipite dans un chômage durable des salariés qui ne parviennent pas à se recaser après avoir plaqué leur job. Un responsable syndical dit aussi redouter un dérapage sur le plan financier. Ce qui pourrait conduire le gouvernement à militer pour une refonte des règles d’indemnisation – avec comme conséquence une baisse des allocations.

Tous sont donc en train de s’apercevoir que le candidat Macron a ouvert une boite de Pandore  que, devenu président de la République, il ne sait pas comment refermer. Mais le début de la discussion du projet avec les partenaires sociaux est prévu pour le courant de cet automne et le temps presse. 

Il y a fort à parier qu’elles vont être délicates sinon conflictuelles.

Le 5 octobre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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