Nous les avions prévenus, quand on dîne avec le diable, il faut une longue cuillère.

16 Oct

Depuis la création de Sens commun, en  2013, dans le sillage de La Manif pour tous, ses fidèles ne cessent de voler au secours de la victoire. Nous les avions pourtant prévenus dès le début de leur aventure (Lire « Et leur âme contre un plat de lentilles » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2013/12/13/bulletin-climatique-quotidien-13-decembre-2013-de-la-republique-francaise/). En novembre  2014, ils ont chahuté puis fait céder, en apparence, Nicolas Sarkozy, contraint de s’engager sur un sujet important.  » Si ça vous fait plaisir… ça ne coûte pas très cher « , avait lâché l’ex-chef de l’Etat à propos de l’abrogation du mariage pour tous. Effectivement, nous avons tous vu que ça ne coûtait pas très cher !

En janvier 2016, nous renouvelions nos mises en garde face à leur obstination à croire qu’ils pourraient changer quoi que ce soit, de l’intérieur, à la veulerie de l’ex-UMP devenue Les Républicains (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/01/23/bulletin-climatique-du-week-end-2324-janvier-2016de-la-republique-francaise/). Ils ne nous écoutèrent pas davantage.

Au printemps 2017, ils ont ressuscité un François Fillon vacillant sur son chemin de croix présidentiel en le soutenant jusqu’au bout malgré les affaires judiciaires. Depuis, M.  Sarkozy et son ancien premier ministre ont disparu du paysage politique. Et Sens commun est toujours là, pataugeant dans le marigot politique de la fausse droite !

Dimanche 15  octobre, ce parti associé à LR devait organiser une  » journée de la France silencieuse « , à Asnières, dans les Hauts-de-Seine. Mais une petite phrase a obligé les dirigeants à reporter cette rentrée prévue depuis des mois. En déclarant au mensuel L’Incorrect, une revue fondée par des proches de Marion Maréchal-Le Pen, qu’il ne serait pas contre l’idée d’une  » plate-forme «  commune avec l’ancienne députée FN de Vaucluse, Christophe Billan, président du mouvement, a créé le malaise au sein de LR au point que les invités politiques, Daniel Fasquelle et Bruno Retailleau, ont annulé leur venue. Le premier veut maintenant réclamer leur exclusion en bureau politique. Le second a précisé au téléphone à M. Billan que les responsables du mouvement devaient clarifier leur position !

Mais le coup de semonce le plus important est venu de Laurent Wauquiez, lui aussi prévu au programme.  » S’il y a le moindre passage à l’acte, ils n’auront plus leur place chez Les Républicains. Notre famille a besoin de retrouver de la clarté « , a d’abord prévenu le président de la région Rhône-Alpes Auvergne (Lire « Pourquoi Les Républicains ne peuvent pas se relever » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/10/13/billet-dhumeur-du-sieur-du-plessis-pourquoi-les-republicains-lr-ne-peuvent-pas-se-relever/).

Il faut dire que la déclaration de M. Billan tombe pour lui au plus mauvais moment. Proche de Sens commun – il s’est entretenu à plusieurs reprises avec ses responsables ces derniers mois –, le favori pour la présidence de LR répète à longueurs d’interviews qu’il ne franchira jamais la  » ligne rouge «  d’une alliance avec le FN. Il a suspendu sa participation puis a précisé en privé aux responsables qu’il ne pourrait être le seul invité politique et que la réunion était d’ores et déjà  » polluée « . Lâchés, les dirigeants ont donc décidé, jeudi matin, de reporter. » Il ne peut y avoir aucun alignement programmatique, ni la moindre plate-forme avec le FN « , ajuste M. Billan, qui mange donc son chapeau, tout en assumant sa pseudo-liberté :  » Mais les idées sont là pour être débattues. Je ne m’interdirai pas de parler avec Marion Maréchal-Le Pen, surtout qu’elle est retirée de la vie politique et qu’elle met de côté l’agitation et la radicalité de sa tante.  » Dommage qu’il ne nous ait pas écouté lorsque nous rappelions que « Quand on dîne avec le diable, il faut une longue cuillère ! »

Reportée à plus tard, la journée devait pourtant être à l’image de Sens commun : un patch work de droite. Dans la vidéo de présentation de l’événement, qui fait défiler les visages d’inconnus de tous les âges, ces  » silencieux  » étaient présentés comme  » Français et conservateurs « . Au micro, devaient se succéder des figures très prolixes d’une droite plutôt dure : Mathieu Bock-Côté, l’essayiste québécois souverainiste et conservateur, Alexandre Devecchio, journaliste de la plate-forme de débats  » Figarovox « , ou encore François-Xavier Bellamy, adjoint au maire (LR) de Versailles, professeur de philosophie et figure de La Manif pour tous.

En juin  2016, Madeleine de Jessey, cofondatrice du mouvement, avait déjà accepté de donner une interview croisée avec Marion Maréchal-Le Pen, son ancienne condisciple de l’Institution Saint-Pie X, à Saint-Cloud, dans le magazine Famille chrétienne. Gaultier Bès,cofondateur des Veilleurs et de la revue Limite, était prévu parmi les intervenants de la «  France silencieuse  » : en mai, il participait à un colloque de l’Action française, à Paris. Le président de Sens commun lui-même est intervenu à l’université d’été du think tank L’Avant-garde de Charles Millon, en septembre, dans le cadre d’un débat auquel participait Karim Ouchikh, président du parti identitaire Souveraineté, identité et libertés (SIEL), qui fut un temps allié au Front national.

 » Ce sont les idiots utiles de Darmanin, Solère et compagnie, ils cornérisent nos idées, nos convictions. « , regrette Sébastien Pilard, un des cofondateurs de Sens commun, qui a claqué la porte. Si le conseiller régional des Pays de la Loire pousse ainsi mémé dans les bégonias, d’autres déçus parlent, eux, carrément d’un mouvement parti  » en vrille  » et où  » il ne reste plus que la frange très radicale « .

Même si la pression s’accentue, la main de LR va sans doute trembler avant d’exclure Sens commun. Emanation politique de La Manif pour tous, le mouvement s’est associé formellement à l’UMP en  2014. Aujourd’hui, ses dirigeants revendiquent 10 000 adhérents – 7 000, selon la direction de LR – qui ont à la fois leur carte de LR et celle de Sens commun.  » S’ils nous virent, ils s’assoiront sur les cotisations qu’on leur reverse « , ironise un responsable du mouvement. Les dirigeants de LR ont beau répéter qu’ils ne les croisent pas au siège de la rue de Vaugirard, aucun n’a pris la décision de trancher le lien. Car ce parti politique conserve une forte capacité de mobilisation. Au milieu des militants usés et fatigués du vieux parti, ses jeunes adhérents sont toujours prêts à battre le pavé. Après avoir promis l’abrogation partielle de la loi Taubira, François Fillon s’était appuyé sur eux lors de la campagne de la primaire. Au fur et à mesure de la désintégration de la campagne présidentielle, ils avaient investi le QG du candidat. Madeleine de Jessey et Christophe Billan ont pesé dans le maintien de l’ancien premier ministre, avant de participer à l’organisation du rassemblement du Trocadéro, le 5  mars. Seule anicroche au tableau : aucun de leurs sept candidats investis pour les élections législatives n’a été élu. Mais, après tout, ce n’était que leur plat de lentilles.

Pourfendus aujourd’hui pour leur prétendue trop grande radicalité, les dirigeants de Sens commun suscitent aussi des déceptions de l’autre côté de la droite.  » Pour moi, c’était voué à l’échec dès le début. Ils voulaient faire une révolution de l’intérieur mais ils ont peu d’élus « , souligne un ancien de La Manif pour tous qui a choisi de travailler pour le Front national. C’est très exactement ce que nous avions prévu dès 2013.  » Il y a une proximité idéologique avec le FN, mais pas de proximité politique. Pas mal de gens du FN pourraient bosser avec eux, mais eux ne veulent pas.  »  » Nous avons peu de désaccords sur le positionnement de fond, ils sont anthropologiquement de droite. La stratégie qu’ils prennent ne me semble pas la plus efficace, mais tout ce qui participe du mouvement dextrogyre, tout ce qui droitise la société, est bon à prendre « , abonde Charles de Meyer, président de l’association SOS Chrétiens d’Orient et collaborateur de la députée de Vaucluse Marie-France Lorho (Ligue du Sud), qui a succédé à Jacques Bompard.

Les responsables de Sens commun continuent pourtant, envers et contre tout bon sens, à assumer leur stratégie d’entrisme, qui avait été résumée, fin 2013, par Madeleine Bazin de Jessey dans une tribune publiée sur le site Boulevard Voltaire :  » Si l’UMP est opportuniste, soyons sa meilleure opportunité. Il ne s’agit pas de se laisser récupérer mais de récupérer ce qui devait nous appartenir en premier lieu. «  La jeune femme, qui aime d’ordinaire prendre la lumière, s’est emmurée ces derniers temps dans ce qu’elle nomme sa  » diète médiatique « , cherchant à peser sans trop faire de bruit. Christophe Billan, lui, voit son mouvement comme un  » aiguillon « utile pour éviter que LR ne devienne une  » coquille vide, le syndrome de l’UMP « . » La droite doit être appuyée sur des valeurs, adossée à des territoires et pas seulement une gouvernance libérale sans âme « , plaide-t-il. Alors, la solution est très simple : la mort des LR et la constitution d’un vaste mouvement de droite, identitaire et patriote. Plutôt que toutes ces magouilles qui ne mènent nulle part.

Même s’ils ne désespèrent pas de faire abroger la loi Taubira, le prochain combat de Sens commun va être la lutte contre la PMA pour tous. Et s’ils n’ont pas encore officiellement choisi leur candidat pour la présidence de LR –  » Nous entendrons tout le monde, puis nous prendrons position « , affirme un dirigeant –, le mouvement travaille en vue de peser sur une future gouvernance Wauquiez.  » Ce que dit Wauquiez va dans le sens d’une certaine clarté. Reste à savoir s’il va transformer le verbe en action. Depuis 2007, nous savons que ce n’est pas toujours le cas « , cingle M.  Billan, qui n’a pas hésité à menacer de prendre le large, dans L’Incorrect :  » Si, dans quelques mois, nous nous apercevons que le vainqueur n’a pas mis en place un appareil assumant une doctrine de droite, renonçant au -cynisme et au suivisme, Sens commun pourra décider de changer d’orientation.  »  Encore une illusion…

En résumé, avec Sens commun, chassez le naturel il revient au galop.

Le 16 octobre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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