Les affaires d’Angela Merkel vont heureusement de plus en plus mal.

19 Oct

Alors qu’elle vient de se lancer dans de délicates négociations avec les libéraux-démocrates (FDP) et les Verts pour tenter de constituer sa prochaine coalition, la chancelière sortante d’Allemagne espérait une victoire de son parti (CDU) en Basse-Saxe, dimanche 15  octobre. Hélas pour elle, celui-ci y a obtenu son pire score dans la région depuis 1959 : 33,6  % des voix, soit 3,3 points de moins que le Parti social-démocrate (36,9  %).

Pour Mme Merkel, cette défaite est d’autant plus sévère que la victoire des conservateurs dans ce Land du nord-ouest du pays paraissait acquise il y a encore quelques semaines. Fin août-début septembre, la CDU frisait les 40  % dans les sondages, tandis que le SPD dépassait à peine 30  %.

Mais l’inversion des courbes mesurée dans les dernières enquêtes d’opinion s’est confirmée dans les urnes, et le SPD est finalement arrivé en tête, dimanche, ce qui permettra à Stephan Weil de continuer à diriger la région dont il est le ministre-président depuis 2013, cette fois probablement à la tête d’une  » grande coalition  » avec la CDU, faute de disposer d’assez de sièges pour continuer de gouverner avec les Verts, comme il le faisait depuis quatre ans.

Certes, des facteurs locaux expliquent ce résultat. En août, le quotidien conservateur Bild avait accusé M. Weil d’avoir fait  » réécrire et atténuer «  par Volkswagen – dont la Basse-Saxe possède 20  % du capital – un discours prononcé devant le Parlement régional en octobre  2015, un mois après les révélations sur les manipulations auxquelles se serait livré le constructeur sur ses moteurs diesel. Ces accusations auraient pu profiter au candidat de la CDU, Bernd Althusmann.

C’est l’inverse qui s’est produit, et M. Weil a moins pâti du scandale Volkswagen que son rival n’a été affaibli par un autre épisode, intervenu lui aussi en août : la décision d’une élue régionale de quitter le groupe écologiste pour rejoindre la CDU, faisant perdre sa majorité à la coalition SPD-Verts. C’est ce transfert qui a provoqué des élections anticipées – le scrutin devait avoir lieu à l’origine en janvier  2018. A l’évidence, la CDU n’a pas réussi, dimanche, à écarter le soupçon d’une manœuvre en coulisses pour faire chuter la majorité sortante.

Mais ces facteurs locaux n’expliquent pas tout. En tout cas, ils ne convaincront pas ceux qui, au sein de la CDU, estiment que cette défaite n’est que la réplique du résultat décevant des conservateurs aux législatives du 24  septembre (33  % des voix), et qu’elle est donc également une sanction contre Mme Merkel et sa politique trop éloignée des valeurs conservatrices.

 » La clé de la défaite – en Basse-Saxe – a son origine dans la soirée électorale du 24  septembre, quand on a voulu enrober notre perte catastrophique de 8 points – par rapport aux législatives de 2013 – en la faisant passer pour une victoire stratégique « , a commenté Wolfgang Steiger, le secrétaire général du  » conseil économique  » de la CDU, l’aile du parti proche du patronat, interrogé par Bild.

Des propos qui visent directement la chancelière, à qui beaucoup, à la CDU, reprochent de n’avoir pas pris la mesure du revers essuyé aux législatives en déclarant, au lendemain du scrutin :  » Je ne vois pas ce que nous aurions dû faire différemment. « 

En mettant Mme Merkel sous la pression de son aile droite, à la fois dans son parti et à la CSU, l’alliée de la CDU en Bavière, très remontée contre la politique migratoire de la chancelière, les régionales en Basse-Saxe vont obliger celle-ci à jouer sur deux fronts dans les prochaines semaines : non seulement celui, externe, des négociations avec les Verts et le FDP, mais aussi celui, interne, de sa propre famille politique sur laquelle son autorité est vacillante.

Seule  » bonne  » nouvelle pour Mme Merkel : les scores décevants qu’ont obtenus, dimanche, les Verts (8,7  %, en recul de 5 points par rapport à 2013) et le FDP (7,5  %, en recul de 2,4 points), qui par conséquent ne se trouvent guère en position de force pour engager les premiers pourparlers avec les conservateurs en vue de la prochaine coalition gouvernementale.

Pour le parti populiste Alternative pour l’Allemagne (AfD), le résultat des élections en Basse-Saxe est en demi-teinte. Avec 6,2  % des voix, l’AfD va certes entrer au Parlement régional (il est désormais représenté dans 14 des 16 Länder). Mais, trois semaines après son entrée au Bundestag, le parti n’a pas été porté par la vague de son succès aux législatives, où il était arrivé en troisième position derrière la CDU-CSU et le SPD avec 12,6  % des voix.

Ainsi, son résultat de dimanche est inférieur de près de 3 points à celui obtenu lors du vote national en Basse-Saxe le 24  septembre. L’une des raisons de ce recul est sans doute à chercher dans les dissensions entre sa tête de liste et le chef du parti dans la région, ainsi que par les soupçons d’escroquerie qui pèsent sur ce dernier, dont le domicile a été perquisitionné six jours avant les élections.

Y aurait-il quelque chose de pourri dans l’empire de Germanie ?

Le 19 octobre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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