Pendant qu’Agnès Buzyn* veut mettre les hôpitaux au pain sec, le scandale de la PrEP ne dérange personne.

24 Oct

En France et aux frais de la collectivité, 5 000 personnes seraient sous PrEP, la fameuse pilule « anti-sida ». Disponible depuis plus d’un an dans l’Hexagone, elle est surtout prescrite aux homosexuels de sexe prétendu masculin et aux bisexuels dont les pratiques sexuelles sont à risque. Entendez qu’il s’agit de gens qui ont une sexualité totalement débridée et refusent toute mesure élémentaire de prévention? Ce que l’on nomme parfois des « folles » !

En voici quelques exemples.

Guillaume vient de poser ses valises à Paris, à deux pas du Centre Pompidou, après toute une vie à Nantes. Il a 36 ans, dont vingt « à vivre dans la peur du sida ». Au bout de quelques minutes, ce responsable marketing déballe tout : son « hygiène de vie impeccable », sa tendance à « être un grand lover », avec un côté ­ « romantique et hypocondriaque ».

Avoir été adolescent au plus fort de l’épidémie dans les années 1990 a marqué au fer rouge sa sexualité et nourri sa « peur folle du dépistage ». Depuis un an et demi, quelque chose a changé dans sa vie : Guillaume est « prépeur ». Comprenez : sous PrEP (prophylaxie préexposition). Chaque matin, il prend un comprimé composé de deux antirétroviraux hautement actifs contre le VIH, alors qu’il est séronégatif et en bonne santé. Cela lui permet d’avoir des rapports sexuels avec et sans préservatif, avec un risque de transmission proche de zéro. Pour faire court, c’est une « pilule anti-sida ». Une nouvelle stratégie de prévention du VIH s’adressant aux personnes les plus exposées au virus.

Dans sa cuisine, entre les capsules à café et la machine à laver, le pilulier en plastique blanc se fond dans le décor. C’est du Tr(o)uvada, la marque phare de ce médicament « qui [le] protège de l’intérieur », et fait de lui, affirme-t-il, un « avant-gardiste libéré qui prend soin de lui ». Mais est-ce véritablement prendre soin de soi que de vivre sa sexualité comme Guillaume ? Guillaume a les idées claires : « La PrEP m’a permis de prendre ma santé en main. Aujourd’hui, je vais faire des prises de sang avec le sourire, je sais que j’aurai des résultats négatifs. » (Lire « Nous aurons tout connu, même la boboïsation de la lutte contre le sida » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/06/23/nous-aurons-tout-connu-meme-la-boboisation-de-la-lutte-contre-le-sida/).

Car Guillaume coche toutes les cases du public ciblé par la PrEP : c’est un homme ayant des rapports sexuels avec des hommes, plusieurs fois par semaine, avec des partenaires différents, avec et sans préservatif. Il alterne histoires d’un soir et « plans réguliers ». D’ailleurs, il l’avoue facilement : « La PrEP me sauve du VIH. Dans mon quartier, les mecs qui veulent bien mettre une capote se comptent sur les doigts d’une main. Aujourd’hui, si je n’étais pas sous PrEP à Paris, je serais déjà séropositif. »

Paris, à la fois capitale de l’épidémie du sida en Europe depuis trente ans et centre historique de recherches contre la maladie, est la ville de France où l’on prescrit le plus de PrEP. L’épidémie de VIH y sévit durablement chez les gays et bisexuels masculins : ils représentent 52 % des nouveaux contaminés chaque année et sont, avec les Africains d’origine subsaharienne (38 %), les plus exposés au virus. Et c’est à ces gens-là que l’inénarrable Marisol Touraine a offert, en 2015, le remboursement à 100% par la sécurité sociale du Tr(o)uvada !

C’est pour tenter d’enrayer l’épidémie que la PrEP est arrivée en France, en janvier 2016, après de multiples essais médicaux mondiaux, la recommandation de l’Organisation mondiale de la santé et la pression d’une partie des associations de lutte contre le sida. « C’était une décision de santé publique », prétend l’ancienne ministre de la santé Marisol Touraine. C’est elle qui a donné le feu vert et engagé son remboursement à 100 % par la Sécurité sociale. « Il s’agissait de permettre à des hommes d’accéder à une sexualité sans risque avec, pour moi, la préoccupation constante de marteler que le préservatif est la meilleure des préventions. »

Les campagnes annuelles sont toujours là, en bruit de fond, mais ne reposent plus exclusivement sur le préservatif : place à la promotion de tous les nouveaux outils dont la PrEP.

La France a été le deuxième pays du monde à la mettre en place, « après les Etats-Unis », souligne le professeur Jean-Michel Molina, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Louis, à Paris, le « papa français » de la PrEP. « On a tiré toute l’Europe derrière nous », assure-t-il, imbécile heureux de compter un outil de protection supplémentaire face au sida.

« Avec la PrEP, vous empêchez de nouvelles contaminations, et donc vous empêchez la prise en charge de traitements à vie contre le VIH. » Aujourd’hui encore, certains médecins la prescrivent du bout des lèvres ou s’y opposent, redoutant un effet de « désinhibition générale » et une amplification des rapports sexuels à risque. Ce qui est l’évidence car, dans cette affaire de « folles« , les écervelés sont légions. Résultat, les candidats à la contamination se croyant désormais invincibles, abandonnent de plus en plus l’usage des préservatifs. Et, résultats du résultat :

1/ la propagation de la maladie est repartie à la hausse (puisque la protection par le Tr(o)uvada n’est pas absolue et que, en plus, ils s’en servent souvent en dépit du bon sens),

2/ les autres maladies dites sexuellement transmissibles explosent…Qu’elles soient microbiennes ou parasitaires). Merci Jean-Michel Molina, merci Marisol Touraine.

Les « prépeurs » ont leur propre forum d’échanges, PrEP’Dial, un groupe ­Face­book qui cartonne : 8 200 inscrits, de partout. S’y balader, c’est plonger dans cette partie de la France de 2017, homosexuelle et bisexuelle, qui veut « vivre pleinement sa sexualité » sans vouloir savoir ce que le mot « risque » veut dire.

Les discussions démarrent parfois d’un joyeux « Salut les ­prépeurs, salut les prépeuses ! », avant de se poursuivre en échange d’infos, d’expériences et de conseils. « Ce groupe Facebook est vite devenu un espace de solidarité sur la santé gay », s’enthousiasme Vincent Leclercq, volontaire chez Aides, à l’initiative de cette plate-forme créée il y a deux ans. « Il a permis à des gens qui hésitaient à prendre la PrEP de sauter le pas, d’avoir des échanges sur la santé sexuelle qu’il n’y avait pas ailleurs. Tous les infectiologues de Paris s’y sont d’ailleurs inscrits. »

Jérôme est lillois et n’hésite plus : à tout juste 24 ans, il vient de faire sa rentrée en sciences politiques et s’apprête à démarrer le traitement. « Le centre hospitalier de Tourcoing me l’a proposé, mais j’y pensais déjà », confie-t-il. Ce brillant danseur, formé au Conservatoire national de danse de Paris, habitué des scènes londonienne ou new-yorkaise, a plaqué onze années de passion pour faire du droit. Direction Lille pour ce célibataire à la sexualité « libérée, mais avec la tête sur les épaules. J’ai surtout eu des relations amoureuses courtes. Et beaucoup de relations sexuelles risquées ». 

Comme cet été, à Berlin, après une soirée en boîte, entre décibels, drogues et drague. « Je me suis retrouvé dans une orgie où il n’y avait pas de capote. Ça m’a conforté dans ma décision de prendre la PrEP. »

Marre des angoisses au réveil après une nuit à risque : en deux ans, le jeune homme a subi quatre traitements d’urgence après exposition au VIH (le TPE, traitement postexposition). « J’ai toujours dû agir en réaction. Désormais, je serai en prévention », prétend-il. Avant de conclure : « Pour mes potes hétéros, que je prenne la PrEP leur paraît insensé, alors que mes copines baisent sans capote avec des mecs qu’elles ne connaissent pas. »

Jérôme optera pour une prise intermittente de Truvada. En France, c’est à la carte : soit en traitement continu, soit « à la demande », pour plusieurs jours, selon ses périodes d’activité sexuelle. Il faut, dans ce dernier cas, suivre les recommandations à la lettre : prendre le comprimé entre vingt-quatre et deux heures avant un rapport sexuel, puis à deux reprises dans les quarante-huit heures suivant le dernier rapport à risque. Une vraie recette de cuisine.

Jean en est un autre. Chaque soir, à 22 heures, son smartphone lui rappelle que c’est l’heure du cachet, qu’il prend « souvent avec une pomme ». Ce Lillois de 40 ans est un habitué des soirées gay dans les grandes capitales, « un milieu où la majorité des mecs sont sous PrEP », selon lui. Un voyage aux Etats-Unis il y a un an et demi a achevé de le convaincre : « Ils sont tous sous PrEP là-bas ! » Belle référence. Depuis, il en fait la promotion auprès de ses amis : « La plupart des gays ne savent pas ce que c’est. Moi, ça m’a rendu plus libre, ça m’a enlevé une culpabilité car je ne me mets pas en danger. Et surtout, je suis beaucoup mieux suivi médicalement, comme jamais je ne l’avais été dans ma vie. »

Etre sous PrEP astreint en effet à un check-up obligatoire tous les trois mois. Tout y passe : bilan sanguin complet, surveillance des effets secondaires possibles (troubles digestifs, rares problèmes rénaux ou osseux) et dépistage de toutes les autres infections sexuellement transmissibles (IST) dont la PrEP ne protège pas la transmission. Depuis les années 2000, les infections comme la gonorrhée, la chlamydia ou la syphilis connaissent une hausse vertigineuse en France…

« J’en vois tous les jours, témoigne, dépité, le docteur ­Allienne dans son cabinet du Vieux-Lille. Des gens qui ne se protègent pas, je ne vois que cela ! Je ne suis pas là pour avoir un rôle moralisateur, mais ils pensent d’abord à leur propre plaisir. La majorité des jeunes aujourd’hui croient que tout se traite et se guérit. Les gens imaginent qu’on ne meurt plus. » Alors lui enfonce le clou et recommande à sa dizaine de patients sous PrEP de ne pas jeter le préservatif avec l’eau du bain. Peine perdue car…ce sont des « folles » !

Comme Laurent, 54 ans, qui a opté pour la PrEP en complément du préservatif pour une protection maximale. Ce Grenoblois fait partie de cette génération d’homos meurtrie par les années 1990, quand le sida tuait leurs amis les uns après les autres. « Ma sexualité s’est bâtie autour du préservatif : c’était non négociable et systématique, raconte cet ingénieur. Aujourd’hui, dans ce que je vois des comportements de certains, le sexe sans aucune protection est monnaie courante, une façon de consommer en open bar. »

Lui vit avec son compagnon depuis vingt ans, en couple « ouvert » à d’autres partenaires. Au moins une fois par semaine, il fait l’amour avec un autre homme. Mais comment peut-on appeler ça « l’amour » ? Sous PrEP depuis près d’un an, « sans aucun effet secondaire », il aimerait « qu’elle soit plus largement diffusée. Même si on est sensibilisé au préservatif, on est faillible, on peut se laisser aller à ne pas l’utiliser ou être confronté à ce qu’il rompe. Pour moi, la PrEP, c’est en complément de la capote, et parfois à la place de. En cas de défaillance de la capote, je suis quand même protégé. C’est une sécurité et une sérénité ».

Laurent vient tout juste d’obtenir sa première boîte de Tr(o)uvada en version générique. Une petite révolution : depuis que le 26 juillet, cinq autres laboratoires pharmaceutiques le commercialisent. Désormais, une boîte de 30 comprimés en générique coûte 180 euros pour un mois de traitement, au lieu de 406 euros. « A 54 ans, je dis merci à la science de pouvoir en profiter. » Ces gens sont fous.

Rappelons tout de même à ces bonne âmes que beaucoup de retraités sains, honnêtes et courageux vont perdre, le 1er janvier 2018, 1,7% de leur pouvoir d’achat pour offrir à ces dépravés le remboursement de leur laissez-passer sexuel ! C’est à pleurer.

Le 24 octobre 2017.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

* Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé : 

http://www.lopinion.fr/edition/politique/solutions-d-agnes-buzyn-lutter-contre-trou-securite-sociale-136448

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