Allemagne : Martin Schulz mange son chapeau.

25 Nov

À l’instigation de ses amis européistes, et en particulier de la Commission de Bruxelles et d’Emmanuel Macron, le parti social-démocrate allemand et son chef de fil Martin Schulz (ancien président du Parlement européen) vient d’accepter les appels du pied de la chancelière Angela Merkel et du chef de l’Etat germanique en vue d’entrer dans une nouvelle « grande coalition » gouvernementale avec les conservateurs (CDU-CSU). Il faut croire que les concessions de la chancelière, voire ses offres, ont été significatives…Mais, à dire vrai, est-ce une surprise tant l’enjeu est d’importance pour l’oligarchie de l’Union européenne (UE) ?(Lire « Européistes de tous les pays, unissez-vous« : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/11/23/europeistes-de-tous-les-pays-unissez-vous/).

« J’y vas-t-y, j’y vas-t’y pas ?
Y faut-y, y faut-y pas ? »

Au terme de huit heures de débat dans la nuit de jeudi 23 à vendredi 24  novembre, la direction du parti social-démocrate (SPD) a finalement cédé à la pression qui pèse sur elle depuis plusieurs jours. Le parti a abandonné ses réserves quant à l’ouverture de négociations avec l’Union chrétienne-démocrate et son alliée bavaroise (CDU et CSU) en vue de former une éventuelle  » grande coalition.  » Quatre jours après l’échec des tractations entre les conservateurs, les Verts et les libéraux du FDP pour former un gouvernement, le SPD retrouve un rôle de premier plan. 

Dans la nuit, le secrétaire général du SPD, Hubertus Heil, a déclaré que  » le SPD n’était pas fermé à la discussion « . Et le ministre de la justice, Heiko Maas, également membre influent de la direction du parti, a convenu que  » le SPD ne pouvait se comporter comme un enfant capricieux « . Depuis lundi, le parti était en proie aux déchirements internes : pouvait-il vraiment refuser de discuter avec la CDU dans la crise actuelle ? Pouvait-il prendre le risque de nouvelles élections alors que le parti populiste AfD est la troisième force politique du Bundestag ?

Ces questions étaient au centre de la rencontre, jeudi, entre le chef de file des sociaux-démocrates, Martin Schulz, et le président de la République, Frank-Walter Steinmeier. Ce dernier a reçu tour à tour les chefs des partis susceptibles de former un gouvernement pour les appeler à la  » responsabilité « . Un mot incontournable dans un pays où le jeu démocratique est fondé sur la coopération disciplinée entre partis élus à la proportionnelle.

M.  Steinmeier, membre du SPD jusqu’à son élection, connaît mieux que personne la difficulté de la situation pour les sociaux-démocrates. Aux côtés de l’ancien chancelier Gerhard Schröder, il fut l’un des grands artisans des réformes Hartz en  2002 et 2005. Jugées à l’époque nécessaires pour réduire le chômage endémique et redresser la compétitivité du pays, elles avaient plongé le parti social-démocrate dans une des plus graves crises identitaires de son histoire, dont il ne s’est pas encore remis. Cet épisode, suivi de deux participations à un gouvernement de grande coalition avec Angela Merkel, a porté le parti à son plus bas historique : 20,5  % aux élections du 24  septembre. Martin Schulz avait alors annoncé catégoriquement que son parti refuserait de participer à une nouvelle  » grande coalition  » avec la CDU et la CSU.

Il a réitéré cette position lundi en se prononçant en faveur de nouvelles élections. Cette position avait été jugée précipitée par de nombreux responsables du parti inquiets de la tournure des événements. L’effritement du paysage politique et la montée de la droite dure ont changé les règles du jeu.  » Si rien d’autre n’est possible, nous allons devoir réfléchir une nouvelle fois à la possibilité d’une grande coalition « , a déclaré à la chaîne ZDF le vice-président du groupe parlementaire SPD au Bundestag, Karl Lauterbach.

M. Schulz jouerait un rôle en cas de nouvelle grande coalition. Les rumeurs sur un départ du candidat malheureux à la chancellerie ont été balayées, jeudi, par la direction du parti. Encore très apprécié par les militants, Martin Schulz a été chargé de préparer le SPD et sa base à un  » changement de cours « .

La question est désormais : à quel prix le SPD peut-il s’allier une nouvelle fois avec Angela Merkel ? Ralf Stegner, représentant de l’aile gauche du parti, a déclaré qu’il n’était pas question  » simplement de poursuivre la grande coalition « . La question même de la présence d’Angela Merkel à la tête d’un gouvernement de grande coalition a été posée. Mais la CDU a rejeté immédiatement cette possibilité.  » Bien évidemment, – une des conditions du dialogue – est que Merkel reste chancelière d’une telle coalition « , a déclaré Armin Laschet, ministre-président CDU du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 24  novembre :  » Sinon le SPD peut s’abstenir. Nous sommes arrivés à un point où le SPD doit évacuer ses réflexions tactiques. « 

Armin Laschet met en avant les  » défis  » qui attendent l’Allemagne, notamment au niveau européen et fait un appel du pied à Martin Schulz.  » Nous avons besoin de réponses européennes au Brexit à venir, aux propositions du président Emmanuel Macron. (…) Le courage avec lequel Macron a formulé une vision pour l’Europe pourrait trouver en Allemagne une réponse grâce à une grande coalition. Je partage beaucoup de choses sur ce que Martin Schulz dit à propos de l’Europe.  » Nul doute que le SPD va tenter de faire monter les enchères dans les prochains jours, pour imprimer une dimension sociale à un éventuel nouveau gouvernement. Dans deux semaines, le parti se réunit en congrès. D’ici là, le cadre des discussions devrait être posé. 

Mais si cette alliance avec Angela Merkel devait voir, une fois de plus, le jour, il est clair que les citoyens allemands auraient du souci, beaucoup de souci, à se faire en matière d’immigration et de ses conséquences tragiques.

Le 25 novembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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