Emmanuel Macron nous a entendu mais il n’a pas encore tout compris.

1 Déc

Nous rapportions hier les propos du président de la République française à Abidjan, lors du sommet réunissant l’Union africaine (UA) et l’Union européenne (UE), mercredi 29 novembre, en Côte d’Ivoire et qui, pour la première fois depuis les débuts de la crise migratoire qui submerge nos pays, reconnaissait deux faits essentiels que le Conseil dans l’Espérance du Roi ne cesse d’affirmer depuis sa fondation…en mars 2012 :

1/   » Il y a des Africains qui esclavagisent des Africains  et

2/ des Européens qui en profitent aussi . »

Mesurez-vous l’importance d’une telle déclaration ? C’est un séisme au sein de la pensée conforme et obligatoire et que certains nomment le  » politiquement correct « . Or, cette affirmation n’a jamais été, à ce jour, portée en France que par le Conseil dans l’Espérance du Roi (Lire « Les imposteurs du CECL » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/11/20/les-imposteurs-du-ceccl/).

Hélas, une hirondelle ne fait pas le printemps. Surtout un 29 novembre…Et, très vite il fallut nous rendre à l’évidence : Emmanuel Macron nous a bien entendu mais il n’a pas encore tout compris. C’est ce qui est ressorti du sommet d’Abidjan.

Celui-ci avait pour thème « Investir dans la jeunesse pour un avenir durable ». Bravo ! Belle idée. Mais encore faut-il y mettre les moyens.

La question migratoire a donc bel et bien été le fil conducteur de la rencontre entre près de 80 chefs d’Etat et de gouvernement, qui s’est achevée, jeudi, par une déclaration longuement soupesée, ménageant les deux parties tout en les plaçant chacune devant ses responsabilités : obligation d’assurer un avenir à sa jeunesse pour l’Afrique, de mettre ses pratiques en concordance avec ses discours généreux pour l’UE. Vraie promesse ou faux semblant ?

« Nous devons tout mettre en œuvre pour votre épanouissement sur notre continent ! Je vous invite à avoir foi dans l’avenir et ne pas vous lancer à l’aventure au péril de vos vies », a, en tout cas, déclaré avec bon sens l’hôte du sommet, le président ivoirien Alassane Ouattara.

Si de jeunes Africains sont jetés sur les routes et tentent de gagner l’Europe en risquant leur vie c’est en raison de « la pauvreté, de la mauvaise gouvernance, du changement climatique », expliquait pour sa part Moussa Faki, le président de la Commission de l’UA. Nous ne pouvons que l’approuver pour ce qui est des deux premières motivations mais, disons-le tout net, la troisième nous paraît davantage un prétexte pour exonérer ses collègues de leurs responsabilités politiques.

« Ces récentes images atroces (ndcer: publiées par CNN et montrant la vente d’esclaves en Libye) nous rappellent l’urgence d’agir. Tous les pays ont le devoir de protéger leurs frontières mais ils doivent le faire dans le respect des droits humains », insistait le Portugais Antonio Gutteres, secrétaire général des Nations unies (ONU). Qui, appuyé par la chancelière allemande Angela Merkel (jamais en reste de mauvaises actions contre l’Europe), plaidait pour des canaux de migration « régulière et ordonnée ». Ben voyons !

La situation en Libye n’a pas suscité que des commentaires. Elle a été au cœur de plusieurs réunions en marge du sommet. A l’issue de l’une d’elles, où étaient notamment réunis UE, UA, ONU, il a été décidé de mettre en place un groupe d’action censé mieux lutter contre les trafiquants, accélérer les retours de migrants dits économiques vers leur pays d’origine et la réinstallation des réfugiés. Un travail mené en coordination avec les autorités de Tripoli. Le texte évoque aussi l’obligation d’assurer « des opportunités de développement et de stabilité » aux pays d’origine. Là encore nous ne pouvons que souscrire à ce projet à condition que la réalité du statut de réfugié soit précisément vérifié et absolument certaine. Et qu’il ne s’agisse pas de l’acception habituelle pour des migrants économiques qui ne viennent chez nous que pour voir si l’herbe n’y est pas plus verte que chez eux et pour quémander l’un ou l’autre des subsides si généreusement dispensés par la République.

Hélas ! Lors d’une conférence de presse, Emmanuel Macron a expliqué que des migrants seront évacués « en urgence » de Libye et qu’il avait encouragé les états européens à suivre le modèle instauré par la France de sélection des réfugiés, en amont, dans les pays du Sahel avant qu’ils ne s’aventurent « sur les routes de la nécessité ». Quelle belle expression pour parler de ces hordes affamées qui viennent se nourrir du travail de ceux qui en ont encore un peu, se soigner grâce à une Aide médicale d’Etat ruineuse pour notre budget et participer avec la vigueur reproductrice que l’on sait au « Grand Remplacement » de population voulu par nos élites. Les évacuer « en urgence » de Libye, soit. Mais ce n’est pas pour que les pays européens aillent faire leur marché de main d’oeuvre au Niger ou au Tchad en requalifiant des migrants économiques en pseudo-réfugiés  !

D’ailleurs, du côté des institutions européennes, on semblait plus prudent qu’Emmanuel Macron partagé entre le soulagement et une certaine frustration. « L’esclavagisme en Libye existait avant que CNN le découvre, relevait une source à haut niveau,mais tant mieux si l’emballement soudain sur une situation que nous évoquons depuis de nombreux mois permet d’agir. »

Se confiant à quelques journalistes mardi soir, avant l’ouverture du sommet, Federica Mogherini, la Haute Représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, se réjouissait aussi que le monde s’agite mais relevait que des témoignages recueillis auprès de femmes, à Lampedusa (Italie), avaient révélé depuis longtemps des situations comparables à celles révélées par la chaîne américaine. Ils n’avaient pas suscité beaucoup d’émoi sinon chez ceux qui lisent le blogue du CER…

Quoi qu’il en soit, « la Libye a besoin de notre aide à tous les deux, pas d’accusations », indiquait Donald Tusk, coprésident de ce sommet. Plus généralement, le président du Conseil se disait prêt à « faire davantage » pour tenter de résoudre cette question de la migration qui, soulignait-il, « va déterminer une part importante de notre relation dans les
années à venir ».

« Faire », mais aussi payer davantage ? Un Fonds fiduciaire pour l’Afrique est actuellement alimenté à hauteur de quelque 3 milliards d’euros par la Commission mais attend encore 66 des 260 millions promis par les pays membres, clairement sous pression pour aller au-delà de cet engagement puisqu’ils se disent désireux d’agir. Un plan d’investissement – semblable dans son principe au « Plan Juncker » pour l’UE – a quant à lui été approuvé en septembre par le Parlement de Strasbourg. La Commission y consacre 4,1 milliards d’euros et lance un appel au secteur privé pour qu’il atteigne un montant jusqu’à dix fois supérieur.

Après les naufrages en Méditerranée qui sont les risques de l’entreprise migratoire, le drame de l’esclavagisme en Libye semble avoir soudain réveillé les consciences et donné un visage à cette « jeunesse africaine » dont la fuite prive les pays de bras indispensables et à laquelle les dirigeants prétendent assurer un avenir.

Restent pourtant quelques questions d’importance mais encore sans réponse :

  • jusqu’où ira leur réel investissement ?
  • les négriers européens accepteront-ils de se priver de cette main-d’œuvre docile et peu exigeante ?
  • les accords de réadmission seront-ils respectés ?
  • une réelle fermeture des frontières européennes sera-t-elle mise en place pour parfaire le tout ?

Bref, les paroles c’est bien. Les actes, c’est mieux !

Le 1er décembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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