Sida : plus ça change et plus c’est la même chose…ou presque.

1 Déc

Trente-six ans que ça dure et c’est aujourd’hui la énième Journée mondiale de lutte contre le sida ! Trente-six ans pendant lesquels on aura beaucoup appris sur les rétro-virus mais plus encore…sur le monde dans lequel nous vivons.

La maladie et le virus ont été découverts dans les pays les plus développés : en 1981, aux États-Unis, quelques malades homosexuels sont signalés porteurs d’un syndrome d’immunodéficience massif ; en 1983, à Paris, l’équipe de l’Institut Pasteur identifie le virus, appelé par la suite « virus de l’immunodéficience humaine » (VIH). Au cours des premières années de l’épidémie, le monde découvre que les homosexuels et les toxicomanes sont les principales (mais pas les seules) victimes de cette maladie que l’on ne sait pas traiter, et que le virus sévit sur la planète sans connaître de frontières.

À partir de 1996, les trithérapies modifient le cours de l’infection et sauvent des vies sans pour autant guérir. Cette innovation révèle une fracture profonde dans un monde où le VIH se répand comme une traînée de poudre en Afrique et bien d’autres zones. Comme le résumait la formule qui a fait florès : les traitements au Nord, les malades au Sud.

Cela soulevait une question de fond aux multiples dimensions – politique, morale, sociale, économique, scientifique, organisationnelle –, celle de l’accès aux innovations et à la santé. Mais aussi la question des moeurs de certains et de leurs répercussions sur l’ensemble de la société, question hélas trop souvent mise sous le boisseau du « politiquement correct » (ne vous privez pas de lire « Nous aurons tout connu, même la boboïsation de la lutte contre le sida » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/06/23/nous-aurons-tout-connu-meme-la-boboisation-de-la-lutte-contre-le-sida/).

Nombreux étaient les obstacles à surmonter : traitements trop chers, infrastructures sanitaires insuffisantes. Et les refus : envoyer les médicaments antirétroviraux dans les pays du Sud allait entraîner une flambée des résistances qui allait revenir en boomerang dans ceux du Nord, affirmaient Luc Montagnier et Robert Gallo… En quelque sorte, l’innovation médicale est un luxe que seuls les pays riches pourraient s’offrir.

Le combat acharné de la communauté scientifique impliquée dans la lutte contre le VIH, l’engagement d’institutions com­me l’Onusida et d’autres nouvellement créées comme le Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme ou Unitaid, ainsi que le pragmatisme de dirigeants politiques ont renversé la tendance. Ils ont suscité la prise de conscience du fait que nous vivions dans un monde où les maladies infectieuses ne s’arrêtent plus aux frontières et où les menaces du Sud ont des répercussions au Nord. Surtout depuis que…les frontières n’existent plus et que des vagues migratoires sans précédent, venues du Sud, submergent le Nord.

Le sida a aussi mis en évidence les inégalités d’accès aux traitements à l’intérieur même des pays en développement. Principales victimes : les femmes, les hommes ayant des rapports homosexuels, les usagers de drogues, les enfants (des traitements anti-VIH devenaient disponibles mais sans formes pédiatriques).

La lutte contre le sida a entraîné dans son sillage la mobilisation contre la tuberculose et le paludisme, ainsi que contre les ma­ladies tropicales négligées. Les entreprises du médicament, du vaccin et des tests diagnostics s’étaient désintéressées pendant plusieurs décennies de ces maladies, considérées comme dépourvues de marché solvable.

Des travaux universitaires ou menés par des institutions militaires (face aux risques de bioterrorisme) avaient parfois conduit à de nouveaux traitements. Encore fallait-il passer aux étapes de développement industriel.

D’énormes progrès ont été accomplis grâce à la mobilisation politique et financière internationale. Le Fonds mondial a calculé en 2017 que les programmes qu’il soutient ont sauvé 22 millions de vies. La concurrence des médicaments génériques avait fait chuter spectaculairement le coût des traitements anti-VIH. Pour favoriser la combinaison de molécules encore sous brevet, Unitaid a lan­cé en 2010 une communauté de brevets, le Medicines Patent Pool, qui négocie avec les industriels des licences volontaires.

Et pourtant, le sida n’en finit pas de s’étendre. Même s’il est vrai que ceux qui en sont atteints en meurent moins. Pourquoi ?

Deux raisons à ce constat. D’une part la circulation des personnes (essentiellement du Sud vers le Nord) et les nouvelles contaminations que cela entraine. D’autre part la fausse sécurisation des populations à haut-risque, dans les pays développés, qu’ont instaurée les progrès thérapeutiques cités. Il en est résulté une baisse de la vigilance et des mesures de prévention, en particulier chez les homosexuels masculins. À Paris, 9 nouveaux cas sur 10 viennent d’une contamination chez les gays et les Africains.(Lire « Retour obligé sur l’épidémie de sida en France » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2015/12/08/retour-oblige-sur-lepidemie-de-sida-en-france/).

Car, dans cette affaire de « folles« , les écervelés sont légions. Résultat, les candidats à la contamination se croyant désormais invincibles, abandonnent de plus en plus l’usage des préservatifs. Et, résultats du résultat :

1/ la propagation de la maladie est repartie à la hausse (malgré l’emploi de médicaments sensés réduire les risques de contamination, la fameuse PrEP*),

2/ les autres maladies dites sexuellement transmissibles explosent…Qu’elles soient microbiennes ou parasitaires).

Le 1er décembre 2017.
Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

* Lire « Pendant qu’Agnès Buzyn veut serrer la ceinture des hôpitaux, le scandale de la PrEP ne dérange personne » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/10/24/pendant-quagnes-buzyn-veut-serrer-la-ceinture-des-hopitaux-le-scandale-de-la-prep-ne-derange-personne/

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