À la différence du président de la République, le roi Louis XIV était accessible à tous.

2 Déc

La plupart de nos « résidents » de l’Elysée, comme aime à les nommer notre Conseiller aux Armées, aussitôt élus, s’enferment dans leur palais et n’ont de contact avec les Français qu’à distance et sous bonne garde. La marque, sans doute, d’un de leurs fantasmes : le régicide !

Aucun ne se souvient pourtant que le roi Louis XIV avait compris l’importance du contact entre le souverain et ses peuples au point de décider que son palais serait ouvert et accessible à tous ses sujets.

L’exposition intitulée   » Visiteurs de Versailles, voyageurs, princes, ambassadeurs, 1682-1789 « , présentée au château de Versailles, l’illustre abondamment. La mise en scène, riche en cartes et guides d’époque, costumes, manuscrits, maquettes, plans, peintures et dessins, raconte la foule des petites gens, des courtisans et des ambassades étrangères se pressant sur la place d’Armes pour voir le roi.

 » Le Roi-Soleil fut le premier à systématiser ce lien visuel « , note Bertrand Rondot, conservateur en chef au château de Versailles et  commissaire de l’exposition. Le  souverain s’en réjouit dans ses Mémoires :  » S’il y a quelque caractère singulier dans cette monarchie, c’est l’accès libre et facile des sujets  au prince « , écrit-il en  1662, à 24 ans. Revenant sur les mesures prises au début de son règne, il affirme :  » Je donnais à mes sujets, sans distinction, la liberté de s’adresser à moi à toute heure, de vive voix (…), je m’instruisais par là en détail de l’état de mes peuples ; ils voyaient que je pensais à eux et rien ne me gagnait tant le cœur.  » Tous les lundis, dans la salle des gardes, sont ainsi reçues les requêtes des visiteurs pour obtenir un appui, un soutien financier, un arbitrage.

Versailles est certes le théâtre où Louis XIV se met en scène. Si le grand couvert, le repas dressé pour le roi, est surtout réservé aux privilégiés, c’est la procession matinale du souverain qui est la plus courue dans l’enfilade du Grand Appartement qu’il emprunte pour assister à la messe dans la chapelle royale ; ou, plus encore, les cérémonies de l’ordre du Saint-Esprit qui ont lieu dans la cour du château quatre fois l’an.

Réception dans l’ordre du Saint-Esprit

Dès la fin des années 1660, en raison des séjours plus fréquents de la cour à Versailles, un système de transport public et privé est même mis en service. Le château est à un  peu plus de 4  lieues (environ 17  km) de la capitale. Une barge fluviale part chaque matin, à 8  heures, du pont Royal, pour Sèvres et Saint-Cloud. Il en coûte 6  sols (ou sous). Le reste se fait à pied par la colline de Viroflay. Les mieux lotis prennent un coche.

Par la route, depuis Paris, un carrosse à quatre places, le plus rapide (deux heures de trajet), coûte 60 sols par personne. Des coches de seize ou huit places assurent un service régulier pour moitié prix. Les écuries accueillent deux mille  chevaux et les carrosses. Des chaises à porteurs ou des  » vinaigrettes « , chaises à deux roues, se louent jusqu’aux grilles du palais.

 » On laisse entrer tout le monde, il suffit d’être correctement vêtu, rappelle Bertrand Rondot. Pour assister aux cérémonies, les femmes doivent porter une robe à panier faisant la taille fine. Les hommes se costument en gentilshommes. Les tailleurs parisiens proposent des lés prédécoupés pour des habits à la française prêts à coudre. «  A l’entrée du château, on trouve à louer l’épée et le tricorne, pour respecter l’étiquette.

 » En  1662, année pivot, le gouvernement et la cour s’installent à Versailles « , souligne M. Rondot.

La place d’Armes vue du château

Cinquante-deux musées, institutions et collectionneurs privés ont contribué à réunir les trois cents œuvres qui servent ce récit. Parmi lesquelles la maquette en bois, carton et stuc, réalisée par Charles Arquinet en  1958, du somptueux escalier des Ambassadeurs, véritable chef-d’œuvre. Le buste de Louis XIV trônait là entre deux volées de marches, encadrées par les portraits signés Charles Le Brun représentant les envoyés des nations d’Europe, d’Afrique, d’Amérique et d’Asie. Achevé en  1679, cet ouvrage fut démoli en  1752, pour faire place aux grands salons de réception voulus par Louis XV.

Réception de l’ambassadeur du Siam

Eblouir les visiteurs étrangers et servir la gloire royale, tel était le propos. Le 1er  septembre  1686, l’envoyé du roi du Siam (la Thaïlande), tout de résille d’or vêtu, arrive à Versailles dans un palanquin en forme de pagode, exempté de porter l’habit à la française comme le voulait l’étiquette. Louis XIV l’attend dans la galerie des Glaces, devant mille cinq cents courtisans. En habit tissé d’or et brodé de  diamants, le Roi-Soleil l’accueille du haut de son trône d’argent élevé de cinq marches. Un dessin de Le Brun témoigne de la cérémonie, comme les cadeaux conservés, des cabinets en laque et autres objets précieux.

Le château vu de la place d’Armes et le roi traversant la foule en carrosse

Réalisée en partenariat avec le Metropolitan Museum of Art de New York, où elle sera présentée en avril  2018, cette exposition clôt le cycle consacré aux Bourbons. Et plus particulièrement au Roi-Soleil, dans une programmation spectaculaire :  » André Le Nôtre et ses jardins « , «  Fêtes et divertissements à la cour « , et autour des funérailles de Louis XIV, voulue par Béatrix Saule, la mémoire des Bourbons pendant plus de trente ans au château, qui a quitté la direction de ses musées.

Laurent Salomé, son successeur, veut rouvrir le musée de l’Histoire de France de Louis-Philippe. Il faut remettre en état les salles des Croisades, des Batailles et la galerie de l’Empire, avec la salle du  sacre de Napoléon. Son objectif :  » Préparer l’exposition que tout le monde attend pour commémorer les 200 ans de la mort de Napoléon, en  2021. «  Avec la plus grande collection de mobilier impérial qui est conservée à Versailles.

Que ferait aujourd’hui la République sans le souvenir des quarante rois qui firent la France ?…

Le 2 décembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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2 Réponses to “À la différence du président de la République, le roi Louis XIV était accessible à tous.”

  1. pierocanova décembre 2, 2017 à 9:22 #

    Et les écrouelles ? Les repas servis aux pauvres ?
    Tout le rite séculaire particulier au roi de France a disparu dans le faste de Versailles ..

  2. hathoriti décembre 4, 2017 à 1:48 #

    Tout cela reviendra ! Et si les présidents s’enferment dans le palais de Mme de Pompadour, c’est pour la sécurité de leur si précieuse personne, mais aussi pour leur « grandeur »…Manants, ne dérangez pas le roitelet qui travaille…à la préparation de son hélitreuillage au-dessus d’un sous marin ou pour essayer la combinaison de vol qu’il arborera à Istres (je crois) pour faire fantasmer les gourdasses qui le trouvent beau…bof …! La république est une moins que rien, elle n’est capable de rien, elle n’a rien créé mais tout détruit !

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