Pauvre Edouard Philippe ! (1re partie)

4 Déc

Non, vraiment, nous ne l’envions pas. Car Edouard Philippe n’est pas un mauvais bougre. Il n’a que la malchance d’être le Premier ministre d’Emmanuel Macron…

Or, le voilà investi d’une mission à laquelle il se donne comme personne sans doute ne l’a fait avant lui : mettre en place le référendum sur la possible future indépendance de la Nouvelle Calédonie et d’en assumer les conséquences, fruits des accords de Matignon (1988) et de Nouméa (1998). Autrement dit, il va droit au casse-pipe. Pour suivre, nous vous recommandons de relire les trois articles suivants :

1/ « Nouvelle-Calédonie : le moment de vérité approche » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/11/06/nouvelle-caledonie-le-moment-de-verite-approche/)

2/ « Ajoutons-y ceci » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/11/06/nous-parlions-ce-matin-de-la-nouvelle-caledonie-ajoutons-y-ceci/)

3/  » Nouvelle Calédonie : le référendum de tous les dangers« (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/11/22/nouvelle-caledonie-le-referendum-de-tous-les-dangers/).

Arrivé en début de matinée samedi 2  décembre à Nouméa, pour une visite de quatre jours, Edouard Philippe a commencé son  » cheminement  » en Nouvelle-Calédonie par une cérémonie d’honneurs militaires, en compagnie de toutes les autorités locales, sur la place Bir-Hakeim. Puis il a effectué une courte déambulation au marché de la ville, la musique locale ayant cette fois remplacé la musique militaire, avant de commencer ses premiers entretiens politiques au siège du gouvernement territorial. Une rencontre dont le déroulement, jusqu’au dernier moment, est resté incertain puisque, la veille de l’arrivée du premier ministre, le gouvernement n’était toujours pas parvenu à élire son président.

A l’issue d’interminables négociations entre les différentes parties représentées au Congrès et au  gouvernement, non-indépendantistes et indépendantistes, un accord s’est dessiné dans la soirée du jeudi 30  novembre.  Vendredi 1er décembre, les onze membres du gouvernement ont élu Philippe Germain (Calédonie ensemble) à la présidence par dix voix sur onze – cinq loyalistes et cinq indépendantistes –, seul le représentant des Républicains calédoniens votant nul. Les dix voix se sont également portées sur l’indépendantiste Jean-Louis d’Anglebermes (Union calédonienne) pour la vice-présidence. C’est la première fois depuis 2009 que le gouvernement calédonien retrouve un mode de collégialité.  » C’est un beau symbole, un geste fort, de renouer avec cet état d’esprit « , s’est félicité M. Germain, mettant cet accord sur le compte de  » la dynamique positive lancée lors de la réunion du comité des signataires « , le 2  novembre à Matignon.

Les gestes symboliques ne vont d’ailleurs pas manquer au programme d’Edouard Philippe puisqu’il se rendra à la fois sur la tombe de Jacques Lafleur, le dirigeant historique du RPCR dans les années 1980, sur celle de Jean-Marie Tjibaou, le chef du FLNKS, artisan du rapprochement, assassiné en  1989, mais aussi sur celle du soldat Wabete Kalepo, jeune Kanak mort au  » champ d’honneur  » le 25  octobre 1918, à la fin de la première guerre mondiale, et dont le corps a été rapatrié quatre-vingt-dix-neuf ans après sur son île natale, à Tiga.

Un programme dense, politiquement et émotionnellement aussi avec, à la clé, une échéance déterminante : pour la première fois, un territoire colonisé par la France, au sens des critères reconnus par l’Organisation des nations unies, doit se prononcer sur son avenir, décider d’être ou ne pas être dans la République. Un enjeu majeur.

Le Premier ministre a donc pu faire un premier tour de table avec les responsables de l’exécutif. Il a redit être déterminé à  » faire en sorte que l’Etat joue pleinement son rôle et soit acteur du processus «  qui doit mener à la consultation sur l’accession à la pleine souveraineté qui doit avoir lieu en novembre 2018 au plus tard.  » L’Etat acteur, c’est un Etat qui prend ses responsabilités et qui fait part de ses orientations et de ses attentes, a noté M.  Philippe dans un entretien aux Nouvelles calédoniennes de samedi. C’est aussi un Etat qui dit ce qui n’est pas possible.  » Et c’est là, bien sûr qu’il est attendu.

Car, il reste à définir le  » pas possible « , tout le monde ici n’en ayant pas la même conception. La volonté du gouvernement, toutefois, est de parvenir à dégager le plus large front de rassemblement sur une définition commune. Dans le même entretien, M.  Philippe ouvre quelques pistes de travail et de discussions avec les élus et les forces politiques de Nouvelle-Calédonie. Il précise bien que le référendum ne doit pas conduire à  » revenir à un état passé « , qu’ » il y a des acquis irréversibles « . Pas question, par conséquent, de remettre en cause le haut niveau d’autonomie atteint par le territoire. Mais, ajoute-t-il,  » ne nous interdisons pas d’être innovants  » pour consolider  » la construction du destin commun (…) l’horizon que chacun doit chercher à atteindre « . Que de belles paroles. À la manière de son maître. Mais quels seront les actes fin 2018 et après ?

A l’issue de cette réunion, le premier ministre a précisé la position du gouvernement.  » Je souhaite que le Congrès – du territoire – puisse proposer une date pour la tenue du référendum et la question qui sera posée « , a-t-il fait savoir sur le perron du Haut-Commissariat. Autrement dit, s’il réaffirme l’engagement de l’Etat à être acteur du processus, il souhaite également que les différentes parties prennent leurs responsabilités. L’Etat, alors, sera à leurs côtés pour faire émerger des points de convergence et engager une discussion sur ce qui se passera après le référendum.  » Ce qui m’a frappé, c’est la profonde envie de l’ensemble des parties de donner toute sa chance au dialogue, pour déterminer les conditions d’une vie commune, pacifique, prospère, adaptée aux réalités de la Nouvelle-Calédonie « , s’est félicité M. Philippe…un peu idéaliste.

Tout en reconnaissant qu’ » il y a des évolutions « , Paul Néaoutyine, le dirigeant du Parti de libération kanak (Palika), président de la province Nord, constate qu’il y a encore des divergences, notamment sur le transfert des compétences prévues à l’article  27 de l’accord de Nouméa, portant sur le contrôle de légalité des provinces et des communes, la recherche et la communication audiovisuelle, ainsi que sur l’Agence de développement rural et d’aménagement foncier.  » Que ceux qui ont signé avec nous l’accord de Nouméa prennent leurs responsabilités, prévient le dirigeant indépendantiste. Je ne vois pas comment un processus de décolonisation qui prévoit l’accession à la pleine souveraineté pourrait se dénouer autrement que par le haut.  »

Il y a pourtant un problème dont personne ne parle et qui est pourtant lourd de conséquences potentielles. Que se passera-t-il si la majorité des Néo-Calédoniens rejetaient l’idée d’indépendance ? Car, pour le moment, tous font  » comme si « . Comme si l’indépendance ne faisait aucun doute.

Mais, si ce n’était pas le cas, que se passerait-il ? Pensez-vous un instant que la minorité indépendantiste, essentiellement Mélanésienne (Kanaks), l’accepterait sans broncher et sans manifester la violence endogène qu’on lui connaît ? D’autant que le tissu social du territoire s’y prête chaque jour davantage comme nous allons le montrer dans un prochain article.

Non, vraiment, nous ne l’envions pas.

Le 4 décembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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Une Réponse to “Pauvre Edouard Philippe ! (1re partie)”

  1. Hervé J. VOLTO décembre 5, 2017 à 7:11 #

    Mais… la République n’était-elle pas une et indivisible ?

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