Budget des armées : « Quand c’est fini N.I. ni-ni Ça recommence. »

5 Déc

Le feuilleton des joutes budgétaires entre le ministère des armées et celui des finances n’en finit pas. Le gouvernement veut plafonner les  » reste à payer  » des administrations – leurs engagements pris sans les crédits correspondants – au niveau de 2017, pour les trois ans qui viennent. L’idée est de ramener l’Etat à la vertu. Problème : la défense est à la fois le premier investisseur étatique et la championne de ces reports de charge, le paiement des navires, avions et blindés s’étalant sur plusieurs décennies parfois. Son  » ardoise  » représente 50  milliards d’euros sur les 107  milliards de restes à payer de l’Etat.

L’ennemi est l’article 14 de la loi de programmation des finances publiques pour 2018 à 2022, qui fixe la règle. Le Sénat a tenté en vain de l’amender. Mercredi 13  décembre, le texte sera examiné en commission mixte paritaire, et l’Assemblée tranchera.  » C’est problématique, convient le président (LRM) de la commission de la défense, Jean-Jacques Bridey, car il existe une spécificité de la défense. Quand le président va lancer le chantier des quatre prochains sous-marins nucléaires lanceurs d’engins pour la dissuasion, il va y avoir d’énormes restes à payer. Même chose quand il va décider de remplacer le porte-avions, or, il faut prendre ces décisions. «  La prochaine loi de programmation militaire, pour 2019-2025, est déjà en préparation.

L’écart entre les autorisations d’engagement et les crédits de paiement se monte à 35  milliards d’euros pour les équipements militaires. De façon plus préoccupante, a souligné la commission des finances de l’Assemblée, le décalage (15  milliards) augmente aussi pour des postes moins justifiés comme la recherche et développement, l’immobilier ou l’entretien des matériels. Prise en tenaille entre les ressources disponibles et le niveau de ses opérations, la défense se retrouve dans un carcan de plus en plus rigide.

Va-t-on vers une impasse ?  » Soit on vide l’article  14 de sa substance en accordant une exception, soit on obère d’emblée la programmation militaire 2019-2025 « , analyse une source proche du dossier.  » Sous prétexte de bonne gestion, Bercy veut limiter les investissements des armées, critique Christian Cambon, le président (LR) de la commission des affaires étrangères du Sénat. Le décalage est total entre le langage officiel sur les 2 % du PIB pour la défense en  2025 et le fait qu’on les reprenne, morceau par morceau, de l’autre main.  » Un vieux débat s’il en est. 

Ainsi, les sénateurs se sont abstenus, le 29  novembre, sur le budget 2018 des armées (34,2  milliards d’euros), en hausse de 1,8  milliard. Raison : 700  millions d’euros de crédits restent gelés en 2017. Le dégel  » est en négociation « , indique-t-on chez la ministre Florence Parly.  » Il s’agit d’exprimer une abstention vigilante, explique M. Cambon. Nous traînons ces gels de crédits comme un boulet, ils s’ajoutent aux 850  millions annulés cet été sur les équipements, aux 200  millions de charge nouvelle des opérations extérieures, aux reports de charges… nous allons entrer dans la nouvelle programmation militaire avec un retard de plus de 3,5  milliards d’euros ! « 

Dans un climat tendu, les armées s’affrontent aussi entre elles. L’armée de l’air craint d’avoir le plus à perdre, soulignant qu’elle a supporté  » 50 % des réductions d’effectifs «  sur la dernière période. Devant la commission de la défense, fin octobre, le général André Lanata a assuré que les retards d’investissement pesaient trop lourd. En  2016,  » c’est un tiers des capacités actuelles de l’armée de l’air qui ont été consommées à partir de la seule base de Jordanie « , d’où partent les opérations en Irak et Syrie, a-t-il illustré. Le chef de la marine estime aussi que les besoins ont été sous-calibrés.  » Quinze frégates sont prévues en  2030, j’en ai actuellement 17 et je n’arrive pas à faire tout ce que je devrais faire « , affirme l’amiral Christophe Prazuck.

L’armée de terre, priorisée après les attentats de 2015 avec le recrutement de 11 000 soldats, ne veut pas voir ce capital fondre. Elle doit fidéliser les jeunes recrues, qui attendent opérations et matériels plus modernes, et veut accélérer le programme Scorpion de renouvellement des blindés.  » Si les lois de programmation militaire précédentes avaient été respectées, nous aurions déjà des Scorpion « , estime le général Jean-Pierre Bosser. Et c’est ainsi que de retards en gels successifs on appauvrit nos forces et on les prive de moyens d’action. Mais, pendant ce temps-là, des soldats de métier font les cent pas devant des musées ou des synagogues…

Comme nous ne cessons de le répéter, le réveil a toute chance d’être douloureux.

Le 5 décembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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