Pour nous, c’est NON !

8 Déc

Nous n’avons jamais été des contempteurs de Donald Trump et nos raisons ne manquent pas. Pourtant, nous n’acceptons pas la décision du président des Etats-Unis de reconnaître la ville de Jérusalem comme étant la capitale de l’Etat d’Israël. Car notre Jérusalem céleste n’est pas la sienne ni celle de ses électeurs (essentiellement les chrétiens évangéliques*). Pas plus que nous n’acceptons de nous prêter à un marché de dupes, organisé par certains de ses proches avec Israël, l’Arabie saoudite et les Emirats du Golfe persique, ainsi que nous l’évoquions hier (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/12/07/le-monde-le-decouvre-mais-le-cer-lannoncait-deja-en-2013/). 

Hélas, les mises en garde n’auront servi à rien et Donald Trump a pris sa décision, annoncée hier mercredi 6 décembre. Mais il est à craindre que cette affaire finisse mal. La volonté du président américain de rompre avec la pratique de ses prédécesseurs depuis soixante-dix ans l’a emporté, au risque d’embraser le Proche-Orient, de fragiliser ses alliés arabes régionaux et de compromettre ses propres efforts de médiation entre Israël et l’Autorité palestinienne.

Depuis l’Embassy Act, voté par le Congrès américain en  1995, qui prévoyait le déménagement de l’ambassade pour Jérusalem, chaque président disposait de la possibilité, tous les six mois, de reporter cette opération au nom de la  » sécurité nationale des Etats-Unis « . Mais Donald Trump, qui avait promis ce déménagement pendant sa campagne, a tenu parole.

Une telle décision isolera totalement les Etats-Unis. L’occupation de la partie orientale de Jérusalem par Israël, en juin  1967, puis son annexion et la proclamation de Jérusalem comme  » capitale indivisible  » d’Israël n’ont été reconnues par aucun Etat.  » Une telle initiative unilatérale et mal maîtrisée va déstabiliser encore un peu la région « , s’inquiète-t-on à Paris.

Emmanuel Macron a eu un long entretien téléphonique, mardi, avec Donald Trump. Il a rappelé, selon le communiqué de l’Elysée, que  » la question du statut de Jérusalem devra être réglée dans le cadre des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens, visant particulièrement à l’établissement de deux Etats vivant côte à côte en paix et en sécurité avec Jérusalem pour capitale « . Cette position traditionnelle de la France est également partagée par les autres pays membres de l’Union européenne (UE).

Même si le président américain renvoyait le statut final de la ville et son périmètre à des négociations bilatérales, sans écarter l’idée que Jérusalem-Est devienne la capitale d’un éventuel Etat palestinien, la reconnaissance immédiate de Jérusalem comme capitale israélienne risque de provoquer une déflagration. Elle alimentera, chez les Palestiniens, l’idée d’une nouvelle trahison de leurs aspirations, alors que, dans le plus grand secret, une équipe restreinte de conseillers fait la navette entre Washington et le Proche-Orient depuis des mois, dans le but de présenter, début 2018, une nouvelle feuille de route pour la paix.

Les propres alliés régionaux des Etats-Unis sont pris à revers. Mardi, le roi de Jordanie, Abdallah II, a, une nouvelle fois, averti Donald Trump des  » implications sérieuses qui mettront en péril les efforts pour reprendre le processus de paix et qui froisseront aussi bien les musulmans que les chrétiens « . Au  Caire, Abdel Fattah Al-Sissi a également conseillé au président américain de ne pas  » compliquer  » davantage la donne régionale. Même le ministère des affaires étrangères saoudien affirme hypocritement que cette décision  » aura de très graves conséquences et constituerait une provocation pour tous les musulmans « . Hypocritement parce que, en vérité, ainsi que nous l’avons montré hier, il existe une réelle volonté d’entente hégémonique entre Riyad et Tel-Aviv dont les Palestinien feront à coup sûr les frais.En Turquie, le président, Recep Tayyip Erdogan, a menacé de rompre de nouveau les relations diplomatiques avec l’Etat hébreu. 

Mais qui se soucie, dans tout cela, des lieux saints et de la place non négociable du christianisme ? Le pape François élèvera-t-il la voix ?

 » Trump est un pyromane, qui va mettre le feu à toute la région avec sa folie « , a réagi le leader de la Liste arabe unie, le député israélien Ayman Odeh. L’avocat Daniel Seidemann, qui dirige l’ONG Jérusalem terrestre, estime pour sa part que la décision de M.  Trump «  marque l’acte de décès de la propriété américaine sur le processus de paix, sans rien pour la remplacer. Quand il y a zéro espoir et perspective, tout devient instable « . Dès mardi soir, les citoyens américains ont été priés d’éviter la vieille ville de Jérusalem et la Cisjordanie…

Mahmoud Abbas a appelé le roi de Jordanie, ainsi que le roi du Maroc, Mohammed VI, et le président russe, Vladimir Poutine, afin de leur demander de s’opposer à l’initiative américaine. Mais le  » raïs  » palestinien, qui a toujours privilégié le dialogue avec Israël, se trouve sous pression. Les factions palestiniennes ont appelé à trois journées de la colère, dès mercredi, dans les territoires occupés. Le sort de Jérusalem, et plus encore de l’esplanade des Mosquées (mont du Temple pour les juifs), où se trouve la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l’islam, est le seul étendard qui rassemble tous les Palestiniens.

A Ramallah, Mustafa Barghouti, membre du comité central de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), estime que  » l’acte irréfléchi de Trump peut conduire à un véritable soulèvement populaire. «  Selon lui, l’Autorité palestinienne devrait tirer les conséquences de cette décision de Washington.  » Il faut arrêter tout contact diplomatique avec l’équipe Trump dès l’annonce officielle, et surtout avec son équipe de paix, qui est en fait une équipe de déstabilisation. « 

Alors que le processus de réconciliation entre le Fatah – la formation de M.  Abbas – et le Hamas se poursuit, le mouvement islamiste armé clame que  » toutes les lignes rouges sont franchies « . A Gaza, Ahmed Youssef, considéré comme une figure pragmatique du Hamas, s’attend lui aussi à une forte mobilisation, dans les territoires occupés comme en Jordanie. Selon lui, le seul impact positif de ce tremblement de terre sera  » une accélération de la réconciliation entre factions, parce qu’on voit bien – qu’ils ont – besoin d’unité pour renforcer – leurs – positions face au défi de l’administration américaine « .

BREF, ÇA SENT LA POUDRE.

Le 8 décembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* N’oubliez pas ceci : Le rapport des chrétiens évangéliques américains avec Israël relève de l’identité. Une enquête du Pew Research Center a montré, en  2014, que plus de 80  % d’entre eux sont convaincus d’un don divin d’Israël au peuple juif, alors que 40  % seulement des Américains de confession juive partage cette conviction.

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