Billet d’humeur du sieur Du Plessis : les nationalistes corses au pied du mur.

13 Déc

Et, après les résultats des élections organisées pour constituer la nouvelle collectivité territoriale (une usine à gaz inventée par le gouvernement de François Hollande par la loi du 7 août 2015), le paysage politique corse est inédit. Nous pensions avoir TOUT vu et TOUT connu de ce turbulent territoire insulaire acheté par Louis XV à la République de Gènes (trop heureuse de s’en débarrasser) en 1768 et offert à la France qui ne sut jamais quoi en faire (Lire « Kalliste ou le cadeau empoisonné de Louis XV » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2012/10/29/le-billet-dhumeur-du-sieur-du-plessis-kalliste-ou-le-cadeau-empoisonne-de-louis-xv/). Nous avions tort car, avec la Corse, TOUT ne veut rien dire !

Avec 56,5 % des suffrages exprimés en leur faveur, une progression de 13 000 voix entre les deux tours et 41 élus sur 63 dans la future Assemblée de Corse, les nationalistes de Pè a Corsica ( » Pour la Corse « ) se sont arrogé dimanche soir la plus confortable majorité jamais constatée dans l’histoire de l’institution, obtenant pratiquement le double de l’ensemble des sièges conquis par une opposition désormais réduite à un rôle de figuration tout au long de la mandature à venir mais qui l’a bien cherché… La droite régionaliste de Jean-Martin Mondoloni n’obtient que dix élus ; la liste soutenue par Les Républicains menée par Valérie Bozzi, six ; autant que celle de Jean-Charles Orsucci, adoubé par la commission d’investiture de La République en marche.

A Bastia, sitôt les résultats connus, plusieurs centaines de personnes ont convergé vers la place du Marché, siège du bureau centralisateur de la ville, sur laquelle un chapiteau utilisé la veille pour une course pédestre avait été réservé par l’équipe de campagne de Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni, les deux responsables nationalistes. Depuis les résultats du premier tour (46 % des voix pour Pè a Corsica), dimanche 3  décembre, l’issue d’une élection jouée d’avance ne faisait plus aucun doute.  » L’électorat a tranché de manière claire « , reconnaissait dimanche soir M.  Mondoloni, dorénavant à la tête de la principale force d’opposition.

 » Nous savons que nous avons énormément de travail devant nous, a déclaré M. Simeoni, tête de liste Pè a Corsica et président sortant du Conseil exécutif, le mini-gouvernement de l’île dans une formule politique creuse qui signifie tout simplement : « Mais, Bon Dieu, qu’allons-nous faire de ça ?… » Car, évidemment, ni lui ni ses acolytes ni leur parti n’ont la moindre réponse à apporter au mal être des Corses qui s’enracine dans plus de deux mille ans de désordre, de frustration et d’illusion :

« L’île de Cyrnos est connue des Romains sous le nom de Corsica. La vie y est partout misérable, la terre n’est que rocs, la plus grande partie du pays totalement impénétrable. Aussi les bandits qui occupent ces montagnes et vivent de rapines sont-ils plus sauvages que des bêtes fauves. Parfois les généraux romains y font des incursions, et après les avoir vaincus ramènent de très nombreux esclaves, et Rome voit alors avec stupéfaction à quel point ils tiennent du fauve et de la bête d’élevage. En effet, ils se laissent mourir par dégoût de la vie, ou excèdent à tel point leur propriétaire par leur apathie et leur insensibilité qu’ils lui font regretter son achat, si peu qu’il ait dépensé. Il y a cependant certaines portions de l’île qui sont, à la rigueur, habitables, et où l’on trouve même quelque petites villes, telles que Blésinon, Charax, Eniconiae et Vapanes .»

Strabon, Géographie, V, II, 7

 » Les Corses ont réitéré leur confiance de manière massive à notre majorité, a ajouté M.  Talamoni. Paris ne pourra pas rester longtemps dans le déni de démocratie ou alors, bien sûr, nous serons conduits à susciter des mobilisations populaires en Corse, à faire le tour des capitales européennes pour dénoncer l’attitude de la France. Mais j’espère que nous n’en arriverons pas là et que la raison finira par triompher, y compris à Paris, pour que des négociations s’ouvrent dans les semaines à venir.  » Chassez le naturel, il revient au galop !

Tout au long d’une campagne qui a pris des allures de chronique d’une victoire annoncée, les nationalistes corses n’ont cessé de rappeler leur volonté d’aboutir à un statut d’autonomie  » de plein exercice «  dans les trois années à venir, pour une mise en œuvre effective  » dans les dix ans « , en tentant de désamorcer les attaques répétées de leurs adversaires. Ceux-ci ont notamment dénoncé – sans véritablement convaincre – la  » tentation indépendantiste «  de la liste Pè a Corsica, sur la constitution de laquelle a pesé Charles Pieri, vétéran de la  » lotta armata « , la  » lutte armée  » du FLNC, et condamné en  2005 à dix ans de prison pour extorsion de fonds et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Au-delà des  » espoirs d’autonomie et de processus d’autodétermination « , une tâche d’une ampleur considérable attend donc les nouveaux responsables politiques corses, dorénavant à la tête d’une région fragilisée par la précarité (Lire « Que nous réserve la prochaine élection territoriale en Corse ? » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/11/28/que-nous-reserve-la-prochaine-election-territoriale-en-corse/) et dont le quotidien reste marqué par la violence : entre les deux tours, l’actualité y a été marquée par l’assassinat de Tony Quilichini, une figure du grand banditisme local et, dans la nuit de samedi, par un attentat perpétré contre le restaurant d’un camping à Olmeto-Plage (Corse-du-Sud)…

 » Nous ne pourrons pas tout faire pour lutter contre la précarité, nous n’en avons même pas les moyens juridiques, mais nous avons pris la mesure du problème et nous agirons en conséquence « , promettait dimanche soir un cadre de Corsica Libera, la composante indépendantiste de la liste Pè a Corsica, qui disait également avoir  » reçu l’autre message des électeurs «  : avec 47 %, le taux d’abstention enregistré à chaque tour est le plus important dans l’île depuis la création de l’Assemblée de Corse en  1982.

Le grand chantier des prochains mois – voire des prochaines années – reste cependant la mise en œuvre de la future collectivité unique, fusion de l’actuelle collectivité territoriale et des deux départements de la Haute-Corse et de la Corse-du-Sud, une entité inédite dans l’architecture institutionnelle française, dotée de plus d’un milliard d’euros de budget et animée par plus de 4 000 agents. Désormais pourvus d’une majorité écrasante dans une institution aux pouvoirs élargis, les nationalistes corses sont  » condamnés à réussir « .

À moins qu’ils soient CONDAMNÉS TOUT COURT.

Le 13 décembre 2017.

Du Plessis

 

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4 Réponses to “Billet d’humeur du sieur Du Plessis : les nationalistes corses au pied du mur.”

  1. Hervé J. VOLTO décembre 14, 2017 à 10:56 #

    Les Corses font avec Paris ce que les Français devraient faire avec Bruxelles.

  2. Hervé J. VOLTO décembre 14, 2017 à 11:00 #

    Auprès du Chef de l’Etat devrait institué un consei appelé à donner son avis sur les questions intéressant le domaine Corse. Ce conseil comportera des personalités locales.

    En Corse, le représentant de l’Etat, nommé par le Chef de l’Etat parmi des personlités Corses présentées à lui, sera assisté du parlement Corse.

    La loi fixera les conditions dans lesquelles s’exercera la participation traditionnelle de la Corse à la représentation nationale.

    Le conseil Corse sera formé :

    Pour deux tiers, de membres élus par les conseils municipaux de l’Ile de Beauté.

    Pour un tiers, de membres nommés par le gouvernement sur la proposition du gouverneur de l’Ile Rousse et parmi les élites de la province corse.

    La durée du mandat est de six ans. Ce mandat est incompatible avec celui de député ou de sénateur.

    Le nombre des conseillers provinciaux est, pour la Corse, égal à celui des sénateurs et des députés.

  3. Hervé J. VOLTO décembre 14, 2017 à 11:06 #

    Il faudrait donner à la Corse un statut de Région à part entière et l’autonomie d’une Région d’Outre-Mer.

    Les territoires d’Outre-Mer de la France ont une organisation particulière tenant compte de leurs intérêts propres dans l’ensemble des intérêts de la France.

    Cette organisation est définie et modifiée par la loi après consultation de l’assemblée territoriale intéressée.

    L’Outre-Mer est régi par des législations particulières.

    Auprès du Chef de l’Etat sera institué un conseil. d’Outre-Mer appelé à donner son avis sur les questions intéressant le domaine Français d’Outre-Mer. Ce conseil comportera des personalités locales.

    La loi fixe les conditions dans lesquelles s’exercera la participation traditionnelle de certaines colonies à la représentation nationale.

    Le conseil Corse sera formé :

    Pour deux tiers, de membres élus par les conseils municipaux de l’Ile de Beauté.

    Pour un tiers, de membres nommés par le gouvernement sur la proposition du gouverneur de l’Ile Rousse et parmi les élites de la province corse.

    La durée du mandat est de six ans. Ce mandat est incompatible avec celui de député ou de sénateur.

    Le nombre des conseillers provinciaux est, pour la Corse, égal à celui des sénateurs et des députés.

  4. Hervé J. VOLTO décembre 14, 2017 à 11:07 #

    La Corse devra possèder une organisation particulière tenant compte de ses intérêts propres dans l’ensemble des intérêts de la France.

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