Le chômage ne s’améliore pas mais le pire est peut-être ailleurs.

23 Déc

Et c’est là le paradoxe de l’économie française : le chômage ne diminue pas ( 3 742 300 personnes sans aucun emploi et 5 923 200 en incluant celles qui n’ont que des emplois précaires) et, parallèlement, sur un an environ 300 000 postes professionnels ne trouvent pas preneur ! Cherchez l’erreur.

Selon une étude diffusée, mardi 19  décembre, par Pôle emploi, le nombre de projets d’embauche auxquels les entreprises renoncent, faute d’avoir trouvé un candidat, atteint des niveaux importants : de l’ordre de 200 000  à 330 000, sur une année. Des statistiques qui tombent à point nommé, à l’heure où s’engage une réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle qui vise précisément à mieux ajuster l’offre de main-d’œuvre aux besoins des employeurs.

L’enquête de Pôle emploi porte  » sur un échantillon d’établissements  » ayant déposé une offre  » clôturée  » au cours du premier trimestre 2017 – soit un panel de  » réponses exploitables «  émanant de quelque 9 000  sites. Les informations recueillies sur cette base ont ensuite été extrapolées à l’ensemble des petites annonces remises à l’opérateur public, sur douze mois.

Premier enseignement : parmi les 3,2  millions d’offres déposées à Pôle emploi en une année, 90 % d’entre elles (soit 2,9  millions)  » ont été pourvues « . Dans la moitié des cas, le patron est parvenu à ses fins  » en moins de trente-huit jours « .  » Près de six mois après «  l’intégration du salarié, 92  % des employeurs se déclarent  » très satisfaits ou assez satisfaits « .

S’agissant des quelque 300 000  propositions de poste qui n’ont pas trouvé preneur, près d’un tiers correspondent à des  » annulations en raison de la disparition du besoin (perte d’un marché ou d’une commande) ou du manque de budget  » ; on compte par ailleurs 17  % d’offres  » pour -lesquelles le recrutement se poursuit « . Le solde (environ 150 000  offres) représente les projets d’embauche qui tombent à l’eau  » faute de candidat «  – soit 4,7  % des petites annonces adressées à Pôle emploi ; les entreprises ont pourtant reçu des candidatures, dans presque neuf cas sur dix, mais bien souvent en quantité limitée (cinq au maximum).

Les raisons mises en avant par les entreprises pour expliquer l’échec de leur démarche sont diverses : la première,  » pour 77 % des recruteurs « , tient  » au manque d’attractivité du poste «  ( » déficit d’image « , rémunération jugée trop faible – parfois du fait d’exigences abusives -). Vient ensuite  » la nature spécifique du poste « , qui requiert une  » technicité pointue  » ou des  » habilitations particulières «  (ce facteur est cité par 71 % des employeurs ayant renoncé à leur projet). Puis sont évoqués  » le manque d’expérience «  (70 %),  » le manque de motivation  » (69 %),  » le manque de compétences «  (67  %),  » le manque de diplôme ou de formation «  (45  %). Les  » abandons de recrutement faute de candidats «  se produisent, à une écrasante majorité, dans le secteur des services (72  %). Les autres secteurs touchés dans une moindre mesure sont le commerce (13  %), la construction (7  %) et l’industrie (6  %).

Tous ces facteurs prouvent, si nous en avions besoin, que la tragédie de l’emploi en France réside dans les défaillances criantes de la formation de nos jeunes auxquelles il faut ajouter l’absence de culture et de compétence de la masse sans cesse plus nombreuse de ceux qui sont issus d’une immigration débridée. Notion évidente que bien peu acceptent d’entendre.*

Ces ratios ont été calculés à partir des propositions de postes transmises par des entreprises à Pôle emploi. L’opérateur public a cherché à aller plus loin, en évaluant le nombre total d’abandons de recrutements faute de candidats,  » qu’il y ait eu dépôt d’offre ou non  » auprès de ses services : ce chiffre oscillerait entre 200 000  et 330 000 sur une année. En  2015, c’était moins, lorsque cette recherche avait été conduite pour la première fois, mais les données ne peuvent pas être comparées, indique-t-on à Pôle emploi, car les méthodes d’enquête ne sont pas les mêmes. En outre, une partie des recherches infructueuses concerne des postes de courte, voire de très courte durée, qui ne se seraient pas convertis en emplois pérennes. Et  » l’abandon d’un recrutement, par une entreprise donnée, faute de candidat, ne fait pas disparaître pour autant le besoin économique, – si bien qu’ – il se peut qu’un concurrent puisse y répondre « , souligne l’enquête.

Mais les difficultés rencontrées par les entreprises n’en sont pas moins réelles et sont surtout plus aiguës, depuis deux ans, du fait de la reprise économique, qui a entraîné une hausse des embauches (+ 9  % s’agissant des CDI et des CDD, entre le premier semestre 2015 et le premier semestre 2017).  » Il y a des secteurs où l’on peine à trouver le personnel qualifié, témoigne Alain Griset, président de l’Union des entreprises de proximité (artisanat, commerce, professions libérales). L’alimentaire et le bâtiment sont les plus touchés. Ce n’est pas facile de trouver un bon couvreur ou un bon charpentier.  » Construire, au pays, une case de village ou le riad d’une médina exige sans doute moins de compétence…

De son côté, l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) a dressé le  » top  10 des métiers dont le recrutement est jugé le plus difficile « , en se fondant sur l’enquête  » besoins de main-d’œuvre «  (BMO), qui, elle, est réalisée tous les ans par Pôle emploi. Arrivent au sommet de cette hiérarchie les usineurs, les soudeurs et les chaudronniers, si l’on raisonne sur l’ensemble du territoire – les tensions dans chaque région, prise isolément, pouvant affecter d’autres professions (par exemple les ingénieurs et cadres d’étude en Ile-de-France).

Ex-délégué général à la formation professionnelle et ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, Bertrand Martinot considère que  » la statistique inquiétante porte sur les près de 40 % d’employeurs interrogés par Pôle emploi, dans le cadre de l’étude BMO, qui affirment avoir des “difficultés de recrutement” « . Ce pourcentage est atteint  » alors même que le chômage est de 9,4  % « , déplore-t-il.

L’idée de résorber le stock d’emplois non pourvus est un vieux serpent de mer dans les politiques publiques. Plusieurs gouvernements ont cherché à s’y attaquer – dont ceux de Jean-Marc Ayrault et de Manuel Valls. Ce dernier en  avait parlé lors de la conférence sociale d’octobre  2015. Avec, manifestement, des résultats peu encourageants.

Voulez-vous savoir pourquoi ? Parce que aucun d’entre eux ne pose (ou n’accepte de poser) les bonnes questions.

Le 23 décembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Souvenez-vous d’Emmanuel Macron s’enthousiasmant de l’accueil par Angela Markel de plus d’un million de migrants en Allemagne : « C’est d’abord notre dignité mais c’est aussi une opportunité économique, car ce sont ces hommes et des femmes qui ont des qualifications remarquables. » Quelle imposture !

Publicités

Une Réponse to “Le chômage ne s’améliore pas mais le pire est peut-être ailleurs.”

  1. Hervé J. VOLTO décembre 23, 2017 à 2:44 #

    C’est parce que M. Pons a le mérite de dénoncer avec lucidité l’imposture Marcon que nous devons lui suggérer avec énergie de ne pas nous abandonner.

    S’il n’avait pas un S à la fin de son nom, nous pourrrions lui attribuer ce slogan publicitaire attaché à marion Maréchal Le pen :

    -MARION, TIENS BON !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :