Nous vous l’avions dit, les plages et les ports algériens ne sont qu’à 750 km des côtes françaises et moins encore de l’Espagne…

23 Déc

Et ce n’est pourtant pas faute d’avoir prévu que l’effondrement économique et social de l’Algérie de Bouteflika serait à l’origine de l’arrivées de nouvelles hordes migrantes (ne manquez pas de lire « Et ça ne va pas s’arranger » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/01/06/bulletin-climatique-quotidien-6-janvier-2017-de-la-republique-francaise/).

 » Des jeunes qui partent ? Il y en a plein, dit un pêcheur. Ils cachent leur matériel dans le port et viennent le chercher au dernier moment. «  Kristel, 3 000 habitants, n’est qu’à une vingtaine de  kilomètres d’Oran. C’est l’un des principaux points de départ des harragas ( » ceux qui brûlent les frontières « ) de la région. En  2017, le nombre d’Algériens arrêtés par l’armée alors qu’ils tentaient de rejoindre l’Europe par la mer a été multiplié par trois par rapport à 2016, pour frôler le seuil de 5 000 personnes.

A Kristel, les contrôles de gendarmerie sont devenus si fréquents que plus un pêcheur ne sort sans les papiers de son navire.  » Ici, on est au point le plus proche d’Almeria « , sur la côte espagnole, explique un pêcheur. Lui-même a vécu en Europe et a tenté d’y rester après l’expiration de son visa, avant d’être arrêté, retenu dans un camp puis expulsé.  » Pour être bien dans la vie, il faut avoir une voiture, un travail, une maison et une femme. En Europe, tu peux avoir ça facilement « , assure-t-il.

Amin, chauffeur de taxi, ajoute :  » En Algérie, les frais d’un mariage sont exorbitants, les loyers sont chers, le prix des voitures a explosé à cause des restrictions d’importation. En Europe, il y a moins de contraintes. Tu peux acheter une bonne voiture d’occasion pour quelques centaines d’euros.  » Ou comment notre société, ravagée par le consumérisme nous amène d’autres types de ravages !

Tous affirment comprendre pourquoi les départs sont si nombreux.  » Ici, les jeunes n’ont pas de place. On fait des extensions de contrat à ceux qui ont 60  ans, mais un jeune de 28  ans ne trouve pas de travail, déplore un pêcheur. Des harragas, il y en a depuis les années 1990. Les enfants – de cette époque – ont grandi, ils veulent faire pareil maintenant. « 

En  2008, confrontée à d’importants départs de migrants depuis ses côtes, l’Algérie avait modifié son code pénal et durci les condamnations en cas d’émigration irrégulière. Depuis, les Algériens arrêtés à l’étranger et expulsés sont jugés à leur retour. Voilà de très bonnes dispositions. Hélas,  » Les juges prononcent principalement des peines avec sursis « , précise un avocat du barreau d’Oran. La loi, qui prévoit entre deux et six mois de prison, n’est donc plus un frein aux départs.

Dans le quartier Saint-Pierre, dans le centre historique d’Oran, de nombreux jeunes sont partis par bateau cette année. Farida a un camarade de classe qui a été arrêté alors qu’il prenait la mer. Lors du procès, son ami a dit au juge :  » Si vous avez un emploi, donnez-le moi. Sinon, je vous jure que je reprends la mer dès que je sors du tribunal.  » Titulaire d’un master de biotechnologie végétale obtenu en  2012, le jeune homme a été embauché par l’Etat en  » pré-emploi « , un dispositif de fonctionnaire non titulaire payé 18 000 dinars algériens (132  euros) par mois.

Farida explique :  » Les conditions économiques provoquent beaucoup de désespoir dans le quartier. Malgré des études, presque personne n’a de CDI en sortant de l’université. On sait aussi qu’on ne pourra pas vraiment faire évoluer notre situation sociale dans le pays, même si on travaille. Et enfin, on a envie d’aller voir le monde, mais les visas, c’est un truc de classe. « 

Le profil de ceux qui partent a évolué.  » Ils ont un travail, résume l’avocat. Ils sont coiffeurs, menuisiers, vendeurs… Beaucoup sont diplômés. Ils se disent que là-bas ils auront une chance de s’en sortir mieux. Résultat, ils abandonnent leur pays dans lequel ils seraient plus utiles que chez nous, participant ainsi à son appauvrissement Le profil des passeurs aussi a changé : » Dans une affaire que je suis, le propriétaire d’une pizzeria a proposé à des jeunes d’organiser le voyage. Il a demandé 80 000  dinars par personne. « 

Certains semblent même dire qu’un passeur n’est plus nécessaire. Dans un salon de coiffure pour hommes, Yanis fait lisser ses cheveux mi-longs :  » Entre Kristel et Almeria, il y a 178  kilomètres. Tu attends trois jours de météo calme, tu sors la nuit, tu règles le GPS, et en seize heures, t’es en Espagne. « 

Sur la plage des Andalouses, à l’ouest de la ville d’Oran, Mohamed, la cinquantaine, secoue la tête.  » Tous les habitants du bord de mer ont un membre de leur famille qui est parti. Certains essayent deux, trois fois. «  Sur la plage, d’où partent des bateaux à moteur vers l’Espagne, les clients du kiosque racontent la même histoire que les jeunes de Saint-Pierre et de Kristel. Selon eux, l’Algérie a arrêté de payer pour les rapatriements de migrants à cause de la crise économique.  » C’est pour ça que tout le monde part « , affirme Mohamed.

Taoufik Rouabhi est parti à la fin des années 1990 en Europe. Aujourd’hui, il est travailleur social dans une ville du sud-ouest de la France (comme quoi accoster en Espagne n’empêche pas de finir sa migration…en France) et s’occupe d’accueillir les harragas qui viennent d’arriver.  » Ces deux dernières années, j’ai vu arriver beaucoup de femmes, des personnes âgées, des gens malades (c’est-à-dire autant de personnes dont la santé sera prise en charge par le nouveau protocole de sécurité social voulu par Emmanuel Macron https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/12/20/nouvelle-convention-franco-algerienne-sur-la-securite-sociale-ca-y-est-cest-fait/ – ). Il y a des diplômés et des personnes de la classe moyenne. Ce n’est pas la faim qui fait partir les gens, c’est l’envie de faire quelque chose de sa vie « , raconte-t-il. Mais faire quelque chose de sa vie…chez les autres.

Ajoutez-y que l’Algérie est un repaire d’islamistes radicaux et la boucle sera bouclée. Attendez-vous donc à de nouveaux attentats terroristes.

Le 23 décembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

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2 Réponses to “Nous vous l’avions dit, les plages et les ports algériens ne sont qu’à 750 km des côtes françaises et moins encore de l’Espagne…”

  1. Conseil dans l'Espérance du Roi décembre 23, 2017 à 12:03 #

    Notre ami Jean-André ne manquera pas d’être sensible à ce texte car il lui rappellera la situation des îles grecques de la mer Egée face aux plages et aux ports de Turquie !

  2. Hervé J. VOLTO décembre 23, 2017 à 2:21 #

    LES FOUS DU ROIS savent quand à eux que le Fantôme du Louvre est assis serainement dans la pénombre, sur un siège avec des accoudoirs, regardant sur son écran les évènements avec le même détachement de quelqu’un qui regarderait un match de foot, fumant un bon havanne dont la fumée s’accumule au plafond, déborde par une fenêtre ouverte pour aller s’ajouter aux nuages menaçant qui s’amoncellent dangereusement…

    Et qu’il n’a plus qu’à attendre. Oui : une étincelle !

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