Et si maintenant le climat s’en mêle…

24 Déc

Nous avions cru tout connaître en matière de  » Grandes Invasions barbares  » depuis la nuit des temps et, à coup sûr, depuis le quatrième siècle de notre ère et l’effondrement de l’Empire romain. Après le violent désir de la découverte et de l’assujettissement de nos territoires que nous infligèrent les hordes asiatiques, il nous a fallu endurer les besoins incoercibles tant alimentaires, qu’économiques et sanitaires des gueux venus d’Orient, du Maghreb et d’Afrique.

Mais nous n’avions pas encore tout connu, ainsi que l’annonce un article de la revue Science qui étudie la corrélation entre l’évolution de la température mondiale et le nombre de demandes d’asile auprès des vingt-huit pays membres de l’Union européenne (UE).

Publiés jeudi 21  décembre, les travaux d’Anouch Missirian et de Wolfram Schlenker, de l’université Columbia (New York), se fondent sur l’analyse croisée, pour les années 2000-2014, de plusieurs bases de données : chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, critères météorologiques, données socio-économiques, etc. Durant cette période, l’UE a réceptionné, en moyenne, 351 000 dossiers de demandeurs d’asile par an. Mais elle a reçu sur son sol beaucoup plus de migrants clandestins, par définition non enregistrés, mais qui se chiffrent en millions.

A partir des informations collectées dans 103 pays de départ, les chercheurs ont évalué l’impact sur le phénomène migratoire de la température moyenne enregistrée dans les zones agricoles dont dépend la qualité des récoltes.  » Lorsqu’elle dévie de l’optimum de 20  °C pour tendre vers des – moyennes – plus basses ou plus élevées, les demandes d’asile s’accentuent « , constate Anouch Missirian, précisant que  » ces effets sont plus visibles en cas d’élévation de la température « . Autrement dit, le sud a vocation à envahir le nord. Comme toujours…

 » Etablir un lien entre variable de température et flux migratoire n’est pas une approche nouvelle, estime François Gemenne, expert en géopolitique de l’environnement, mais l’effort de quantification et de projection proposé par cette étude est, en revanche, assez inédit. « 

Poussant plus loin leur réflexion, les universitaires ont reconsidéré les modèles de réchauffement climatique élaborés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat à partir de leurs observations. Leurs résultats jettent une lumière crue sur l’ampleur des migrations à laquelle l’UE devrait avoir à faire face.

Si les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent de progresser à leur rythme actuel, soumettant la Terre à un réchauffement de l’ordre de 4,5  °C à 5  °C, les demandes d’asile pourraient bondir de 188  % d’ici à 2100, soit 660 000 dossiers de plus que sur la période 2000-2014. Que du bonheur pour tout le monde puisque les pays « exportateurs » perdent leur main d’oeuvre tandis que les pays « importateurs » s’appauvrissent.

Si, en revanche, grâce aux efforts combinés des Etats et d’autres acteurs (collectivités locales, entreprises, société civile), l’espèce humaine parvient à stabiliser ces émissions et à contenir la surchauffe planétaire autour d’un seuil d’environ 2  °C, les requêtes de réfugiés ne devraient progresser que de 28  %.  » Dans le premier cas, on se retrouverait en plein scénario catastrophe, avec des hausses de température extrêmes et une explosion démographique qui nous entraînerait dans un monde inconnu, avance Anouch Missirian. En tout état de cause, cette interaction entre climat et migration est un sujet sensible qui doit interpeller le monde politique, au-delà de la communauté des chercheurs.  » Et des scénarios catastrophes au cinéma !

Les instances européennes sont concernées au premier chef, puisque l’étude se focalise sur l’espace communautaire. L’UE est un ensemble géographique pertinent à examiner : il est confronté depuis les années 2010 à une crise migratoire majeure. En  2015, les Vingt-Huit ont accordé le droit d’asile à environ 333 000 demandeurs, un chiffre en hausse de 72  % par rapport à 2014, d’après les données diffusées par l’office statistique européen, Eurostat.

 » La Commission européenne -considère que, en dépit de la baisse des arrivées observée ces derniers mois au sein de l’UE, les facteurs de dynamique migratoire changement climatique ou démographie à l’intérieur et aux marges de l’UE – vont continuer à représenter un défi durant des décennies « , a réagi l’un de ses porte-parole après lecture de l’article de Science.

 » La question migratoire est une priorité absolue pour l’UE « , assure l’expert François Gemenne.  Il poursuit :  » La moitié de la population africaine, par exemple, tire l’essentiel de ses revenus de l’agriculture de subsistance. Elle est très vulnérable au dérèglement du climat. Autrement dit, ceux que l’on qualifie de “migrants économiques” sont aussi des migrants climatiques.  » C’est ce que nous vous disions :  » Que du bonheur pour tout le monde  » (Lire « Il paraît qu’il sera bientôt TROP TARD » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/11/15/il-parait-quil-sera-bientot-trop-tard/).

Selon les projections d’Anouch Missirian et de Wolfram Schlenker, c’est en Afrique et au Proche-Orient que pourraient apparaître les plus forts taux de demandes d’asile à la fin du siècle, plus par-ticulièrement au Niger, au  Soudan, en Mauritanie, au Koweït et en Irak. Autant de pays soumis à d’importantes élévations de température, et victimes aussi, pour certains, d’une instabilité politique chronique.

La température n’est évidemment qu’un argument parmi d’autres dans la décision d’émigrer. Une approche multifactorielle de la réalité migratoire s’impose donc, mais aussi une analyse dépassionnée des chiffres présentés par les chercheurs de l’université Columbia.

L’hypothèse de 188  %, la plus significative, ne devrait pas s’imposer si l’UE, comme elle s’y est engagée, renforce la coopération et le soutien aux pays tiers et si des stratégies d’adaptation sont mises en œuvre dans les régions les plus sensibles au changement climatique. Mais  » Un tel chiffre peut avoir un effet à double tranchant,prévient M.  Gemenne. Il peut pousser à  l’action ou, au contraire, effrayer les gouvernements et les conduire à un renforcement de leur protection. « 

Il va falloir enfin s’occuper sérieusement de nos frontières ! Joyeux Noël et bonne année…

Le 24 décembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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