La santé de nos femmes est en grand danger.

28 Déc

Il y a longtemps déjà que nous tirons la (les) sonnette(s) d’alarme à propos de la santé de nos compagnes.

Après les méfaits d’une gestion désastreuse des traitements hormonaux de la ménopause puis de la contraception orale par quelques médecins incompétents, relayés par des médias ignorants mais avides de manipulation de l’opinion, avec la complicité de certaines sphères du pouvoir politique, voici que le temps nous donne raison et que viennent sur le devant de la scène les conséquences tragiques des modes de vie que l’on ose encore qualifier de « modernes » et d’ « expression de la liberté » (vous retrouverez facilement nos nombreux article grâce à notre moteur de recherche et quelques mots-clés comme contraception, avortement, hormones, grossesse, cancer du sein, etc.).

Nous avions déjà, par exemple, annoncé la catastrophe sanitaire que constituerait une critique irréfléchie autant qu’injuste de la contraception orale, aboutissant à une augmentation du nombre des avortements. C’est hélas ce que l’on constate aujourd’hui avec toutes ses conséquences tant sur les femmes que sur la société. De même pour certains cancers gynécologiques ou mammaires.

Mais nous avions aussi commencé à soulever dès 2013 la question de l’augmentation de fréquence des cancers broncho-pulmonaires chez les femmes, en rapport avec un usage plus fréquent et trop souvent immodéré du tabac (Lire « De quelques ‘bienfaits’ du féminisme et de l’égalité des sexes » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2013/05/30/de-quelques-bienfaits-du-feminisme-et-de-legalite-des-sexes-2/ et aussi « Les femmes et le tabac (suite) » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2014/03/26/bulletin-climatique-quotidien-26-mars-2014-de-la-republique-francaise/).

En voici aujourd’hui la suite avec…les accidents cardio-vasculaires !

Si l’on vous dit « cœur de femme », cela vous inspire quoi ? Un de ces mots si datés et sublimes, mêlant romantisme, idolâtrie, paternalisme ou dédain – c’est selon – pour ce sexe qu’on ne dit plus faible ? « Le cœur d’une femme est une partie des cieux, mais aussi, comme le firmament, il change nuit et jour », aphorisme ciselé par Lord Byron (Don Juan, 1819-1824) ? Ou encore : « Cœur des femmes, abîme insondable ! », cette perle d’Alexandre Pothey (La Muette, 1870) ?

A défaut d’être insondable, le cœur féminin est longtemps resté insondé par le corps médical. « L’infarctus du myocarde est sous-évalué chez les femmes, car il est considéré comme une maladie masculine, caractéristique des hommes stressés au travail », relève le comité d’éthique de l’Inserm dans une vidéo de la série, « Genre et santé : attention aux clichés ! », mise en ligne fin octobre 2017.

Ce document d’une minute trente met en scène un médecin généraliste face à une femme puis à un homme d’une quarantaine d’années. « Docteur, je ne me sens pas bien, je suis toujours fatigué(e), pas en forme » : ce sont exactement les mêmes symptômes. Que répond l’homme de l’art ? « Avec votre travail et vos enfants, c’est normal ! Je vais vous prescrire des vitamines et un peu de repos, et ça ira mieux », dit-il à sa patiente. Mais avec le patient, la rupture de ton est totale : « Votre fatigue est à prendre au sérieux. Je vous envoie chez un cardiologue. »

« Avant la ménopause, les femmes étaient considérées comme protégées des maladies cardio-neuro-vasculaires par leurs hormones. Si bien que tout le monde – les femmes et leur entourage, les standardistes du Samu, le corps médical… – se disait, face à des symptômes plus ou moins évocateurs d’un infarctus : “ce ne peut pas être ça !” », confirme le professeur Xavier Jouven, cardiologue à l’hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP, Paris) qui ajoute « Alors que l’incidence de l’infarctus régresse globalement, elle augmente chez les femmes jeunes. Cela nous interpelle ».

Mais le cœur des femmes, même jeunes, est devenu fragile. Au point que certains cardiologues parlent « d’épidémie » : « La progression du nombre d’hospitalisations pour un infarctus du myocarde chez les femmes de 45 à 54 ans est passée de + 3 % par an entre 2002 et 2008 à + 4,8 % par an entre 2009 et 2013 », résumait la professeure Claire Mounier-Vehier, cardiologue au CHU de Lille, présidente de la Fédération française de cardiologie (FFC), dans un éditorial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) du 8 mars 2016.

Chez les femmes de moins de 65 ans, cet essor a été de 19 % entre 2008 et 2013, versus 9,9 % chez les hommes de moins de 65 ans. Même s’il faut le souligner, les femmes de moins de 65 ans restent 4,5 fois moins touchées que les hommes de même âge : 4 756 infarctus hospitalisés en 2013, contre 21 552.

D’où vient cette flambée d’infarctus chez les femmes jeunes ? « Les deux plus grands coupables sont le tabac et la précarité. L’isolement social est un facteur de stress, d’addiction au tabac, de malbouffe… », souligne Claire Mounier-Vehier, qui a fait de cette cause un combat sociétal. Toutes les catégories sociales sont touchées, notamment les « wonderwomen » hyperactives.

C’est que, depuis trente ans, les femmes ont adopté les mêmes comportements à risque que les hommes. Un des « bienfaits » du féminisme…

« De 80 % à 88 % des femmes et des hommes de moins de 50 ans qui font un infarctus sont fumeurs ! », insiste Stéphane Manzo-Silberman, cardiologue à l’hôpital Lariboisière (AP-HP, Paris). « Il faut absolument casser cette image du tabac associé à une femme libérée, indépendante », estime la professeure Tabassome Simon, pharmacologue à l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP, Paris). L’autre mal du siècle est le stress : « Son effet apparaît plus puissant chez les femmes », prévient Claire Mounier-Vehier.

Dans le monde, l’accident vasculaire cérébral (AVC) est la première cause de mortalité chez les femmes adultes. En France, 10 % de ceux qui en font un ont moins de 55 ans. Chez eux, l’incidence de l’AVC a augmenté de manière similaire chez la femme et chez l’homme, d’environ 70 % entre 2003 et 2011. Par ailleurs, « le vieillissement de la population féminine va probablement être à l’origine d’une augmentation rapide de la prévalence des AVC chez les femmes en France », alerte le groupe des trois registres AVC de Dijon, Brest et Lille, dans le BEH.

« La grossesse offre une fenêtre d’opportunité pour identifier les femmes à haut risque d’AVC ultérieur et les avertir », dit Charlotte Cordonnier. Le 21 juillet, la neurologue a co-publié, dans Nature Reviews, un article résumant les spécificités de l’AVC chez la femme. Parce qu’elles vivent plus longtemps, les femmes ont globalement plus d’hypertension et de fibrillation auriculaire, un trouble du rythme cardiaque fréquent avec l’âge.

« D’une façon générale, les femmes ont tendance à faire plus de caillots que les hommes », indique Charlotte Cordonnier. Et puis, les artères des femmes, plus étroites et tortueuses, se boucheraient plus facilement. « Ce ne sont pas de grands boulevards comme les artères des hommes ! », souligne Mélèze Hocini, cardiologue au CHU de Bordeaux, spécialiste des troubles du rythme cardiaque. Qui a écrit bêtement : « On ne naît pas femme : on le devient » ?*

Pour autant, jusqu’à la ménopause, les œstrogènes ont une action vasodilatatrice : d’où leur effet protecteur….qui disparaît dans le cas d’une ménopause non traitée. Mais ce rempart est bien sûr érodé par les modes de vie délétères. Les artères féminines, par ailleurs, sont plus sujettes aux spasmes (des contractions spontanées), ce qui peut perturber le débit sanguin, donc créer des caillots susceptibles de boucher une artère.

La maladie des artères semble aussi se développer différemment selon le sexe. Chez les hommes, les plaques d’athérome (des amas de graisses, de cholestérol et de cellules) se déposent sur la paroi des artères : elles en rétrécissent progressivement la lumière. « Chez les femmes, la maladie est encore plus sournoise, relève Claire Mounier-Vehier. Les plaques tendent à pousser à l’extérieur des artères. » Si bien que l’examen des artères du cœur, ou « coronarographie », peut paraître normal et rassurant, à tort. Dans « On ne badine pas avec l’amour », Alfred de Musset disait déjà :  » Toutes les femmes sont perfides, artificieuses, etc. » !

En cas de mauvaise hygiène de vie, les femmes semblent plus exposées que les hommes aux accidents cardio-vasculaires. « Les facteurs de risque classiques – tabac, sédentarité, hypertension… – semblent plus délétères sur les artères des femmes. A l’inverse, le bénéfice d’une bonne hygiène de vie serait plus puissant chez les femmes »,indique Mme Mounier-Vehier.

Un stress mental intense, de son côté, ferait bien plus souvent baisser le flux sanguin dans le muscle cardiaque des femmes de moins de 50 ans souffrant d’une maladie cardiaque, comparées aux hommes de même âge ou aux femmes plus âgées. C’est ce que suggère une étude publiée le 24 août 2016 dans le Journal of the American Heart Association.

A l’inverse, l’allaitement maternel (si longtemps décrié par un corps médical ignorant et délaissé par les militantes de la « libération des femmes« ) serait un facteur protecteur. Il diminuerait de 9 % le risque ultérieur d’infarctus du myocarde et de 8 % le risque d’AVC, par rapport à des femmes n’ayant jamais allaité, indique une étude publiée le 21 juin dans le même journal, et menée auprès de 289 573 Chinoises. Il serait donc temps de revoir quelques certitudes sociétales…

Mais sur la planète cardiologie, un ovni a récemment atterri : c’est le « syndrome du cœur brisé ». Aussi nommée « takotsubo », cette affection a été découverte au Japon dans les années 1990. Pourquoi ce nom ? Il désigne un vase à la forme étranglée : comme l’image d’un cœur atteint. Ce trouble touche huit femmes pour deux hommes, essentiellement après la ménopause. Toutes les situations provoquant un stress émotionnel intense peuvent le déclencher. Ce stress entraîne une libération massive d’hormones du stress, des catécholamines, qui vont se fixer sur des récepteurs à la surface des cellules du cœur.

Sidéré, le cœur ne se contracte quasiment plus. Les symptômes évoquent un infarctus. « C’est une forme d’insuffisance cardiaque aiguë. Elle est a priori réversible, mais une étude récente suggère qu’elle peut laisser des séquelles. Dans de rares cas, ce trouble peut créer des troubles du rythme, une embolie, voire un décès », résume Claire Mounier-Vehier. Il faut appeler immédiatement le 15. « Au congrès de l’American Heart Association (AHA), en novembre, il est apparu que les personnes ayant fait un takotsubo avaient déjà des micro-lésions des vaisseaux sanguins », indique Jean Ferrières, cardiologue au CHU de Toulouse.

Les symptômes ressentis par les femmes sont aussi plus atypiques. « Chez les plus jeunes, huit femmes sur dix présentent ce symptôme classique de l’infarctus : une douleur aiguë dans la poitrine, qui irradie le bras gauche et la mâchoire. Chez les plus de 75 ans, elles ne sont que la moitié », précise Tabassome Simon. Parmi les signes inhabituels d’infarctus : un essoufflement ou des palpitations à l’effort, un épuisement persistant, des nausées, des vomissements, des suées… Ces signes inhabituels vont passer inaperçus ou faire errer le diagnostic.

Mais l’âge ne fait pas tout. « Même une fois pris en compte l’âge et les comorbidités, la mortalité chez les femmes reste supérieure dans la semaine qui suit l’infarctus », déplore Stéphane Manzo-Silberman. Dans l’année qui suit l’infarctus aussi, appuie une étude allemande publiée le 20 octobre dans PLOS-One.

Les traitements post-infarctus, par ailleurs, révèlent des disparités. Pour les femmes, les prescriptions médicamenteuses sont souvent moins étoffées. De plus, après l’accident, les femmes ont bien moins souvent recours aux programmes de réhabilitation cardiaque. Leur propose-t-on autant qu’aux hommes ? « Elles refusent aussi plus souvent », regrette Tabassome Simon.

Certains progrès sont pourtant à saluer. Avec Nicolas Danchin (AP-HP), Tabassome Simon coordonne un registre, FAST-MI, qui depuis 1995 recense tous les cinq ans, durant un mois, les patients pris en charge pour infarctus dans presque tous les hôpitaux français (il est financé par l’ensemble des industriels du secteur). Ses derniers résultats ont été présentés en novembre, au congrès de l’American Heart Association.

Ils révèlent une prise en charge désormais plus égalitaire dans les hôpitaux français. Après un infarctus, « l’écart entre hommes et femmes s’est notablement amélioré entre 1995 et 2015 », note Tabassome Simon. En 2015, il n’y avait presque plus de différences entre sexes, une fois pris en compte l’âge et les comorbidités, dans le recours aux « traitements de reperfusion ». Ces traitements visent à rétablir la circulation sanguine dans l’artère bouchée : on injecte un médicament qui dissout le caillot sanguin (thrombolyse) ou l’on introduit dans l’artère un tube très fin au niveau de l’aine (angioplastie). Plus fines et plus fragiles, les artères féminines sont pourtant plus difficiles à revasculariser…

Autre progrès : dans les essais cliniques, on regarde désormais systématiquement les effets des traitements selon les sexes. Pour autant, « les industriels restent frileux pour inclure davantage de femmes jeunes. A cause du risque de grossesse, et parce que les femmes sont plus sujettes aux réactions cutanées, immunologiques, au QT long… »,regrette Mélèze Hocini.

Aux Etats-Unis, un programme, « Go Red for Women », a été lancé par l’American Heart Association dans les années 2000 pour favoriser les prises de conscience. De larges campagnes d’information ont été menées, des recommandations réactualisées. « Le bilan à dix ans fait le constat d’une meilleure connaissance des symptômes par les femmes, d’une meilleure prise en charge et d’un recul global des maladies cardio-vasculaires féminines. Nous pouvons suivre cet exemple, en l’adaptant aux spécificités françaises », estime Claire Mounier-Vehier. Tel était le but des campagnes lancées par la FFC l’an passé.

Il n’empêche. Si on cessait de leur faire croire qu’elles sont des hommes comme les autres, les femmes se porteraient sans doute beaucoup mieux !

Le 28 décembre 2017.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la Santé publique.

* Une grande militante de la cause : Simone de Beauvoir !

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