L’échange des princesses : UN FILM À NE PAS ALLER VOIR

29 Déc
En cette période de vacances vous pourriez être tentés par le cinéma et, en particulier, par le dernier film de Marc Dugain, romancier fêté et cinéaste reconnu (Une exécution ordinaire, au cinéma, avec André Dussollier dans le rôle de Staline, et La Malédiction d’Edgar, pour la télé), intitulé 
Ce film est l’adaptation cinématographique du roman de Chantal Thomas qui porte le même titre
et relate la mise en oeuvre d’une idée audacieuse de Philippe d’Orléans, Régent de France, en 1721. Louis XV, 11 ans, va bientôt devenir Roi et un échange de princesses permettrait de consolider la paix avec l’Espagne, après des années de guerre qui ont laissé les deux royaumes exsangues. Il marie donc sa fille, Mlle de Montpensier, 12 ans, à l’héritier du trône d’Espagne, l’infant Luis, et Louis XV doit épouser l’Infante d’Espagne, Anna Maria Victoria, âgée de 4 ans. Mais l’entrée précipitée dans la cour des Grands de ces jeunes princesses, sacrifiées sur l’autel des jeux de pouvoirs, aura raison de leur insouciance…

C’est cet « échange des princesses » que filme Marc Dugain avec une sorte de fascination perverse. On connaît son goût pour les complots et les manipulations. Pour les familles, aussi : ces clans politiques insensés, chez qui l’ambition le dispute à la dépravation, et qu’il a notamment évoqués dans son roman Ils vont tuer Robert Kennedy. On sent sa jubilation à saisir, ici, en quelques plans, des pseudo-grotesques grandioses. Philippe V d’Espagne (Lambert Wilson), épouvanté par son passé de « guerrier sanguinaire » qu’il tente d’effacer par une foi hystérique. Son fils (Kacey Mottet-Klein) plus touchant certes, parce qu’écrasé, paumé, déjà fichu. A force d’attendre l’âme sœur censée le sauver de lui-même, ce dernier finit par ressembler fâcheusement au prince russe dégénéré qui servait d’époux à Catherine II — Marlene Dietrich dans L’Impératrice rouge, de Josef von Sternberg.

Il y a du Sternberg, d’ailleurs, dans ces hauts décors asphyxiants, ces rituels implacables, observés à la lettre par des courtisans extravagants ou serviles, tous englués dans leur propre inexistence. A laquelle échappent, pour un temps, presque miraculeusement, quelques enfants à qui on ne laisse pas le temps de l’être : ce Louis XV (Igor Van Dessel) en train de se couler dans la défroque du Roi-Soleil. L’infante Anna Maria Victoria (Juliane Lepoureau), femme miniature qui supporte les devoirs de sa charge, au point de tomber amoureuse de son improbable mari. « Madame, on ne vous voit pas grandir », lui assène d’ailleurs le jeune monarque, sans que l’on sache trop s’il s’en désole ou s’en réjouit.

Sans doute la grande victime de ce jeu de rôles est Louise Elisabeth, la fille du Régent, dont les prétendues insolence et mauvaises manières — qui vont jusqu’à l’homosexualité ! — causeront la perte. Marc Dugain éprouve visiblement une grande tendresse pour ce personnage pervers et il dirige volontairement sa jeune comédienne, Anamaria Vartolomei, comme une sorte d’ado de banlieue actuelle, qui serait, soudain, invitée à l’Elysée…Une honte cinématographique.

Mais comment mettre en scène ces corps d’enfants ou d’adolescents dont le metteur en scène prétend qu’ils ont été échangés en fonction de leurs capacités reproductives, bientôt attaqués par les virus et les bacilles ? Ces figures altières de maniaco-dépressif (Philippe V d’Espagne, sous les traits de Lambert Wilson) et de jouisseur machiavélique (le régent, Olivier Gourmet) ? Il faudrait des moyens et une audace que Marc Dugain n’a pas.

Face au défaut d’argent, il a préféré le détail et l’allusion à la stylisation ou à l’ellipse. L’escorte de Melle de Montpensier comptait des cavaliers par centaines ? Ils ne seront plus qu’une douzaine. Elle fut accueillie à Madrid par un autodafé ? On en parlera au dîner. En espérant que ces lacunes seront comblées par les clairs-obscurs de la photographie de Gilles Porte.

Plus ennuyeuse encore est la gêne que le cinéaste témoigne à l’encontre de ce qui fait l’essence même du récit de Chantal Thomas : l’obscénité. Dépeinte comme une enfant impubère atteinte de boulimie, la fille du régent devient ici une teen-ager un peu rebelle, qui finit par trouver le chemin du cœur de son fiancé ; à la cour de France, l’affaire était un peu moins grotesque. La petite dauphine ne resta pas assez longtemps au côté du futur Louis XV pour que le mariage fût consommé. Il n’empêche que, en attendant, le dauphin devient la proie de courtisans lubriques. Tout cela est évoqué par petits fragments, comme si l’on avait affaire à un jeu de patience qui attend encore d’être assemblé.

C’est juste assez pour vous conseiller de…vous en dispenser.

Le 29 décembre 2017.

Du Plessis.

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Une Réponse to “L’échange des princesses : UN FILM À NE PAS ALLER VOIR”

  1. Hervé J. VOLTO décembre 29, 2017 à 3:16 #

    Typique des francs-maçons voulant tout matérialiser et rendre obscènes des sentiements d’amitiés enfantines. Que des parvenus mécréants et pervers, quand ils ne sont pas pédophiles…

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