L’effet Macron sur les bénéfices boursiers.

3 Jan

A l’heure des adieux à 2017, les investisseurs et autres spéculateurs peuvent pousser un  » ouf  » de soulagement. S’il était semé d’un certain nombre d’embûches, à commencer par un agenda politique très chargé en Europe, le millésime restera pourtant marqué par un retour très net de l’appétit des boursicoteurs pour le risque. En témoigne une hausse généralisée des marchés actions allant au-delà des espérances, en particulier pour les indices américains, qui ont volé de record en record. Ainsi l’indice Dow Jones a-t-il progressé de 25,08 % sur l’année, dépassant en décembre, pour la première fois de son histoire, les 24 000 points, porté par la réforme fiscale de Donald Trump. L’indice Nasdaq des valeurs technologiques a fait mieux. Dopé par le dynamisme des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), il a progressé de 28,24 %, approchant les 7 000 points.

Malgré un retard en début d’année, ce sont les actions japonaises qui ont fourni la plus belle surprise : la place nippone s’est hissée à des niveaux inédits depuis vingt-cinq ans, grâce à la forme retrouvée de ses entreprises et de Wall Street. L’indice Nikkei s’est apprécié de 19,10  %.

En revanche, les espoirs d’un rattrapage des actions européennes ont été déçus, avec seulement 6,49 % de hausse pour l’Euro Stoxx 50.  » Un facteur explicatif de cette moindre performance de l’Europe est la proportion moins importante des valeurs technologiques, qui ont particulièrement contribué à la performance des indices américains, explique Warin Buntrock, directeur adjoint de la gestion de BFT Investment Managers. Un autre élément a été l’évolution des changes. « 

L’une des surprises de l’année est venue en effet de la contre-performance du dollar, auquel le consensus des prévisionnistes prédisait pourtant un beau parcours, grâce à la poursuite du prudent mouvement de hausse des taux entrepris par la Réserve fédérale américaine depuis fin 2015. Mais les hésitations du président Trump, contrastant avec son discours très volontariste de candidat, ont affaibli le dollar à partir du printemps, tandis que l’euro s’appréciait, au contraire, soutenu par l’accélération de la croissance en zone euro et la dissipation du risque populiste, à l’occasion d’échéances électorales comme les législatives néerlandaises de mars et surtout la présidentielle française de mai.

L’euro vaut aujourd’hui environ 1,20 dollar, contre seulement 1,045 dollar fin 2016. En intégrant cet effet des changes à la performance d’un indice comme le CAC 40, le résultat est spectaculaire : un investisseur français l’a vu progresser de près de 10  % (9,26 %) depuis le début de l’année, en revanche, pour un investisseur dont la devise de référence est le dollar, l’indice parisien a dégagé une performance supérieure à 25  % sur la même période. Même si tout cela…n’est que du vent et peut se retourner comme une crêpe à la Chandeleur.

Sur les marchés financiers, la volatilité a pourtant reculé en  2017, signe d’une certaine sérénité. Et ici, on peut véritablement parler d’un effet Emmanuel Macron et, surtout, de sa politique si favorable au grand capital*. Alors que l’indice VSTOXX, qui mesure la volatilité de l’Euro Stoxx 50, a connu un léger accès de fièvre au printemps, dans la foulée de sondages incertains sur la présidentielle, il est retombé de manière spectaculaire après le premier tour, pour chuter encore plus bas après la victoire du candidat d’En Marche !. Cet effet Macron a aussi été observé sur le marché des ETF, ces fonds indiciels cotés en Bourse qui fournissent aux investisseurs institutionnels des outils simples et efficaces pour se repositionner vite lors d’échéances importantes.  » On a vu des flux d’investissement revenir vers les actions françaises dès le débat Macron/Le Pen. Après l’élection, les investisseurs se sont intéressés à des indices européens plus larges, comme le MSCI EMU, ce qui témoigne d’un positionnement de plus long terme « , note Antoine Lesné, responsable stratégie et recherche de SPDR ETF Europe.

L’élection française a servi de déclic. Ce signal d’une relance voulue de la construction européenne a permis au marché de se reconcentrer sur un contexte économique en cours d’amélioration en Europe, après des années décevantes. Une embellie qui s’est propagée aux résultats des entreprises. Depuis un certain temps, les prévisions de hausses de bénéfices formulées en début d’année par les analystes financiers se trouvaient systématiquement démenties par les faits : ce ne fut pas le cas en  2017 et les surprises économiques se sont révélées globalement positives.

Surtout, l’accélération de la croissance en zone euro (attendue à 2,3  % cette année par les experts d’Alliance Bernstein) n’est pas seulement le fait de la locomotive allemande, mais témoigne d’une reprise économique  » à large spectre « , bien répartie entre les divers pays qui la composent. Et cette notion peut être étendue à l’économie mondiale, qui connaît une reprise synchronisée : ainsi, pour la première fois depuis 2007, l’ensemble des 45 économies sur lesquelles l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) suit des statistiques affiche un taux de croissance positive cette année, y compris le Brésil et la Russie, sortis des sévères récessions récentes.

La hausse des marchés actions s’est aussi appuyée sur une inflation à un point d’équilibre : suffisamment élevée pour évacuer toute crainte de déflation et suffisamment faible pour éviter un resserrement monétaire trop brutal de la part des banques centrales. D’où la notion de  » scénario Goldilocks  » (Boucles d’or), comme le fauteuil ni trop dur ni trop mou choisi par la petite fille du conte.

Cette idée a été confortée en octobre par la réélection du premier ministre japonais, Shinzo Abe, et la reconduction du président chinois Xi Jinping, à la tête du Parti communiste chinois. Alors que l’Asie est devenue l’épicentre de la croissance mondiale, cette continuité politique constitue un autre facteur de soutien aux actifs risqués.

Il reste à savoir jusqu’à quand peut durer cette situation de type Bisounours…avant la prochaine crise financière qui couve déjà sous la braise.

Le 3 janvier 2018.
Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Lire « Dis-moi qui sont tes amis… » :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/10/27/dis-moi-qui-sont-tes-amis-2/

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