Chasse aux catholiques en République du Congo.

5 Jan

La persécution des catholiques fait de nouveau rage en République « démocratique » du Congo (RDC, ex Congo belge).

Manifestants catholique à Kinshasa

Dimanche 31  décembre 2017, dans plusieurs quartiers de Kinshasa, la capitale de la RDC, le deuil a recouvert une nouvelle fois les tentatives de manifestation. Des manifestants qui brandissaient des chapelets, des missels, des effigies du Christ ; en face, des policiers et des militaires lourdement armés, tirant à balles réelles…

D’après le bilan provisoire des Nations unies, au moins huit personnes ont été tuées lors des rassemblements organisés par les catholiques du Comité laïc de coordination (CNC), qui évoque dix manifestants morts sous les balles. Les autorités ont reconnu quatre victimes, dont un policier.

 » Nous sommes touchés au cœur « , commente un membre de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) qui dénonce les violences commises dans l’enceinte de certaines églises. Selon de nombreux témoignages, des prêtres et des enfants de chœur ont été arrêtés, des cérémonies empêchées par la police et l’armée.  » Des paroissiens ont été abattus à bout portant « , dit-il. Comme en janvier  2015, puis en septembre et en décembre  2016, quand plusieurs dizaines de manifestants ont perdu la vie dans l’attente d’élections en RDC.

Appelant à éviter toute violence, le CNC réclamait une déclaration du président de la République, Joseph Kabila, certifiant qu’il ne se présenterait pas à sa propre succession, comme le prévoit la Constitution. Cette association, proche de l’Eglise catholique, demandait également la libération des prisonniers politiques, prévue par l’accord conclu il y a un an entre la majorité et l’opposition. Signé aux toutes dernières heures de 2016 sous l’égide des évêques congolais, le texte prévoyait des élections au cours de l’année 2017. La Commission électorale indépendante (CENI) les a repoussées au 23  décembre 2018, prolongeant de fait le deuxième et dernier mandat de Joseph Kabila, officiellement terminé le 19  décembre 2016. Une pratique usuelle en Afrique !

Dans ses vœux à la nation, dimanche soir, le chef de l’Etat n’a pas évoqué son avenir politique et s’en est pris aux manifestants, appelant à  » barrer la route à tous ceux qui cherchent à se servir du prétexte des élections depuis quelques années, seraient tentés aujourd’hui de recourir à la violence pour interrompre le processus démocratique en cours et plonger le pays dans l’inconnu « . Tu parles ! La réalité, c’est que Joseph Kabila est un despote assoiffé de sang et, plus encore, de richesses.

Un an avant un scrutin censé désigner son successeur mais dont l’organisation reste incertaine, cette journée a montré qu’il devrait compter avec la réapparition, encore timide mais bien présente, d’une forme inattendue de mobilisation populaire. Et cela, non pas à l’appel des partis d’opposition divisés entre plusieurs leaders, mais à partir des paroisses catholiques, nombreuses et essentielles dans le quotidien congolais. D’après le CNC, plus de 160 lieux de culte se sont mobilisés. Les morts ont été recensés à Lemba, Limete, Matete et Kingabwa, des quartiers extrêmement populaires.

Là où le Rassemblement, la plate-forme de l’opposition, a longtemps peiné pour organiser des marches ou des journées  » ville morte « , les communautés religieuses viennent de rappeler leur influence locale. En plus de la question électorale, elles insistent sur la dégradation continue de la situation sociale en RDC. Affaiblie par la non-application de l’accord signé sous son égide, et déstabilisée depuis plus de vingt ans par l’essor des cultes évangéliques en partie soutenus par le régime, l’Eglise ne s’était pas associée aux marches de manière officielle. Le 24  juin 2017, la Cenco avait néanmoins déploré  » l’impasse politique «  et dénoncé  » les restrictions du droit à la liberté d’expression et l’interdiction des manifestations pacifiques « . A la suite de l’annonce du calendrier électoral, en novembre, les évêques avaient réitéré leur souhait de voir des élections se tenir en  2017, et non en  2018.

Les manifestations sont généralement de courte durée dans cette mégapole de 15  millions d’habitants confrontés à des difficultés économiques insoutenables. Mais l’historien Isidore Ndaywel, membre du CNC, en est convaincu :  » Ce n’est qu’un début, car on ne se laissera pas faire. Le peuple a compris qu’il devait prendre son destin en mains, et pas seulement par des discours. Il y a eu une prise de conscience.  » La mobilisation des catholiques rappelle la  » marche des chrétiens  » du 16  février 1992, qui demandait la démocratisation du Zaïre. Le régime du président Mobutu l’avait réprimée dans le sang.

Les obstacles à la mobilisation étaient nombreux, dimanche. Le gouverneur de Kinshasa, André Kimbuta, avait interdit les rassemblements, bloqués par des patrouilles et des points de contrôle. Dans la plupart des cas, dispersés par les gaz lacrymogènes et les balles, les manifestants n’ont pu accéder aux lieux de ralliement. D’autres rassemblements ont eu lieu dans les provinces du Nord-Kivu, du Kongo-Central, du Haut-Katanga et du Kasaï-Central, où une personne a été tuée. Selon l’ONU, plus de 120 personnes ont été arrêtées.

Le contrôle par le pouvoir a aussi eu lieu sur les réseaux sociaux. La veille, Internet et les SMS avaient été coupés. Le lendemain, c’était au tour de Top Congo, une radio très écoutée à Kinshasa, d’être suspendue.

Un peu d’ordre en Afrique ne nuirait à personne. 

Le 5 janvier 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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