Angela Merkel a enfin et véritablement du plomb dans l’aile.

6 Jan

On lui donnerait (presque) le Bon Dieu sans confession…

La chancelière allemande l’a assuré lors de ses vœux télévisés, le 31  décembre 2017, elle fera tout pour  » constituer un gouvernement stable rapidement « . La promesse sera-t-elle tenue ? A vrai dire, bien rares sont ceux qui se risquent aujourd’hui à un pronostic, tant la situation politique dans laquelle se trouve l’Allemagne en ce début d’année est inédite à défaut d’être une réelle surprise.

Pourtant, trois mois et demi après les élections législatives du 24 septembre 2017, une chose est en tout cas certaine : l’adverbe  » rapidement  » utilisé par Mme Merkel ne doit pas faire illusion.

Avant qu’un gouvernement soit constitué, plusieurs étapes doivent en effet être franchies. Celle, d’abord, des  » discussions exploratoires  » entre les représentants des partis conservateurs (CDU-CSU) et social-démocrate (SPD), prévues du dimanche 5 au dimanche 12  janvier. Au terme de ces premiers pourparlers, qui doivent déboucher sur une ébauche de programme gouvernemental, le SPD a prévu de tenir un congrès extraordinaire, à Bonn (Rhénanie-du-Nord  –  Westphalie), le 21 janvier. En cas de rejet du texte par les délégués du parti, les discussions s’arrêteront. En cas de vote positif commencera alors la phase de rédaction du  » contrat de coalition « , qui devrait prendre environ trois semaines.

Or, une fois le document finalisé, le SPD a déjà prévu de le faire valider par l’ensemble de ses adhérents par voie postale : une consultation dont les résultats pourraient n’être connus qu’au bout de trois semaines. Dans le meilleur des cas, donc, le nouveau gouvernement pourrait être nommé autour de la mi-mars. Soit six mois après les élections ! Horst Seehofer, le président de la CSU bavaroise qui a le sens de l’humour, a d’ores et déjà prévenu qu’il se donnait  » au plus tard jusqu’à Pâques «  (qui tombe cette année le 1er  avril !) pour que le processus aboutisse.

Voilà pour le calendrier théorique. Mais sera-t-il respecté ? Difficile à dire, tant les trois protagonistes de l’affaire sont fragilisés politiquement. Angela Merkel (CDU), Horst Seehofer (CSU) et Martin Schulz (SPD) – qui se sont rencontrés, mercredi 3 janvier, à Berlin, en amont des discussions exploratoires auxquelles participeront, dimanche, 39 représentants de leurs partis – sont en effet des leaders affaiblis : aux dernières élections, chacun des trois partis a obtenu son score le plus faible depuis 1949. A eux trois, la CDU, la CSU et le SPD ont recueilli 53,4 % des voix, soit 13,8 points de moins qu’aux législatives de 2013. En cela, l’expression  » grande coalition « , utilisée en Allemagne pour désigner l’alliance entre les conservateurs et les sociaux-démocrates, paraît presque dévoyée : si elle voit le jour, cette nouvelle grande coalition sera en réalité bien étriquée.

Dans ce contexte, on comprend qu’il soit difficile de savoir si les pourparlers qui s’ouvrent cette semaine aboutiront, même si les dirigeants des trois partis ont publié un communiqué commun, mercredi soir, après une réunion de trois heures, affirmant que  » la confiance est à la hausse «  et que les négociations vont être  » entamées avec optimisme « . Après l’échec des négociations entre conservateurs, libéraux-démocrates et écologistes le 19 novembre 2017 – une première depuis la naissance de la République fédérale d’Allemagne, où jamais des discussions engagées entre différents partis en vue de former une coalition n’avaient avorté jusqu’à présent –, tout paraît en effet possible, y compris la dissolution du Bundestag et la tenue de nouvelles élections, option ultime prévue par l’article 63 de la Constitution si aucun gouvernement ne peut être constitué.

Pour parvenir à leurs fins, Angela Merkel, Horst Seehofer et Martin Schulz feront face, en outre, à des vents contraires de la part de leurs propres troupes. A la CDU, la jeune garde, incarnée par le conservateur Jens Spahn, l’ambitieux secrétaire d’Etat aux finances, âgé de 37 ans, a objectivement intérêt à ce que la chancelière échoue afin de s’imposer dans un parti où la génération précédente a pâti de la domination sans partage de Mme Merkel depuis des années.

A la CSU, Horst Seehofer va devoir lutter pied à pied dans les prochaines semaines pour conserver le peu de pouvoir qu’il lui reste depuis qu’il a annoncé, le 4 décembre 2017, qu’il céderait bientôt la place de ministre-président de Bavière à Markus Söder, son rival de toujours, lequel n’a aucun intérêt à faire trop de concessions au SPD s’il veut empêcher son électorat de voter pour le parti populiste Alternative pour l’Allemagne (AfD) aux élections régionales de cet automne.

Au SPD, enfin, beaucoup n’ont toujours pas compris pourquoi M. Schulz, après avoir juré au soir des législatives qu’il ne gouvernerait pas avec Mme Merkel, envisage aujourd’hui de reconduire une grande coalition. Après avoir participé à deux de ces gouvernements aux côtés des conservateurs (2005-2009 puis 2013-2017) et avoir été chaque fois sanctionné dans les urnes, beaucoup de sociaux-démocrates estiment en effet qu’ils ont intérêt à retourner dans l’opposition plutôt qu’à servir de force d’appoint à Mme Merkel pour constituer une majorité parlementaire.

Reste l’opinion. Selon un sondage YouGov pour l’agence de presse DPA, publié le 27  décembre 2017, près de 50 % des Allemands souhaitent que Mme Merkel mette fin à ses fonctions avant la fin de son mandat, seuls 36 % d’entre eux souhaitant la voir au pouvoir pour quatre ans encore (alors qu’ils étaient 44 % deux mois plus tôt). Pour la chancelière, tout l’enjeu est là : convaincre que sa fameuse  » grande coalition « , si elle voit le jour, peut durer. Autrement dit, qu’elle n’est pas elle-mêmet en sursis.

Car le principal point de crispation dans ces batailles de chiffonniers reste…LA POLITIQUE MIGRATOIRE DE L’ALLEMAGNE, alors qu’un rapport commandé par le gouvernement et publié le 3 janvier affirme que le nombre de crimes violents a augmenté de 10,4  % entre 2014 et en  2016 en Basse-Saxe – le Land pris pour exemple dans l’étude – et que cette hausse serait due pour plus de 90  % aux demandeurs d’asile.

En amont de ces discussions, les conservateurs bavarois de la CSU ont décidé de se montrer offensifs sur le sujet, formulant des exigences au-delà de l’accord qu’ils ont scellé il y a quelques mois avec la CDU d’Angela Merkel. Parmi leurs propositions, le rallongement de quinze à trente-six mois du délai au terme duquel les demandeurs d’asile pourraient bénéficier des aides sociales, ou encore l’instauration de tests médicaux pour vérifier l’âge des jeunes demandeurs d’asile afin d’éviter les fraudes en cas de doute.

Cette idée a été lancée à la suite du décès d’une adolescente de 15 ans, poignardée par un réfugié afghan prétendument du même âge du même âge, à Kandel (Rhénanie-Palatinat). Selon le père de la victime, l’auteur des faits, qui était le petit ami de celle-ci (pauvre folle !), a déclaré à l’état civil un âge nettement inférieur à son âge véritable afin de s’assurer de pouvoir rester en Allemagne. Ajoutez-y les termes du rapport des services de sécurité (récemment diffusé par le quotidien Bild : 

http://www.bild.de/regional/chemnitz/fluechtlingsheim/strafakte-asylheim-53647004.bild.html) et qui montrent que la violence est devenue endémique et de plus en plus grave dans et autour des centres d’accueil des migrants et vous comprendrez pourquoi les Allemands rejettent désormais les fantasmes humanitaires de leur chancelière.

C’était avant !

Le Parti social-démocrate (SPD) a pourtant fait savoir qu’il était opposé à l’ensemble de ces mesures. Même si ses dirigeants ont réagi de façon relativement modérée aux propositions de la CSU, formulées à la veille des assises à huis clos du parti bavarois, qui se tiennent en cette fin de semaine.  » Il faut voir plus loin que – cette réunion – « , a ainsi laconiquement réagi Martin Schulz, le président du SPD. Une façon de sous-entendre que la CSU, en formulant de telles exigences, chercherait avant tout à marquer un rapport de force purement tactique, mais pourrait être amenée dans les semaines qui viennent à assouplir ses positions.

Cette langue de bois n’évitera pas l’évidence : LES FAITS SONT TÊTUS ! Et il faudra bien, tôt ou tard, accepter la dure réalité. Même en Allemagne.

Le 6 janvier 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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