Le  » Printemps arabe  » et la  » Révolution du jasmin  » qu’y disaient !…

10 Jan

Ou comment rendre hommage à l’Asterix de Goscinny et Uderzo ?

Le renversement de Zin el-Abidine Ben Ali était, selon nos médias officiel, l’horizon indépassable de la libération des peuples arabes opprimés. Une telle lucidité est renversante quand on sait dans quel abîme cette prétendue révolution a précipité le pays, jadis si prospère ! Nous en avons décrit les différents épisodes dans plusieurs articles qu’il est aisé de retrouver grâce à notre moteur de recherche. Mais en voici le plus récent (last but not least).

Des échauffourées ne cessent de se produire en Tunisie et les dernières ont eu lieu mardi soir entre manifestants et forces de l’ordre, au lendemain de la mort d’un homme dans des troubles sociaux alimentés par des mesures d’austérité, sept ans après cette fameuse révolution.

Des jeunes sont descendus dans la rue par centaines à Tebourba, à 30 km à l’ouest de Tunis, où des policiers et des militaire déployés en force ont répliqué à des jets de pierre à coups de gaz lacrymogènes, a constaté un journaliste de l’AFP.

Des scènes similaires ont eu lieu dans le centre défavorisé du pays, à Kasserine et à Jelma, localité proche de Sidi Bouzid d’où était partie en décembre 2010 la contestation sociale marquant le début des prétendus Printemps arabes. Plusieurs centaines d’autres personnes, pour beaucoup très jeunes, ont également manifesté à Regueb, dans le centre du pays.

Le ministère de l’Intérieur a démenti que cet homme a été tué par la police, soulignant qu’il ne portait aucune marque de violence. Il souffrait de « problèmes respiratoires« , a indiqué le porte-parole du ministère…

Lundi soir, « nous n’avons pas vu des protestations mais des gens qui cassent, volent et agressent les Tunisiens« , a affirmé le Premier ministre tunisien Youssef Chahed sur les ondes de la radio privée Mosaïque FM.

« Nous disons aux casseurs et à ceux qui les incitent que, pour le gouvernement, la seule solution est d’appliquer la loi. (Nous sommes) prêts à écouter mais chaque personne voulant manifester doit le faire de manière pacifique« , a-t-il prévenu.

Ces incidents interviennent au moment où la grogne sociale atteint des sommets en Tunisie, notamment contre la hausse de la TVA entrée en vigueur au 1er janvier dans le cadre d’un budget d’austérité. Une manifestation à l’appel de plusieurs organisations de la société civile a rassemblé sans incident une centaine de personnes mardi dans le centre de la capitale Tunis.

« La pauvreté et la faim ont augmenté, oh citoyen opprimé !« , scandaient les manifestants, en majorité des jeunes.

« Nos revendications sont les suivantes: suspendre la loi de finances 2018, revenir aux prix initiaux des denrées et embaucher une personne de chaque famille pauvre« , a assuré Hamza Nasri, membre de la campagne « Fech Nestannew » (Qu’est-ce qu’on attend) lancée en début d’année pour protester contre les hausses de prix.

Le ministre des Finances Ridha Chalghoum a assuré que le gouvernement garderait le cap des augmentations d’impôts. « Le chef du gouvernement s’est engagé à ne pas augmenter les produits de première nécessité« , a-t-il assuré à l’AFP. « Parmi les acquis de la démocratie il y a la possibilité de manifester, mais on a aussi l’obligation de travailler pour une économie tunisienne saine où cette croissance, qui a pointé le bout du nez en 2017, se consolide davantage et soit créatrice d’emplois« . Compte là-dessus et bois de l’eau fraîche, disait ma grand-mère.

Lors des incidents qui ont éclaté dans plusieurs villes dans la nuit de lundi à mardi, onze agents de police ont été blessés et au moins 44 personnes arrêtées, dont 16 à Kasserine, et 18 dans des quartiers populaires près de Tunis, a indiqué le ministère de l’Intérieur. Des bâtiments publics ont été endommagés et des routes coupées.

« Ce qui s’est passé hier constitue une violation de la loi puisque l’état d’urgence est déclaré en Tunisie« , a affirmé Khlifa Chibani, porte-parole du ministère de l’Intérieur (le gouvernement a instauré l’état d’urgence il y a plus de deux ans après une série d’attentats jihadistes sanglants, un autre cancer développé depuis le départ du président Ben Ali).

Le mois de janvier est traditionnellement marqué par des revendications sociales en Tunisie depuis la révolution de 2011, et le contexte est particulièrement tendu cette année à l’approche des premières élections municipales de l’après-révolution, plusieurs fois reportées et prévues en mai.

Bref, que du bonheur dans ce pays jadis prospère et où régnait bien des libertés aujourd’hui disparues…au nom de LA LIBERTÉ ! 

Le 10 janvier 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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5 Réponses to “Le  » Printemps arabe  » et la  » Révolution du jasmin  » qu’y disaient !…”

  1. Tite janvier 10, 2018 à 12:49 #

    … » que du bonheur dans ce pays jadis prospère et où régnait bien des libertés « …

    … avec un policier tous les 150m, mitraillette à la hanche.

    J’ai vu cela à Tunis il y a près de 30 ans. Un état policier, tout le monde sait ce que c’est mais, se retrouver dedans fait un drôle d’effet. Je pensais que cela n’existait que dans certains pays d’Amérique du Sud.
    Je ne pense pas que l’excuse du terrorisme soit de mise… C’était un système de gouvernement. Il faut croire que c’était une solution pour garantir la paix civile… Le ver était déjà dans le fruit. Il fallait être très prudent dans le choix de nos excursions.

    Des amis Tunisiens nous avaient recommandé d’éviter certains lieux où les Français étaient détestés. Nous avons failli nous faire agresser au Cap Bon.
    Ce qui nous a sauvés ? Ils ont cru que j’étais Italienne et heureusement, je parle italien, car pour en être sûr, c’est dans cette langue que le chef de bande m’a parlé. Après cela, nous avons eu droit à une « escorte de protection » pour regagner le village et notre route.

    La semaine de vacances la plus pourrie de ma vie. Racket, racisme anti-français (quand nous demandions notre route, deux fois sur trois, on nous envoyait à l’opposé [quand on nous répondait]), escroquerie sur la location de voiture… seulement deux bonnes personnes croisées en 8 jours : un vieillard qui vénérait De Gaulle et nous a gardé la voiture à El Jem et un employé municipal à Carthage, passionné par l’histoire de sa ville et admirateur de Saint Louis…

    Alors, bonheur, prospérité, libertés… j’en doute.

  2. Conseil dans l'Espérance du Roi janvier 10, 2018 à 1:01 #

    Votre serviteur a bien connu aussi la Tunisie (pour y avoir eu des activités professionnelles) dans les années 1990-2000. Il est vrai que la « visibilité » de la police y était importante mais…le calme et la tranquillité y régnaient. Pour le reste, je n’ai jamais été confronté aux difficultés que vous décrivez. En tout cas, l’économie s’y portait tellement mieux qu’aujourd’hui…

  3. Tite janvier 10, 2018 à 2:01 #

    Certes, économiquement, vous avez raison, pour les grandes villes. Il est possible que nous ayons manqué de chance. Mais bien qu’y travaillant, aviez-vous l’occasion de sillonner l’arrière-pays, pauvre, rongé par le chômage et rendu à la mendicité et à la rapine ? Et quelle société y côtoyiez-vous ? Il y avait deux classes bien distinctes dans ce pays. La bourgeoisie occidentalisée et le petit peuple. Deux modes de vie aux antipodes, deux mondes qui ne se mélangeaient pas sauf dans les relations d’employés de maison à employeurs. Chacun méprisant l’autre (avec quelques exceptions, certains étaient dévoués à leurs employeurs qui les considéraient comme de la famille).

    Même dans la langue du pays les différences étaient marquées. La bourgeoisie étant attachée à parler français et à n’employer que l’arabe « littéraire », choisissant soigneusement les écoles de ses enfants sur ces critères…

    Et au milieu, le tourisme de masse et le secteur des affaires… Le peuple était laissé de côté. Je n’appelle pas cela une société équilibrée. La Tunisie n’a connu la paix, la prospérité, la modernité et la liberté que durant 30 ans… sous la présidence de Monsieur Bourguiba… après lui, le commencement de la chute et le détricotage de toute son œuvre bienfaisante.

    Le « règne » de Ben Ali, c’était quand même mieux que le désordre actuel et le risque islamiste. Sur ce point, nous sommes d’accord.

    • conseilesperanceduroi janvier 10, 2018 à 3:44 #

      J’ai effectivement beaucoup circulé en Tunisie. Je partage la vision de la dichotomie sociale que vous décrivez mais elle m’a toujours paru plutôt équilibrée, sans véritable revendications apparentées à ce que nous appelons  » la lutte des classes « . Il est vrai aussi que la raison de cette stabilité pouvait reposer sur le fatalisme si caractéristique des sociétés arabes… Néanmoins, pour avoir également bien connu le Maroc, j’ai le sentiment que la monarchie dans ce second pays s’avère à l’usage moins pacificatrice que l’était le précédent régime tunisien. La misère y est aussi davantage visible, surtout dans les campagnes. Enfin, sujet à la mode, la place des femmes dans la société tunisienne n’avait rien à voir avec celle que l’on connaît encore aujourd’hui partout en islam d’où le nombre important de femmes cadres, enseignantes, médecins, entrepreneurs, etc.
      Aujourd’hui, après la révolution dite  » du jasmin « , et comme vous le dites, le désordre règne à tous les étages. Quant à l’islamisme radical, c’est pire encore avec un nombre impressionnant de terroristes tunisiens sur tous les théâtres du djihad…

      • Tite janvier 11, 2018 à 12:09 #

        Comme c’est curieux… J’ai failli faire une comparaison, tout comme vous, avec le Maroc, que j’ai également connu à cette époque. Mais je ne voulais pas m’étendre et monopoliser cet espace. Mais, comme vous avez la courtoisie de me répondre gentiment, je vous réponds également sur ce point.

        Dans la société marocaine,il y avait (et il y a toujours) des femmes qui font des études et ont accès à des postes importants. Bien sûr, ce n’est pas le cas dans le petit peuple des campagnes et de l’Atlas.

        Il y a une grande différence (de nature) avec les Tunisiens.
        Les Marocains sont fiers, cultivés (ils connaissent bien leur Histoire grâce à la tradition orale qui perdure et tiennent à garder comme deuxième langue, le français), et ils sont travailleurs et courageux. Ils ont également un grand sens de l’hospitalité et une profonde gentillesse.

        Ils ont également la liberté d’investir le moindre lopin de terre de la surface publique (du moins à l’époque, je ne sais si cela a changé) pour y cultiver leurs petits potagers. Ils réfléchissent et s’investissent dans la recherche de nouvelles méthodes de cultures et d’irrigation, créent de petites entreprises ou coopératives dans le souci de fournir du travail à leurs communautés de village.

        Donc, certes pauvres, mais pas dans la misère.
        Ils mettent un point d’honneur à se débrouiller seuls, bien que la mendicité soit aussi une espèce de « sport national », mais ceci n’étant pas un fait généralisé (d’ailleurs, j’ai vu des adultes surprenant des enfants à cette activité, les tancer vertement et s’excuser pour eux)… L’aumône étant une règle dans la religion musulmane ils n’acceptent quand même pas qu’on importune les touristes avec cela… Il tiennent à leur réputation.

        Nous avons circulé dans l’Atlas, dans les campagnes les plus reculées, jamais je n’ai ressenti de sentiment d’insécurité. Nous avons été accueillis chez des paysans, des montagnards, fiers et heureux de nous recevoir à « leur table » (par terre, mais sur les plus beaux tapis de la maison), de nous offrir le thé. C’est à cette occasion que j’ai remarqué que cette société était matriarcale.
        Les femmes gèrent tout. S’occupent de tout. Et sont profondément respectées… même si parfois, on en voit marcher derrière le bourricot sur lequel l’homme est juché…

        Enfin, aucune animosité ni mépris entre les diverses classes sociales. Tout le monde est… à sa juste place et trouve cela normal.

        C’était encore à l’époque une société qui restait de type féodal, malgré le tourisme et la modernisation des grandes villes.

        Les grandes différences avec le reste du Maghreb qui expliquent que cette société est, elle, équilibrée et stable (du moins l’était
        sous Hassan II) sont :

        1) c’est un peuple à majorité berbère,

        2) ils n’ont pas un mauvais souvenir du protectorat français et en ont même une certaine reconnaissance,

        3) ils vénèrent le souvenir du Maréchal Lyautey,

        4) ils ont une nature heureuse et optimiste, même dans l’adversité,
        car ils ont profondément croyants,

        5) ils sont profondément monarchistes et respectent leur roi (même s’il y eut une forme de gouvernement un peu « musclée »).

        Bref, ils sont bien différents des algériens et des tunisiens, que d’ailleurs, ils n’aiment pas du tout…

        Que Dieu les préserve du désordre et des fanatiques.

        Je vous remercie de ces échanges.

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