La métropole Aix-Marseille-Provence, un modèle à ne pas suivre.

11 Jan

Les pouvoirs publics ont une obsession : réduire le nombre des communes françaises dans un vaste processus de regroupement administratif, réduisant d’autant  la variété de nos territoires façonnés par l »Histoire. Car ils haïssent notre Histoire autant que nos racines.

Le sommet de ces regroupements communaux est atteint dans ce qu’ils nomment  » Les métropoles  » (Lire « Le Grand Paris ou le « chamboule tout » macronien de l’Ile-de-France » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/12/27/le-grand-paris-ou-le-chamboule-tout-macronien-de-lile-de-france/) . Le fin du fin…de leurs nouvelles féodalités. Hélas, ici comme ailleurs, les faits sont têtus et les mariages forcés n’y voient pas naître l’amour.

C’est ainsi que la métropole Aix-Marseille Provence (AMP) fête ses deux ans dans le tumulte. Un anniversaire marqué par un épisode de tension politique, lors duquel des élus ont accusé Marseille de phagocyter le projet au détriment des autres communes. L’affrontement rappelle les mois agités précédant la création de l’institution, le 1er  janvier 2016, une naissance au forceps et sous la pression du gouvernement de Manuel Valls.

A la veille de Noël, le président (Les Républicains) Jean-Claude Gaudin a privé son cinquième vice-président Gérard Bramoullé (LR lui aussi) de sa délégation  » territoire numérique et innovation technologique « . Une riposte symbolique à la prise de position de l’élu métropolitain, également premier adjoint de la ville d’Aix-en-Provence, lors de la séance plénière du 14  décembre. Ce jour-là, devant les 240 élus des 92 communes qui forment AMP, ce spécialiste des finances et ancien doyen de la faculté d’économie appliquée d’Aix a fustigé le budget prévisionnel 2018 de la collectivité.

 » Un budget économiquement mortifère, territorialement injuste et légalement fragile « , a attaqué l’élu, accusant la métropole de  » vampiriser les territoires  » au profit de Marseille, de ne pas respecter le pacte de gouvernance financier et fiscal, validé il y a dix-huit mois, et de faire montre  » d’improvisation institutionnelle «  sur les transferts de compétences, pourtant clairement fixés par la loi.  » J’ai joué le rôle de lanceur d’alerte, assume Gérard Bramoullé. Raboter 200 millions d’euros sur les investissements, c’est le mal le plus grave. Il faut plutôt réduire le fonctionnement et stopper les stratégies d’emprunts. Mais cela, l’équipe Gaudin ne l’entend pas. « 

Critiqué par d’autres voix, notamment celle du maire communiste de Martigues, Gaby Charroux, qui voit dans l’évolution de la nouvelle collectivité  » un échec « , le budget de 2,3  milliards d’euros – stable par rapport à 2017 – a toutefois été adopté. Mais 33 conseillers métropolitains ont voté contre et 36 se sont abstenus, alors que la maire d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains (LR) suppliait publiquement qu’on lui laisse  » quitter cette métropole «  où ses concitoyens étaient  » maltraités et mal-aimés « .

Trois semaines et un réveillon sont passés, mais Jean-Claude Gaudin ne décolère pas.  » Je suis choqué, blessé même. Certaines choses ne se font pas en politique, surtout lorsqu’on appartient au même bord « , s’indignait le maire de Marseille, lundi 8  janvier, en marge d’une cérémonie des vœux. Pour l’élu de 78 ans, qui a rappelé qu’il ne comptait pas lâcher ses fonctions prochainement, l’attaque vient encore de celle qu’il surnomme  » la dame d’Aix « , Maryse Joissains.

 » Quoi qu’elle en dise, la métropole n’est pas en faillite. Elle est en place et à l’heure. Et si elle polémique aujourd’hui, c’est pour faire oublier les manipulations génétiques qu’elle et d’autres ont fait avant 2016 « , s’agace M.  Gaudin. Dans son viseur, les transferts d’équipements et les investissements votés par l’ancienne communauté du pays d’Aix (CPA) avant son absorption. Une façon d’alléger les futurs budgets des communes, en  » chargeant la mule de la métropole « , dénonce M. Gaudin.

Une vision que partage Nicolas Isnard, maire LR de Salon-de-Provence, chargé à la métropole de la commission des transferts d’équipements.  » On a encore refait le match entre Aix et Marseille. Maryse Joissains n’a jamais accepté d’être obligée de rejoindre cette nouvelle collectivité et pense encore pouvoir en sortir. Mais il faut relativiser la crise : le budget a été voté à une large majorité. «  Un budget dont l’élu salonais ne cache pas, pourtant,  » la grande fragilité « . Avec un fonctionnement en hausse, qui absorbe 1,875  milliard, et un investissement plafonné à 424  millions, alors qu’il était de 583  millions d’euros en  2017.

 » Nous sommes incapables de financer les grands projets dont la métropole a besoin, comme le plan transports qui est pourtant bouclé, regrette Nicolas Isnard. Ce n’est pas un problème de gestion ou de gouvernance. L’Etat nous a forcés à créer une métropole sans nous donner les moyens de ses ambitions. C’est l’incarnation du ratage institutionnel. «  Et de citer l’exemple le coût de l’harmonisation des tickets restaurant entre les agents des anciens Etablissements publics de coopération intercommunale :  » 1,4 million d’euros annuels, alors qu’aucune revendication  ne portait sur la question. « 

Comme la présidente du conseil départemental et première vice-présidente de la métropole, Martine Vassal – qui affiche son ambition de succéder au président Gaudin, en  2020 –, des élus espéraient entendre Edouard Philippe annoncer des financements pour la métropole lors de sa visite à Marseille, le 21  décembre 2017. Mais le premier ministre n’a rien promis. Et pour cause. les gouvernements successifs sont financièrement exsangues…Ils imposent de pseudo-réorganisations territoriales, contraires au bonheur des citoyens, mais n’ont jamais les moyens de leurs ambitions. On l’avait déjà vu dans la réforme de François Hollande portant sur le regroupement des régions. Demandez par exemple aux habitants de l’ex-Limousin ce qu’ils pensent de leur  » Nouvelle-Aquitaine « …

Blason de la Nouvelle-Aquitaine

En attendant cette hypothétique manne (après laquelle courent tous ces féodaux républicains, incapables de faire naître par leurs seuls mérites la moindre richesse sur leur terres) qu’il appelle toujours de ses vœux, Jean-Claude Gaudin entend  » se recentrer sur la trilogie transports, économie, aménagement, et faire accepter aux communes, pour 2019, une baisse des compensations que leur reverse la métropole. «  Des compensations – fixées à 700  millions d’euros par le pacte financier de juin  2016 – que le maire de Marseille a lui-même généreusement validées à l’heure de faire passer une métropole dont peu d’élus des Bouches-du-Rhône voulaient. Mais des compensations qu’il n’est plus en mesure de leur accorder !

Tous des imposteurs, vous dis-je !

Le 11 janvier 2018.
Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

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