Allemagne : la coalition des perdants.

14 Jan

Les allemands sont fichus. En tout cas s’ils écoutent encore leur chancelière, Angela Merkel. Souvenez-vous quand, en 2015, elle imposait à ses compatriotes mais aussi à l’ensemble de l’Europe (à l’exception de quelques résistants en Europe centrale) plus d’un million de migrants qu’elle qualifia alors de « réfugiés » et qui ne tardèrent pas à semer le désordre, la violence et même parfois la terreur dans les pays qui acceptèrent de croire ce qu’elle prétendait alors :

« Wir schaffen das! »

(« Nous y arriverons !« )

Mais que croyez-vous qu’elle proclame aujourd’hui à ses mêmes compatriotes, depuis qu’elle a réussi à arracher un accord de gouvernement aux sociaux-démocrates de Martin Schulz ? Ceci :

« Schlafen sie gut und Träumen sie schön! »

(« Dormez bien et faîtes de beaux rêves !« )

Car Angela Merkel et les sociaux-démocrates sont parvenus vendredi matin après plus de 24 heures de négociations à un accord pour un nouveau gouvernement en Allemagne, qui doit permettre à la chancelière de rester au pouvoir.

Cet accord de principe devait encore être validé dans la journée de vendredi par les instances dirigeantes des trois partis concernés, les démocrates-chrétiens d’Angela Merkel (CDU et CSU) et surtout du SPD, qui est entrée à reculons dans ces discussions après une défaite cuisante lors des législatives de septembre. Mais toutes les mesures attachées à cet accord de gouvernement n’ont pas encore été intégralement discutées. Et côté social-démocrate, la décision d’entrer dans un nouveau gouvernement de coalition avec les conservateurs devra aussi recevoir le feu vert des délégués du parti lors d’un congrès extraordinaire le 21 janvier à l’issue très incertaine.

Ensuite des négociations détaillées sur un programme de coalition débuteront. Bref, rien n’est encore définitif mais on nous dit que…c’est plutôt bien parti. Dans le meilleur des cas, un nouvel exécutif ne sera en place que fin mars, alors que toute l’Europe s’impatiente. Emmanuel Macron en particulier, qui attend une réponse à ses propositions de réformes de la zone euro et piaffe d’impatience de les voir entérinées. C’est du reste l’une des exigences du SPD : « si nous acceptions de rentrer au gouvernement, ce ne serait qu’à la condition de renforcer l’Europe« , a insisté son chef Martin Schulz jeudi qui avait dans un premier temps choisi l’opposition.

Ce compromis est susceptible de permettre à la première économie européenne de sortir de son impasse politique trois mois et demi après le scrutin. Et à Angela Merkel d’assurer sa survie politique, avec un possible quatrième mandat après douze ans de pouvoir. Après un premier échec en novembre pour s’entendre sur une coalition majoritaire avec les écologistes et les libéraux, la chancelière n’avait plus le droit à l’erreur si elle voulait rester à la tête du pays.

D’ores et déjà, on sait que la chancelière a fait une concession puisque que le texte de l’accord prévoit de limiter le nombre de demandeurs d’asile arrivant annuellement à environ 200 000 : « Les chiffres de l’immigration (y compris les réfugiés de guerre, ceux concernés par le rapprochement familial, la réinstallation et en faisant la soustraction avec ceux quittant le pays) ne dépasseront pas 180 000 à 220 000 annuellement« . Les deux camps se sont opposés aussi sur la politique migratoire, que les conservateurs de la CSU (l’allié bavarois d’Angela Merkel) veulent durcir tandis que le SPD a prôné un assouplissement du regroupement familial.

Désireux de convaincre les militants, Martin Schulz a mis en avant les thèmes de justice sociale lors des pourparlers, réclamant d’importants investissements dans l’éducation et les infrastructures, un soutien aux classes moyennes et défavorisées, la suppression des inégalités face à l’assurance santé entre riches et pauvres et une augmentation du taux d’imposition sur les gros salaires de 42 à 45%. L’Allemagne, en pleine croissance, a les moyens d’être généreuse. Avec plus de 38 milliards d’excédent budgétaire en 2017, les caisses publiques n’ont jamais été aussi remplies depuis la réunification, selon des chiffres officiels publiés jeudi. Les conservateurs, plus portés à l’économie qu’à la dépense, ont eux insisté sur des baisses d’impôt limitées pour tous.

Le contexte politique est en réalité défavorable, tant pour les démocrates-chrétiens que pour les sociaux-démocrates. Car leur alliance n’est qu’une coalition de perdants, chacun ayant été sanctionné par les électeurs lors du scrutin législatif, marquée par la percée de la droite dure (AfD). Les deux camps ne représentent qu’une courte majorité des suffrages, Angela Merkel ayant remporté une victoire à la Pyrrhus avec un score historiquement bas. Une majorité d’Allemands (56%) pensent même que cet accord est un marché de dupes et que la chancelière quittera ses fonctions avant la fin de son éventuelle prochaine mandature, selon un sondage publié jeudi par le quotidien Handelsblatt.

D’ailleurs, la presse allemande est sceptique. A l’image de l’opinion, lassée des coalitions CDU-SPD. « Où est donc Merkel », se demande le magazine Der Spiegel sur son site électronique, sur le mode « mais y a-t-il un pilote dans l’avion ? ». « Chacun des partenaires de la coalition CDU-CSU-SPD a obtenu des concessions. Leur accord est équilibré. Mais quelle vision Merkel a-t-elle pour l’Allemagne ? », lit-on encore.

Même scepticisme pour le quotidien de centre droit Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) : « Les directions de la CDU et du SPD se sont mises d’accord. Mais l’ère Merkel semble toucher à sa fin. C’est le seul espoir qu’il reste au SPD », conclut le titre, proche des cercles contestataires au sein de la CDU.

« Dank Gott !« 

(« Merci mon Dieu !« )

Quoi qu’il en soit, si les citoyens allemands se laissent prendre à ce nouveau piège tendu par Angela Merkel, ils montreront combien nous avions raison de les qualifier de pleutres* .

 

* Lire « Les Allemands sont des pleutres. C’est le signe de leur prochaine disparition » :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/06/19/les-allemands-sont-des-pleutres-cest-le-signe-de-leur-prochaine-disparition/

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Une Réponse to “Allemagne : la coalition des perdants.”

  1. Hervé J. VOLTO janvier 15, 2018 à 2:29 #

    Il n’y a qu’une réponse à donner à l’allemand « Wir schaffen das! »
    (« Nous y arriverons ! ») : VA FANCULLO (c’est de l’italien et il n’est pas conseillé de le traduire en Français car c’est un peu vulgaire)

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