Les responsables politiques corses se muent en marchands de tapis. Et ce n’est qu’un début.

25 Jan

Il est trop tard. Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l’Intérieur et chargée des questions territoriales, n’y pourra rien. Dans le dossier corse, abandonné tel le chien crevé au fil de l’eau par les gouvernements précédents, elle n’a plus la main et c’est désormais Emmanuel Macron lui-même qui devra mouiller sa chemise. Pour quel résultat ? Car, en Corse, rien n’est jamais simple et moins encore…les Corses.

Pour les dirigeants nationalistes de la collectivité unique, récemment élus, c’est le président de la République, et lui seul, qui détient les clés d’une  » solution politique « , telle qu’ils en parlent. Gilles Simeoni, le président du conseil exécutif et expert dans l’art de faire monter les enchères lorsqu’il vend ses tapis, attend désormais des réponses du chef de l’Etat lors du déplacement qu’il doit effectuer sur l’île, le 6  février, à l’occasion du vingtième anniversaire de l’assassinat du préfet Claude Erignac.  » La venue du président de la République sera pour lui l’occasion de s’exprimer et de donner le “la” sur ce que sera la position, non seulement du gouvernement, mais de l’Etat « , a indiqué le dirigeant autonomiste à la sortie de Matignon. Entendez qu’il fera tout pour rendre intenable la position de l’Elysée et de Matignon sur l’aspect politique de la question.

Déjà, lors de son discours d’investiture après l’installation de la nouvelle collectivité unique, le 2  janvier, le chef de l’exécutif corse avait directement interpellé Emmanuel Macron.  » Il peut être aujourd’hui, s’il en a la volonté, l’homme d’Etat qui ouvrira la voie à une solution politique négociée permettant de construire entre la Corse et la République française une relation nouvelle et apaisée. Nous attendons un geste politique fort « , avait-il lancé à la tribune de l’Assemblée de Corse.

M.  Simeoni a laissé entendre que la visite présidentielle pourrait être plus longue que la seule journée du 6  février et  » donner lieu à une séquence politique en plus de la séquence mémorielle « . L’Elysée n’a pas confirmé. Pourquoi ? Parce qu’il n’en veut pas !

Autant dire que la première rencontre entre les deux dirigeants corses, Gilles  Simeoni et Jean-Guy Talamoni, le président de l’Assemblée de Corse, et le Premier ministre, Edouard Philippe, n’a pas débouché sur des résultats immédiats.

D’un côté, les élus nationalistes ont réaffirmé leurs  » fondamentaux « , qu’ils répètent comme un mantra depuis leur large succès aux élections territoriales de décembre  2017, s’estimant pourvus d’ » un mandat du peuple corse  » (On croirait entendre Carles Puygdemont…) De l’autre, le gouvernement a  » écouté attentivement « .

 » Le Premier ministre a affirmé clairement que la situation politique en Corse était totalement nouvelle et appelait une évolution forte des politiques de l’Etat « , a rapporté M.  Simeoni à la sortie de la réunion. Cependant, a-t-il ajouté,  » le gouvernement n’est pas allé plus loin dans la prise en compte de nos demandes et revendications, ce qui peut représenter une forme de déception « .

Matignon précise qu’il s’agissait là d’ » une première étape du processus «  et que le Premier ministre entendait, d’abord, faire une  » proposition de méthode « . Outre les discussions qui vont se poursuivre sur les demandes des élus corses, le gouvernement a évoqué deux points. Il souhaite faire un bilan du plan d’investissement exceptionnel pour la Corse qui doit s’achever en  2018 afin de préparer ce qui prendra le relais.

Il a également fait une offre d’aide en ingénierie pour accompagner la mise en place de la nouvelle collectivité unique et lui permettre d’obtenir des résultats. Matignon se dit prêt à mobiliser des services de l’Etat pour lui apporter de l’expertise.  » Nous souhaitons la réussite de la collectivité unique « , assure un proche du dossier. Mais la gestion et la rationalisation de la nouvelle administration territoriale, tentaculaire, issue de la fusion des deux anciens départements et de la col-lectivité territoriale, s’annoncent comme un chantier titanesque, avec d’évidents risques de dérive. Et, soyez-en sûrs, il y en aura (Lire à ce propos « Kallisté ou le cadeau empoisonné de Louis XV » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2012/10/29/le-billet-dhumeur-du-sieur-du-plessis-kalliste-ou-le-cadeau-empoisonne-de-louis-xv/ et aussi « Que nous réserve la prochaine élection territoriale en Corse ? » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/11/28/que-nous-reserve-la-prochaine-election-territoriale-en-corse/).

Premier point d’accroche : la reconnaissance de la Corse dans la Constitution. Selon M. Simeoni,  » la porte n’a pas été fermée concernant notre demande forte de l’inscription d’une reconnaissance de la spécificité corse « . Sous quelle forme ? S’agirait-il d’inscrire dans la Constitution un  » droit à la différenciation « , comme l’ont suggéré à plusieurs reprises le président de la République et le premier ministre, celui-ci s’appliquant alors à toutes les régions ? Ou s’agit-il de graver en toutes lettres la spécificité corse dans la Loi fondamentale ? Le gouvernement, pour l’heure, reste muet sur ses intentions. En revanche, l’exécutif écarte clairement l’éventualité de constitutionnaliser la notion de  » peuple corse « .

Autre pomme de discorde : la co-officialité de la langue corse, un sujet que le gouvernement entend aborder de manière  » constructive « .  » Les présidents – Simeoni et Talamoni – ont fait part de leurs inquiétudes sur le développement et la transmission de la langue corse, souligne l’entourage de M.  Philippe. Cet objectif peut être commun mais la démarche du premier ministre est de comprendre les objectifs pour voir quelle gamme de réponses peut y être apportée. « 

Même approche en ce qui concerne le statut de résident corse revendiqué par les nationalistes afin de protéger les insulaires de la spéculation foncière.  » L’accès au foncier, notamment pour les jeunes Corses, est une vraie question, reconnaît Matignon. Il faut voir ensemble comment y ap-porter une solution. «  Cependant, le gouvernement considère, comme le soulignait la ministre auprès du ministre de l’Intérieur, Jacqueline Gourault, que  » le statut de résident est une mauvaise réponse à un vrai problème « .

Enfin, en ce qui concerne les soi-disant  » prisonniers politiques « , selon la terminologie des nationalistes corses, la discussion se focalise sur le rapprochement de tout ou partie d’entre eux, étant entendu que pour le gouvernement il n’est pas question d’amnistie.  » Certaines situations ont été évoquées, indique Matignon. Un point juridique est en train d’être fait par la chancellerie.  » Mme Gourault avait déjà estimé que le rapprochement de certains détenus corses sur l’île était envisageable  » au cas par cas « .

Le gouvernement semble donc tenté de tenir une ligne de crête entre, d’un côté, une fermeté affichée sur des points non négociables et, de l’autre, la volonté de poursuivre le dialogue, sans braquer ses interlocuteurs, en misant sur le compromis. Mais ceux-ci, désormais, veulent que l’exécutif lève le flou sur ses intentions et attendent des réponses de sa part  » dans un calendrier resserré « . Comme nous le disions, il va falloir qu’Emmanuel Macron mouille sa chemise face à la mystique corse. Car, au-delà de tout cela,  » il faut comprendre que la société corse est une société du « mensonge sur soi » pour laquelle l’île n’a fonction que de décor, une sorte de Cineccita sans figures humaines. Les Corses ne s’aiment pas. Comment pourraient-ils aimer la France ? « , écrivions-nous ici-même en octobre 2012.

Rendez-vous le 6  février, avec M. Macron, à Ajaccio. D’ici là les indépendantistes mettront sans doute du monde dans la rue…

Le 25 janvier 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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2 Réponses to “Les responsables politiques corses se muent en marchands de tapis. Et ce n’est qu’un début.”

  1. Hervé J. VOLTO janvier 27, 2018 à 2:15 #

    Projet de gouvernement de la Corse :

    Donner à la Corse un statut de Région à part entière et l’autonomie d’une Région d’Outre-Mer.

    Les territoires d’Outre-Mer de la France ont une organisation particulière tenant compte de leurs intérêts propres dans l’ensemble des intérêts de la France.

    Cette organisation est définie et modifiée par la loi après consultation de l’assemblée territoriale intéressée.

    La Corse peut garder son statut au sein de la France.

    Le conseil Corse sera formé :

    Pour deux tiers, de membres élus par les conseils municipaux de l’Ile de Beauté.

    Pour un tiers, de membres nommés par le gouvernement sur la proposition du gouverneur de l’Ile Rousse et parmi les élites de la province corse.

    La durée du mandat est de six ans. Ce mandat est incompatible avec celui de député ou de sénateur.

    Le nombre des conseillers provinciaux est, pour la Corse, égal à celui des sénateurs et des députés.

  2. Hervé J. VOLTO janvier 27, 2018 à 2:17 #

    Ce projet est à soummettre à l’assemblée territoriale Corse, au gouvernement officel de la République et… au gouvernement Royaliste paralèle.

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