General Electric (GE) va mal.

29 Jan

Ce qui n’est pas sans nous inquiéter depuis que l’entreprise américaine a racheté, avec la complicité du gouvernement de François Hollande (au sein duquel le ministre de l’économie et de l’industrie n’était autre que…Emmanuel Macron !), la branche énergie de l’un de nos fleurons industriels, ALSTOM.

Plusieurs facteurs expliquent ce mauvais exercice du géant qui emploie près de 300 000 personnes dans 130 pays : une charge de 6,2  milliards de dollars liée à ses activités dans l’assurance pour personnes âgées, reliquat d’une activité pourtant cédée en  2004-2006 ; une autre de 3,5  milliards pour payer le rapatriement aux Etats-Unis de sa trésorerie offshore, conformément à la nouvelle loi fiscale de Donald Trump ; et 1,1  milliard de dépréciations d’actifs dans sa division pétrole et gaz.

GE souffre également des difficultés persistantes de sa division  » Power « , qui englobe Alstom, racheté en  2015. Les prix de l’électricité sont bas et les compagnies achètent moins de grosses turbines (gaz, vapeur, hydraulique), alors que les pays tentent de sortir des énergies fossiles et développent l’éolien, le solaire et l’efficacité énergétique. Or GE Power, qui a quand même dégagé 2,8  milliards de bénéfices, pèse 30  % des ventes du conglomérat. Les deux divisions les plus rentables restent celles des équipements médicaux (IRM, scanner…) et de l’aéronautique (moteurs d’avion).

A l’automne 2017, les marchés redoutaient une crise de liquidité. La trésorerie est finalement  » au-dessus de nos attentes  » et  » elle est en train de s’améliorer « , a indiqué John Flannery, PDG de GE. Mais seulement parce que le plan d’économies, qui prévoit 12 000 suppressions d’emplois, devrait dégager plus que les 3,5  milliards prévus sur 2017-2018. Et les perspectives sont bonnes pour les équipements médicaux et pétroliers, assure-t-il. De quoi apaiser un peu les actionnaires, dont le dividende a été amputé de 50  % en novembre  2017. Le groupe escompte désormais un bénéfice par action, la référence outre-Atlantique, de 1 à 1,07 dollar. Après ses annonces catastrophiques de novembre, M.  Flannery ne pouvait pas se montrer trop pessimiste, au risque de perdre son crédit.

Car, en vérité, rien n’est assuré pour l’avenir, notamment celui de la division  » Energie « , qui concerne Alstom. Les ex-salariés d’Alstom, racheté par GE en  2015 pour près de 10  milliards d’euros, ont en effet de quoi s’inquiéter. M.  Flannery avait été une des chevilles ouvrières de cette opération qu’il qualifiait alors de  » hautement stratégique «  dans un secteur ayant  » d’excellentes perspectives de croissance à long terme « . Il la juge désormais  » très décevante  » et assure qu’il paierait Alstom  » beaucoup moins cher  » aujourd’hui ! GE est d’autant plus exposé qu’il détient plus de la moitié du marché mondial de la fabrication et de la maintenance des turbines. Certains analystes jugent inévitable une dépréciation d’actifs, notamment sur Alstom.

Faut-il aller plus loin et démanteler le groupe, comme ne l’excluait pas M. Flannery, mi-janvier ? En clair, séparer les trois grands métiers restant, le médical, l’aéronautique et la génération d’électricité ? A Wall Street, les tycoons les plus activistes apprécient ces  » spin-off  » censés rendre les multinationales plus transparentes et plus performantes. Le milliardaire Nelson Peltz est de ceux-là. En  2015, son fond de placement, Trian Fund Management, a déboursé 2,5  milliards pour acquérir près de 1  % du capital. Très mécontent des performances du titre, il a obtenu fin 2017 l’entrée de son bras droit, Ed Garden, au conseil d’administration pour que le colosse s’allège, se restructure, dégage des bénéfices et verse plus de dividende…Vous avez compris la manoeuvre ?

Mais il n’est pas sûr qu’un démembrement soit dans l’intérêt des actionnaires. Il poserait d’énormes problèmes. Comment réallouer le passif et les engagements futurs, comme ceux de GE Capital dans l’assurance, le financement du fonds de pension maison, le remboursement des obligations émises au fil des ans, les impôts différés dus à l’Etat ? Des sommes qui se chiffrent en dizaines de milliards de dollars.

Wall Street n’a que faire de la nostalgie, mais ce découpage scellerait aussi la disparition d’une icône. Le conglomérat est la seule société inscrite à l’indice Dow Jones Industrial lors de sa création en  1896 à y figurer encore. Et peu d’entreprises peuvent s’enorgueillir d’avoir comme père fondateur un Thomas Edison, inventeur génial de l’ampoule à filament, du phonographe et de la pile alcaline. GE a incarné un modèle de stabilité managériale avec onze PDG seulement en cent vingt-cinq ans. C’était un placement de père de famille et sa croissance était calée sur celle des Etats-Unis, quand le géant y réalisait plus des deux tiers de ses ventes, jusqu’à peser 1  % du PIB américain. C’est ce qu’ont cru ceux qui, chez Alstom, ont décidé de se vendre à GE en 2015…

Au fil des décennies, le conglomérat n’a cessé de vendre et d’acquérir de nouvelles activités : des ampoules et des matériels électriques, des locomotives et des ordinateurs, des appareils électroménagers et des procédés d’assainissement des eaux, des moteurs d’avion et des scanners, des réacteurs nucléaires et une chaîne de télévision (NBC Universal). Jusqu’à développer avec GE Capital, dans les années 1980-1990, une énorme activité dans les services financiers (banque, crédit aux entreprises et aux particuliers, assurances santé…).

Un mélange des genres sur lequel il n’est pas inintéressant de s’interroger.

Le 29 janvier 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

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