Et si Homo sapiens n’avait pas l’origine que l’on nous a dite ?

31 Jan

Les anthropologues ont réussi à imposer leur dogme concernant l’apparition sur Terre de l’Homme moderne, dans sa « version » d’Homo sapiens sapiens portée par la théorie de l’ « East Side Story« . Celle-ci est un modèle expliquant l’apparition de la lignée humaine en Afrique de l’Est par un changement climatique majeur lié à la formation du grand rift.

Proposé initialement par l’éthologue néerlandais A. Kortlandt, le modèle a été popularisé sous le nom d’East Side Story par le paléoanthropologue français Yves Coppens.

La formation du rift, il y a une dizaine de millions d’années, aurait conduit à une différenciation climatique et environnementale majeure entre la région située à l’ouest, humide et boisée, et la région située à l’est, beaucoup plus sèche et occupée par la savane. À partir d’une souche commune, deux populations de primates auraient été isolées et deux lignées évolutives auraient divergé :

  • à l’Ouest, région restée humide et couverte de forêt tropicale, se serait développée la branche des Primates regroupant les grands singes ancêtres des gorilles, des chimpanzés et des bonobos. Les caractéristiques environnementales auraient contribué à leur conserver un mode de déplacement essentiellement quadrupède et arboricole;
  • à l’Est (territoires actuels de la Tanzanie, du Kenya, de l’Ethiopie), à l’abri des précipitations bloquées par la barrière du rift, un climat beaucoup plus sec se serait mis en place accompagné de la formation d’une végétation beaucoup moins dense, faite de savanes faiblement arborées. En réponse à ce nouvel environnement, une ou plusieurs branches distinctes de la famille des Hominidés se seraient développées. Les Australopithèques et les Paranthropes en feraient partie, ainsi que l’ancêtre de l’homme moderne, apparu lui il y a environ 200 000 ans. Climat et végétation auraient favorisé, chez ces ancêtres ou ces cousins de l’homme moderne, les déplacements au sol et la bipédie, permettant l’amélioration de la perception visuelle des prédateurs ou du gibier. La bipédie favorisant la libération des membres antérieurs, ceux-ci seraient devenus disponibles pour utiliser progressivement des outils…

Mais ce modèle a fini par être remis en cause par la mise en évidence d’une locomotion encore largement arboricole chez certains Australopithèques, puis par les découvertes par l’équipe de Michel Brunet (université de Poitiers) d’Australopithecus bahrelghazali (Abel) et de Sahelanthropus tchadensis (Toumaï) au Tchad, soit 2 500 km à l’ouest du rift. Si  Yves Coppens a reconnu que le modèle ne correspondait plus aux données actuelles, l’isolement géographique de petits groupes reste une hypothèse privilégiée pour expliquer l’apparition de la bipédie . Mais tout ça…toujours en Afrique de l’Est.

D’ailleurs, Michel Brunet et son équipe continuent de prétendre que le fameux Toumaï, âgé de 7 millions d’années environ, est le plus ancien ancêtre de la lignée qui a donné naissance aux êtres humains, depuis sa séparation d’avec celle des chimpanzés.

Hélas ! De mauvaises langues commencent à penser et à dire qu’il pourrait y avoir manipulation autour de ce bon Toumaï. Alors…pourquoi pas pour d’autres que lui ?

La part d’ombre, c’est un os : on sait aujourd’hui que, près du crâne de Toumaï, se trouvait aussi un fémur. Or, un fémur, pour les paléoanthropologues, est une pièce de choix, où s’inscrivent les marques de son activité physique. Et en particulier s’il passait une partie de son temps sur deux jambes. Une bipédie qui serait l’indice d’un possible lien de parenté avec nous. Problème : ce fémur n’a jamais fait l’objet d’une publication. Et la Société d’anthropologie de Paris (SAP) vient de refuser une communication sur le sujet, attisant les soupçons d’omerta.

A l’époque de la découverte, l’équipe avait défendu l’idée que Toumaï était bipède parce que, dans son crâne, le trou où s’encastre sa colonne vertébrale est situé plutôt vers le bas comme chez les êtres humains et non vers l’arrière comme chez les grands singes quadrupèdes. Mais les mesures sur ce crâne, retrouvé très déformé, sont sujettes à caution, et une partie des chercheurs estiment que la position de ce trou est influencée par d’autres paramètres, comme la forme du cerveau. Bref, il est donc capital, pour savoir si Toumaï était bipède, de pouvoir étudier les os de ses membres.

Mais, lors de la publication scientifique en 2002, l’équipe déclarait n’en avoir pas trouvé. Or, c’était un mensonge car ce fémur existe bel et bien. Après une quinzaine d’années où circulaient photos et rumeurs, son existence a été récemment confirmée par Michel Brunet lui-même, sur France Culture :  » Toumaï est bipède d’après la base de son crâne, d’après son cerveau aussi – mais ce n’est pas encore publié –, d’après son fémur aussi, ce qui n’est pas encore publié non plus.  » Entendez : IL FAUT QU’IL SOIT BIPEDE…

Pourquoi cet os n’a-t-il pas fait l’objet d’une publication, seize ans après sa collecte sur le terrain ? Pour le comprendre, il faut revenir en février 2004. Jeune étudiante, Aude Bergeret effectue un stage dans le laboratoire dirigé par Michel Brunet, à Poitiers. Elle est chargée de retracer ce qui a pu arriver aux différents os d’animaux trouvés au Tchad ? fossilisation, environnement et climat qu’ils ont traversés, etc. Au cours de ses travaux, elle s’interroge sur un os d’assez grande taille, d’espèce encore indéterminée. Un de ses encadrants, géologue, lui propose de réaliser des analyses sur cet os, et notamment de le faire couper pour l’étudier. Un peu plus tard, il suggère à l’étudiante de demander d’abord son avis à un de ses enseignants, Roberto Macchiarelli.

Elle montre les ossements à ce dernier, lui exposant le fruit de ses réflexions. Puis vient le moment de l’os long. L’enseignant lui demande : «  Est-ce que vous savez ce que c’est ? «  L’étudiante patauge un peu, finit par identifier un fémur, élimine quelques familles d’animaux, et se lance :  » Un carnivore ? – Non « , répond l’enseignant. A ce moment-là, l’étudiante se trouble un peu, car elle sait que les os des carnivores ressemblent parfois à ceux des primates. Or, qui dit primate, dit peut-être… hominidé. Pire : d’après son numéro d’inventaire, l’os a été trouvé près du crâne de Toumaï. Impossible qu’un os aussi important soit passé inaperçu, non ? Un de ses camarades présent dans le bureau lui lance :  » Si ça se trouve, tu as découvert le fémur de Toumaï ! «  Mais Roberto Macchiarelli ne sourit pas. Anthropologue, il a reconnu immédiatement le fémur d’un primate, qui, vu sa proximité avec le crâne, a de fortes chances d’être de la même espèce que Toumaï. Plus question, bien sûr, de couper un os si précieux.

De retour du Tchad, l’équipe n’apprécie pas vraiment la nouvelle. D’autant que l’affaire s’est vite ébruitée. Passer ainsi à côté d’un fossile majeur risque de faire désordre pour un scientifique comme Michel Brunet, qui, un an plus tôt, a reçu un prix de 1 million de dollars en Israël. C’est Roberto Macchiarelli qui va en faire les frais. Le scientifique italien est coupable, selon l’équipe, d’avoir trop parlé. En conseil de laboratoire, un membre de l’équipe l’accuse, sans le citer nommément, de fouiller dans les collections, tandis que Michel Brunet fait voter une motion de soutien. En septembre 2004, l’équipe choisit de ne pas mentionner le fémur lorsqu’elle envoie à la revue Nature un article décrivant des fossiles inédits, attribués à la même espèce que Toumaï.

Quant à l’étudiante, un de ses encadrants au laboratoire passe la voir.  » Il m’a dit, en prenant en main le fémur : cette pièce, tu l’oublies, tu ne l’as jamais vue « , se souvient Aude Bergeret, aujourd’hui directrice du Muséum d’histoire naturelle Victor-Brun de Montauban. Puis elle part quelques jours au Tchad et, en rentrant, elle a la surprise de constater que son matériel d’études (les os) a disparu. Les explications peu crédibles qu’on lui fournit la convainquent de ne pas chercher à en savoir plus :  » Je n’étais qu’étudiante, et je me suis résignée. «  Elle terminera son mémoire sans revoir les os.  » Plus vraiment en odeur de sainteté au laboratoire « , elle n’obtient pas de bourse de thèse et le quitte sans regret. Un témoin de cette époque décrit d’ailleurs une  » ambiance délétère « , avec un  » clan «  et des  » ostracisés « , comme Roberto Macchiarelli.

Ensuite ? Plus rien, à part la publication de photos du fémur en 2009 par Alain Beauvilain, un ancien collaborateur de Michel Brunet, avec lequel il est en délicatesse, et que ce dernier refusera de commenter. Jusqu’à cette révélation à la radio en 2016, qui poussera Roberto Macchiarelli à réclamer la publication à propos du fémur lors d’un colloque en 2017, puis à proposer à l’ancienne étudiante de publier les données qu’elle avait relevées à l’époque sur l’os. Mais leur communication aux journées de la SAP, qui se déroulaient… à Poitiers, est refusée par le comité scientifique, qui n’en rend pas publiques les raisons. Ça sent la magouille à plein nez !

A la suite de la mise en ligne de ces informations, Michel Brunet semble avoir toutefois changé son fusil d’épaule. Après avoir dit il y a quelques semaines qu’il fallait  » laisser du temps au temps « , il vient de déclarer au magazine Sciences et avenir que le fémur serait publié  » dans les meilleurs délais « Cette publication devrait, si elle est honnête, nous apprendre que Toumaï n’était qu’un grand singe ! Si elle ne l’est pas…

Mais surtout, ne vous hasardez pas à douter de la naissance de l’Homme moderne en Afrique de l’Est ! Ce n’est pas « politiquement correct« .

Le 31 janvier 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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2 Réponses to “Et si Homo sapiens n’avait pas l’origine que l’on nous a dite ?”

  1. conseilesperanceduroi janvier 31, 2018 à 10:24 #

    Les voies du Seigneur sont décidément impénétrables aux savants !
    Un fossile appartenant à l’espèce Homo sapiens sapiens (Homme moderne) vient d’être découvert en Palestine…sur les pentes du Mont Carmel. Cet ancêtre est daté de 180 à 190 000 ans, c’est à dire peu de temps après l’apparition présumée (mais assénée par les paléoanthropologues) de cette espèce en Afrique de l’Est.
    Alors de deux choses l’une. Soit il a marché très vite pour filer en Palestine et y attendre la venue du Messie. Soit il pourrait n’être jamais venu d’Afrique…
    Et voici tout ce qu’a trouvé à répondre l’une des sommités concernées, obsédée par la problématique migratoire : « Ce fossile est l’indication la plus solide à ce jour que nos ancêtres ont émigré d’Afrique beaucoup plus tôt que nous le pensions jusqu’alors » !
    C’est sans doute ce que diront nos lointains descendants lorsqu’ils découvriront nos restes fossilisés dans une cave de la Seine-Sant-Denis.

    Ils ont des yeux mais ne voient point.

  2. conseilesperanceduroi février 3, 2018 à 8:51 #

    Et un autre complément d’information de poids : l’entretien de Michel Brunet (l’inventeur de Toumaï) dans l’émission La tête au carrée de France Inter, vendredi 2 février. Donnez-vous la peine de l’écouter et vos doutes sur l’intégrité de cette affaire n’en seront que confortés !
    https://www.franceinter.fr/emissions/la-une-de-la-science/la-une-de-la-science-02-fevrier-2018
    Nous avons bien raison de ne pas leur faire confiance.

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