Les PME françaises et le numérique : comprenne qui pourra.

7 Mar

Pas un chef d’entreprise, moyenne ou petite, qui ne soit hyperconnecté chez lui. Et, s’il ne l’est pas, lequel de ses employés voire même de…ses enfants ne manipule pas en permanence son iphone, sa tablette ou, bien entendu, son ordinateur portable ?

ET POURTANT…

Il paraît que les patrons de PME sont encore trop peu nombreux à opter pour le numérique en France. Et les constats sont inquiétants. En mars  2017, la Commission européenne plaçait la France à la 16e place de l’Union dans un classement relatif à l’économie et la société numérique ( » Digital Economy and Society Index 2017  » – sic -), notamment à cause du retard pris par ses entreprises dans l’adoption des outils spécifiques. Selon les données de la direction générale des entreprises (DGE), le taux d’intégration des technologies numériques-clés dans les entreprises françaises (facturation électronique, informatique en nuage, identification électronique, vente sur Internet notamment) est inférieur à la moyenne de l’Union européenne (UE). Dans l’UE, trois PME sur quatre sont présentes sur Internet, contre deux sur trois seulement en France.

L’étude la plus récente, celle du Lab Bpifrance,  » Histoire d’incompréhension. Les dirigeants de PME et ETI face au digital « , réalisée auprès de 1 800  patrons de PME et ETI et publiée en octobre  2017, montre que 47  % d’entre eux pensent que l’impact du numérique ne sera pas majeur sur leur activité au cours des cinq prochaines années. Plus inquiétant,  » 87  % des dirigeants que nous avons interrogés disent que le numérique n’est pas stratégique, explique Philippe Mutricy, directeur des études de Bpifrance. Un très gros défi à relever dans les trois ans qui viennent « . Conseiller en stratégie d’innovation et de transition numérique auprès des entreprises du Lot-et-Garonne, Guillaume Maison confirme : » Quand je demande à un patron son adresse mail, il arrive encore qu’il me réponde quelque chose qui commence par www ! « 

Ce retard n’est pas anecdotique. Il pénalise les entreprises elles-mêmes, les consommateurs, et pèse sur la croissance. Dans une étude de 2014, le cabinet McKinsey estimait que le potentiel de création de valeur des technologies du numérique d’ici à 2025 serait de 1 000  milliards d’euros. Selon cette même étude, les PME françaises pourraient gagner jusqu’à 1,5  million de consommateurs domestiques en comblant leur retard. Olivier Midière, ambassadeur du numérique au Medef, va plus loin :  » Le gros problème se situe dans les cinq ou six secteurs industriels qui doivent partir à l’export, et qui représentent 6  millions d’emplois directs : la plasturgie, le textile, l’ameublement, le papier, bois, carton… On a là 100 000  PME qui pourraient répondre à la concurrence des pays à bas coût si elles intégraient les nouvelles technologies. C’est là qu’on doit accompagner les chefs d’entreprise. « 

Encore faut-il savoir pourquoi les patrons de PME ne sont pas plus allants que leurs concurrents européens, asiatiques ou sud-américains. Problème culturel, problème de formation, problème financier ? Un peu des trois. Retour dans le Lot-et-Garonne, avec Guillaume Maison :  » Les deux principaux clichés que je rencontre par rapport à la transformation numérique sont : un, je ne peux pas y aller parce que je n’ai pas fait d’études d’ingénieur ; deux, ça va me coûter des millions et trois, je n’ai pas les compétences en interne. « 

 » La transformation digitale, les artisans et les patrons de PME s’en moquent,explique Gilles Babinet, défenseur du numérique pour la France auprès de la Commission européenne. Ce qu’ils veulent, c’est gagner en productivité. Il faut expliquer aux chefs d’entreprise en quoi le numérique peut être bénéfique. «  Et mettre en place des initiatives très concrètes. Il suffit de faire un tour sur le site Smallbusiness.co.uk pour y trouver des modes d’emploi très simples et pédagogiques de la manière dont une entreprise peut tirer parti de ces technologies.

 » Le problème, ce n’est pas l’argent, confirme Olivier Midière. C’est de trouver qui va pouvoir vous aider. «  Pourtant, les dispositifs ne manquent pas : Bpifrance propose un arsenal d’outils, toutes les chambres de commerce et d’industrie (CCI) ont mis en place des formations dédiées, Business France se mobilise sur le terrain.  » Pour les très petits patrons, qui ont d’autres urgences, le numérique reste très compliqué d’accès, oppose Marie Prat, coprésidente de la commission innovation et numérique de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). Il faut faire les diagnostics, les aider à identifier les prestataires présents sur le territoire et flécher les financements, par exemple les aides à l’innovation des régions. « 

Ce problème d’accompagnement, Apax Partners l’a résolu de manière radicale. Cette société d’investissement se fait fort de mettre le numérique au cœur de la stratégie des entreprises de son portefeuille.  » Nous pensons que le digital a un impact sur la croissance du chiffre d’affaires de nos entreprises, sur les coûts internes, et augmente aussi sa valeur, estime Eddie Misrahi, le PDG. En Bourse, les sociétés les plus digitales sont aussi les plus rentables et celles qui croissent le plus vite. « 

Pour mettre en place des plans de trans-formation numérique, sur une durée de dix-huit  mois à trois ans avec  » ses  » entreprises, Apax a recruté un directeur du numérique, Grégory Salinger, qui accompagne pas à pas le chef d’entreprise dans cette voie.  » Mon rôle, au-delà de l’audit initial, est de travailler avec les dirigeants à définir la stratégie digitale et comment on va la mettre en œuvre précise-t-il. Cela se passe à deux niveaux, humain et organisationnel, et en mettant le dirigeant en contact avec les bonnes expertises. « 

Un véritable coaching qui a permis à Sandaya, propriétaire de campings 4 et 5 étoiles en France et en Espagne, de refondre son site Web et de travailler la satisfaction clients avec un logiciel de relation clients et un « animateur de communautés en ligne« , qui entretient le dialogue toute l’année. Puis de commencer à mettre en place des applications, pour permettre par exemple aux clients d’ouvrir leur mobile-home avec leur smartphone au lieu de passer par la réception. Pourtant,  » on partait d’une feuille blanche, se souvient François Georges, président de Sandaya. Déjà, quand nous rachetons un camping à un indépendant, nous n’héritons pas toujours d’un fichier clients ! «  En février, Sandaya avait doublé le nombre de pages vues sur le Web par rapport à 2017 et augmenté ses ventes en ligne de 20  %.

Parfois, ce n’est pas un directeur du numérique mais tout simplement une contrainte externe qui oblige le chef d’entreprise à faire évoluer sa société. Gérante d’une franchise Adhap Services (aide à domicile) à Villeurbanne, Florence Jacquemoud gère 50 salariés qui interviennent auprès des personnes âgées ou malades. Un travail de gestion énorme des plannings et du personnel, sans compter les problèmes d’adresses, de codes d’entrée et autres qui multipliaient les appels entrants dans l’agence, au détriment de la démarche commerciale.  » Tout était fait au papier-crayon : heure d’arrivée, heure de départ, actes effectués, raconte la gérante. Puis une nouvelle contrainte législative est apparue, on nous a demandé de travailler en télégestion. La métropole de Lyon, qui finance en partie le service avec des fonds publics, a également voulu disposer de nos données pour vérifier le temps réel passé chez les clients. « 

Résultat, tous les intervenants ont été équipés de smartphones spécifiques contenant les plannings, une messagerie interne, les informations relatives à chaque client… Une pastille connectée chez les malades permet d’horodater les visites.  » Je craignais qu’ils prennent cela pour du flicage, mais aujourd’hui, personne ne veut revenir en arrière. Tout le monde est content, autant les salariés que les clients ; nous sommes plus réactifs et plus efficaces « , conclut Florence Jacquemoud. Coût pour l’entreprise : 10 000  euros, plus le coût des communications.

Le poids du pragmatisme, Guillaume Maison y croit dur comme fer :  » Les chefs d’entreprise, il faut leur parler avec leurs mots. Ils entendent le discours de leurs pairs. «  Comme le résume Philippe Mutricy,  » l’idée de transformation numérique est associée à un discours anxiogène, surtout pour un chef d’entreprise qui a la tête dans le guidon. Alors qu’au fond, c’est surtout du bon sens ; c’est de la création de valeur « .

Nous suggérons aux chefs d’entreprise d’embaucher quelques jeunes, tout juste sortis du lycée :

1/ ils bénéficieront immédiatement de leurs compétences numériques souvent hors pair,

2/ ils leur offriront, en échange, une bonne formation professionnelle qui fait souvent défaut, 

3/ ils réduiront d’autant le chômage des jeunes et, en plus,

4/ ils bénéficieront de la reconnaissance d’Emmanuel Macron et de ses fidèles, ce qui ne gâte rien !

Le 7 mars 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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