L’Allemagne d’Angela Merkel renforce son emprise sur la Commission européenne.

18 Mar

Qui est donc  » Martin « , comme l’appelle son petit cercle de fidèles au Berlaymont, le siège de la Commission à Bruxelles, cercle constitué quand il était encore porte-parole puis directeur de cabinet de la commissaire luxembourgeoise à la société de l’information – puis aux affaires judiciaires et intérieures –, Vivianne Reding ? Mérite-t-il ces surnoms peu flatteurs de  » Monstre « , de  » Raspoutine  » ? A-t-il pris trop de pouvoir dans la machine et pourquoi ?

Martin Selmayr et Jean-claude Juncker à Bruxelles

Malgré son air juvénile et ce sourire qu’il arbore en permanence, Martin Selmayr, cet Allemand de 47 ans, réputé l’homme le plus puissant de Bruxelles est désormais sur la sellette, après avoir été parachuté secrétaire général de la Commission européenne par son président, Jean-Claude Juncker, dont il était directeur de cabinet, au nez et à la barbe des commissaires et des pays membres. Ce juriste de formation, aussi brillant que redouté, occupe depuis le 1er  mars le poste le plus élevé de cette institution de 32 000 fonctionnaires, mais doit faire face à une fronde inédite dans le microcosme bruxellois. C’est le journal Libération qui a allumé la mèche, dénonçant un  » coup d’Etat  » : candidat au poste de secrétaire général adjoint fin janvier, cet Allemand s’est retrouvé bombardé en quelques minutes au sommet del’administration communautaire à la faveur du départ à la retraite surprise, annoncée en plein collège de la Commission, mercredi 21  février, du titulaire du poste depuis 2015, le néerlandais Alexander Italianer.

Son influence est  » toxique « , avait lâché la Bulgare Kristalina Georgieva, excédée par ses méthodes, juste avant de quitter son poste de commissaire au budget, en  2016, pour rejoindre la Banque mondiale…

C’est Elmar Brok, son père spirituel, qui aurait conseillé à M. Juncker de l’enrôler comme directeur de campagne pour les Européennes de 2014, lui qui espérait rebondir à Bruxelles après avoir été éjecté du pouvoir au Luxembourg.  » Tu as besoin d’un dur « , aurait glissé ce chrétien-démocrate. L’ancien premier ministre du Luxembourg n’a pas été déçu et lui doit en grande partie son poste :  » Juncker est reconnaissant envers Selmayr, admire sa capacité hors norme de travail, mais est devenu progressivement dépendant de lui « , analyse un ex-diplomate bruxellois. Bref,  » Passe-moi la rhubarbe, je te passerai le séné « , selon le traditionnel adage en politique.

Mais qui est donc ce  » Martin  » ? À coup sûr l’âme damnée de Jean-Claude Juncker…et sans doute aussi l’ami d’Emmanuel Macron.

Tout le monde admire l’intelligence de  » Martin  » :  » Il a toujours quinze coups d’avance « , souligne une source à la Commission. Personne ne met non plus en doute ses convictions d’Européen. En pleine crise des réfugiés et en bon Allemand, Martin Selmayr défend, comme Berlin, la solution des quotas de réfugiés dans toute l’Union, malgré l’opposition (toujours) acharnée des pays de l’Est. Il s’implique aussi dans l’accord négocié par Angela Merkel avec la Turquie pour mettre fin aux flux de migrants et réfugiés, début 2016.  » Il a beaucoup aidé quand dans la nuit du 6 au 7  mars 2016 à Bruxelles – Angela Merkel et Ahmet Davutoglu – le premier ministre turc de l’époque – ont trouvé une solution  » pour tarir la route des Balkans,raconte Peter Mueller, correspondant du Spiegel à Bruxelles. Les autres délégations de l’Union sont mises devant le fait accompli au petit matin.

En revanche,  » Martin  » pousse les Grecs à trouver un accord avec leurs créanciers, à la fin du printemps 2015, tant il veut éviter la sortie d’Athènes de l’euro. Wolfgang Schäuble, l’ex-ministre des finances allemand, était sorti de ses gonds après un de ses Tweet, au soir du 21  juin 2015.  » De nouvelles propositions grecques reçues par Juncker, Lagarde, la BCE – Banque centrale européenne – . Bonne base pour des progrès au sommet de la zone euro demain « , avait lancé Selmayr triomphant.

 » Il met son nez partout « , s’était plaint quelques jours plus tard le ministre allemand lors d’une réunion de la CDU à huis clos, au Bundestag, selon le site Politico.  » Savez-vous quelle est la différence entre Dieu et Selmayr ? Dieu, lui, ne se prend pas pour Selmayr ! « , aurait encore lâché M. Schaüble à propos de son compatriote.

C’est aussi parce que Martin Selmayr  est un des architectes de la Commission  » politique  » promise par M. Juncker, davantage concentrée sur les grands sujets, capable de résister aux Etats, de faire des propositions controversées, qu’il est aussi en cour…à Paris aujourd’hui. Car, le nouveau secrétaire général de la Commission paie par ailleurs sa propension à s’exprimer d’égal à égal avec des chefs d’Etat et de gouvernement,  » lui, un simple fonctionnaire « , s’offusquent souvent les diplomates, qui ont, la plupart du temps, eu maille à partir avec lui. A Pierre Moscovici, tout nouveau commissaire à l’économie, fin 2014, qu’il croise un soir en marge d’une plénière du Parlement européen, il lance que  » son président – François Hollande –  » va devoir faire des efforts s’il ne veut pas que son pays soit sanctionné pour ses dérives budgétaires.

 » M.  Selmayr n’est pas un homme de parti, il n’est pas un monstre « , a martelé le commissaire allemand Günther Oettinger, face à des élus en surchauffe lundi, au Parlement de Strasbourg. Il a été convenu que la Commission du contrôle budgétaire de l’hémicycle diligente une enquête. Combien de temps M. Juncker pourra-t-il défendre son bras droit, si  » l’affaire  » Selmayr ne s’éteint pas rapidement ? Car, la virulence des débats au Parlement ne donnait pas l’impression que les eurodéputés étaient prêts à lâcher prise. D’autant qu’à un an des élections européennes, certains pourraient être tentés d’en profiter pour démarrer leur campagne.

En vérité, les polémiques s’enchaînent à la Commission européenne. Il y a deux semaines l’institution était contrainte de reconnaître que son ex-président, José Manuel Barroso, parti faire du conseil chez Goldman Sachs, avait approché un de ses vice-présidents, le commissaire finlandais Jyrki Katainen pour une mission de lobbying. Le Portugais s’était pourtant engagé à ne plus contacter la Commission, quand son recrutement avait défrayé la chronique.

Aujourd’hui, c’est la promotion éclair de Martin Selmayr au poste-clé de secrétaire général de la Commission, qui agite la « bulle » bruxelloise. D’autant que sa nationalité alimente aussi la polémique : avec sa nomination, les Allemands renforcent un peu plus leur domination à Bruxelles. La diplomate Helga Schmid est secrétaire générale du service européen d’action extérieure, Klaus Welle remplit la même fonction au Parlement européen. Au Conseil, c’est un Danois, discret mais efficace, Jeppe Tranholm-Mikkelsen, qui occupe cette charge. Aucun Français n’occupe l’un de ces postes essentiels du pouvoir administratif communautaire.

Un hasard ou une mauvaise manière ?

Le 18 mars 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “L’Allemagne d’Angela Merkel renforce son emprise sur la Commission européenne.”

  1. Hervé J. VOLTO mars 18, 2018 à 1:53 #

    Nos observateurs à Bruxelles nous racontent que ce Martin Selmayr serait une éminance grise… du Président Macron ! Et que, c’est la Francequi, au contraire, renforcerait son empirse sur la Commission Européenne, écrasant petit à petit la tête du serpent (monétaire ?) allemand.

    Le bémol : la France est encore en république. Et c’est l’esprit républicain qui commende aussi bien à Bruxelles… qu’à Strasbourg.

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